Rapport sur la politique monétaire – Octobre 2026 – Économie canadienne
L’inflation demeure autour de 3 %, poussée à la hausse par les prix plus élevés de l’essence. L’économie canadienne a pris de la vigueur au deuxième trimestre. Le regain des tensions commerciales avec les États‑Unis pèsera sur la croissance à court terme.
La croissance économique s’est redressée au deuxième trimestre de 2026, principalement grâce à une consommation solide ainsi qu’à des gains importants au chapitre des investissements et des exportations. Le regain de croissance a été plus fort que ce qui était prévu dans le Rapport de juillet.
On estime que la croissance restera solide au troisième trimestre. Elle ralentira au quatrième trimestre, surtout en raison des nouveaux droits de douane américains, de l’incertitude accrue entourant les politiques commerciales et du resserrement des conditions financières.
L’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC) est demeurée près de 3 % au cours des six derniers mois, principalement en raison des prix plus élevés de l’essence. Selon les estimations, l’inflation augmentera pour atteindre environ 3½ % d’ici la fin de l’année, soit environ 1 point de pourcentage de plus que ce qui était prévu dans le Rapport de juillet.
Les perturbations de l’approvisionnement énergétique mondial, la hausse des prix des importations non énergétiques et les contre‑mesures tarifaires ont intensifié les pressions sur les coûts depuis la parution du Rapport de juillet. Les entreprises s’attendent à répercuter une plus grande part de ces hausses de coûts sur les consommateurs. Parallèlement, les droits de douane américains et l’incertitude qui en découle modèrent la demande et limitent ainsi les pressions à la hausse sur l’inflation.
Activité économique
Le produit intérieur brut (PIB) a fortement progressé au deuxième trimestre, les gains s’étant diversifiés à la fois parmi les composantes des dépenses et les secteurs d’activité. Cette diversification offre une assise plus solide à la croissance future.
L’activité s’est raffermie à l’approche de l’été
Le PIB a augmenté de 3,3 % au deuxième trimestre de 2026 (graphique 1). Cette hausse reflète une forte poussée des exportations et une solide croissance de la demande intérieure, soutenues en partie par des facteurs temporaires.
Malgré la faiblesse persistante dans les secteurs touchés par les droits de douane, la croissance des exportations a commencé à se généraliser (graphique 2). Les gains enregistrés au deuxième trimestre reflètent un rebond des expéditions de véhicules automobiles attribuable à la reprise d’une partie de la production. Les exportations élevées d’énergie et d’autres produits de base, de biens de consommation ainsi que de machines et de matériel ont également contribué. Ces gains généralisés ont été soutenus par la demande américaine solide – notamment pour les produits liés à l’intelligence artificielle (IA) – de même que par l’adaptation des entreprises à l’évolution du contexte commercial.
Malgré la croissance démographique lente, les dépenses de consommation ont fortement augmenté, soutenues par la croissance des revenus du travail et les transferts gouvernementaux temporaires1. L’activité sur le marché du logement a rebondi, mais est restée morose dans l’ensemble.
Les dépenses substantielles en machines et matériel – y compris les investissements liés à l’IA – et l’activité dans le secteur pétrolier et gazier ont stimulé les investissements des entreprises.
La croissance devrait ralentir à mesure que les nouveaux droits de douane pèseront sur la demande
Au troisième trimestre, la croissance du PIB devrait rester solide, à 2 %, soutenue par la forte demande intérieure. Elle devrait ensuite ralentir au quatrième trimestre pour s’établir en deçà de 1 %. Les nouveaux droits de douane américains restreignent les exportations, tandis que l’incertitude commerciale freine les investissements des entreprises et les dépenses des ménages. Les mesures gouvernementales mises en place en réponse aux nouveaux droits de douane apportent un certain contrepoids en soutenant les entreprises et les travailleurs touchés. L’activité sur le marché du logement reste faible.
Les enquêtes de la Banque du Canada indiquent que les perspectives de ventes des entreprises se sont améliorées au troisième trimestre. Cependant, des résultats plus récents font état d’un nouvel affaiblissement à la suite de la rupture des négociations commerciales, en particulier chez les entreprises touchées par les nouveaux droits de douane. Certains consommateurs ont également mentionné que l’incertitude liée au commerce pourrait les amener à reporter des achats importants.
Pressions sur la capacité
Malgré d’importantes fluctuations mensuelles, l’emploi demeure inchangé depuis le début de l’année. Il reste difficile de trouver de l’emploi et il subsiste des capacités excédentaires sur le marché du travail. D’autres indicateurs laissent croire qu’il existe une certaine marge de capacités excédentaires dans l’ensemble de l’économie.
L’emploi demeure inchangé et les personnes à la recherche d’un emploi sont confrontées à des difficultés
Les conditions du marché du travail ont peu changé dans l’ensemble depuis le début de l’année (graphique 3). Les enquêtes indiquent que les pénuries de main-d’œuvre demeurent moins prononcées qu’elles l’ont été en moyenne par le passé.
L’emploi est resté essentiellement inchangé depuis janvier. Le secteur privé a constitué une source relative de vigueur et a créé environ 87 000 emplois. La création nette d’emplois s’est concentrée dans les secteurs moins tributaires de la demande américaine. L’emploi est demeuré faible dans les secteurs qui dépendent fortement de la demande américaine, tandis qu’il a nettement reculé dans le secteur public (graphique 4)2.
Le taux de chômage a tourné autour de 6,5 % au cours des derniers mois. Le nombre de mises à pied demeure faible, mais le chômage de longue durée élevé et le petit nombre de postes vacants donnent à penser qu’il est plus difficile que d’habitude pour les personnes sans emploi de trouver du travail.
Beaucoup de mesures indiquent que la croissance des salaires a avoisiné 3 %, mais la mesure micro-EPA a été un peu plus basse3. Les attentes salariales des entreprises ont peu varié et restent près de 3 %.
D’autres indicateurs montrent qu’il subsiste une certaine marge de capacités excédentaires
Les enquêtes indiquent que beaucoup d’entreprises ont la capacité de répondre à une hausse inattendue de la demande, bien que ces capacités excédentaires aient quelque peu diminué depuis le début de 2026. L’estimation faite par la Banque de l’écart de production à l’échelle de l’économie fournit une mesure globale de ces pressions et laisse entrevoir une marge similaire de capacités excédentaires. On estime que l’écart se situera entre -1,25 et -0,25 % au troisième trimestre, ce qui est conforme à l’estimation présentée dans le Rapport de juillet.
Inflation
L’inflation mesurée par l’IPC s’est établie à 3,1 % en septembre; si on exclut l’essence, elle s’est chiffrée à 2,2 % (graphique 5). Les mesures de l’inflation fondamentale sont demeurées près de 2 %.
L’inflation élevée est jusqu’à présent limitée à quelques composantes
La hausse de l’inflation observée depuis février 2026 s’est concentrée dans cinq composantes de l’IPC qui sont directement ou indirectement touchées par l’évolution du marché de l’énergie, dont l’essence, les services liés aux voyages et le transport interurbain (graphique 6). De plus, la part des composantes de l’IPC affichant une croissance égale ou supérieure à 3 % a diminué depuis février et se situe désormais proche de sa moyenne historique (graphique 7).
En septembre, la croissance des prix de l’énergie a atteint 19 %, alimentée par l’essence et le mazout. Elle s’explique par une flambée des prix du pétrole brut et les marges élevées des raffineries.
Le taux d’augmentation des prix des biens hors aliments et énergie s’est établi à 1,2 %. Du côté des biens durables, l’inflation est demeurée au‑dessus de sa moyenne historique, en partie parce que la forte demande liée à l’IA a fait grimper les prix du matériel informatique. Le rythme d’augmentation des prix des aliments achetés en magasin a ralenti pour s’établir à 1,7 %.
La croissance des prix des services hors logement a été élevée, à 3,7 %, en partie à cause de la répercussion des prix plus élevés du carburant sur les services liés aux voyages. La hausse des frais de logement a été modeste, à 1,3 %, mais a augmenté légèrement puisque les pressions à la baisse attribuables aux loyers et au coût de l’intérêt hypothécaire se sont estompées4.
Les pressions sur les coûts s’intensifient
Les perturbations de l’approvisionnement énergétique mondial et les prix élevés des importations non énergétiques font augmenter les coûts des entreprises canadiennes. Les contre-mesures tarifaires devraient exercer de nouvelles pressions à la hausse sur les coûts d’importation dans les mois à venir.
Les prix du carburant sont le principal facteur alimentant les pressions sur les coûts
Les prix élevés du pétrole brut et les fortes marges des raffineries ont fait monter les prix de l’essence et du diesel. En septembre, les marges des raffineries ont ajouté l’équivalent d’environ 40 $ US par baril, poussant les prix à la pompe bien au-delà de ce qu’auraient fait à eux seuls les prix du pétrole brut (Point de mire : Marges des raffineries et croissance persistante des prix de l’énergie).
Les prix élevés du carburant font augmenter les coûts du transport, de la distribution et des intrants à base de pétrole. Ces pressions se répercutent déjà sur les prix des services liés aux voyages et du transport interurbain. Elles font aussi grimper les coûts d’un large éventail de biens et services, notamment les aliments, les produits en plastique et le logement.
Les pressions sur les coûts des importations hors énergie se sont aussi intensifiées
Le Canada importe également les pressions inflationnistes d’autres pays. Les prix plus élevés des intrants non énergétiques importés et des biens finaux font grimper les coûts des entreprises canadiennes et exercent une pression à la hausse sur les prix à la consommation.
Les hausses disproportionnées parmi les prix des importations sont concentrées dans les intrants industriels qui dépendent de matières premières à base de pétrole, en particulier les produits chimiques, plastiques et en caoutchouc. De plus, la forte demande de matériel lié à l’IA fait monter les prix des semi‑conducteurs et d’autres composants informatiques à l’échelle mondiale.
Les droits de douane et la dépréciation passée du dollar canadien font également augmenter les coûts d’importation.
La répercussion des hausses de coûts devrait s’accentuer
Jusqu’à présent, l’augmentation des coûts de l’énergie s’est seulement reflétée dans les prix du carburant et des services liés aux voyages. Ces coûts se transmettent rapidement à l’essence et aux services de transport, tandis que leurs effets sur d’autres biens de consommation prennent plus de temps à se matérialiser. Les coûts plus élevés des importations liées à l’IA ont aussi commencé à faire monter l’inflation du côté des ordinateurs et des appareils électroniques personnels.
Des indicateurs laissent entrevoir que, dans les mois à venir, ces pressions sur les coûts vont se répercuter sur les prix à la consommation.
- Un indicateur fondé sur les coûts utilisé pour prévoir l’inflation à court terme laisse présager une montée de l’inflation du côté des biens non énergétiques, à mesure que les hausses de coûts antérieures se propageront aux prix à la consommation (graphique 8).
- Les enquêtes semblent montrer que les entreprises ont absorbé la majeure partie de la hausse du coût des intrants jusqu’à présent. Toutefois, ces dernières s’attendent à répercuter une plus grande part de la hausse sur leurs clients au cours des 12 prochains mois (graphique 9).
Graphique 9 : Les entreprises s’attendent à répercuter une plus grande part de leurs coûts dans les 12 prochains mois
Répercussion des coûts chez les entreprises confrontées à des hausses de coûts plus importantes que la normale, données mensuelles
Sources : Banque du Canada et calculs de la Banque du Canada
Dernière observation : août 2026
L’ampleur et le moment de la répercussion restent incertains et dépendront de la persistance des pressions sur les coûts et de la vigueur de la demande des consommateurs (Point de mire : Utiliser Prima pour suivre les effets d’un choc énergétique sur l’inflation).
Les attentes d’inflation à court terme ont augmenté
Les attentes d’inflation à court terme ont augmenté chez les entreprises, surtout celles les plus exposées aux coûts de l’énergie et aux coûts liés aux droits de douane (graphique 10). Les attentes à long terme des entreprises se maintiennent pour leur part à l’intérieur des fourchettes historiques. De leur côté, les attentes d’inflation des consommateurs continuent d’être quelque peu élevées.
Produits de base
Les prix de l’énergie ont bondi depuis la parution du Rapport de juillet, tandis que les prix des autres produits de base ont connu des variations contrastées.
Les prix de l’énergie devraient rester élevés plus longtemps
Les perturbations persistantes de l’approvisionnement en pétrole provenant de la région du Golfe ont entraîné une flambée des prix du pétrole brut. Les prix des contrats à terme du Brent sont plus élevés tout au long de la période de projection (graphique 11).
Le contrat à échéance rapprochée se négocie à environ 115 $ US le baril, soit à peu près 35 $ US de plus qu’au moment de la parution du Rapport de juillet et en hausse de 50 $ US depuis le début de l’année5. De plus, toute la courbe des contrats à terme du Brent s’est déplacée vers le haut. Le prix pour octobre 2027 est désormais environ 15 $ US au‑dessus de celui présenté dans le Rapport de juillet.
Les perturbations des opérations des raffineries au Moyen‑Orient et en Russie maintiennent les prix de l’essence, du diesel et du carburant d’aviation à des niveaux anormalement élevés par rapport à ceux du pétrole brut (Point de mire : Marges des raffineries et croissance persistante des prix de l’énergie).
Les prix du gaz naturel en Amérique du Nord sont proches des niveaux observés au moment de la publication du Rapport de juillet. En Europe et en Asie, les prix ont encore augmenté sur fond de recrudescence des tensions géopolitiques et de demande accrue pour le gaz naturel liquéfié.
L’évolution des prix des produits de base non énergétiques est contrastée
L’indice des prix des produits de base non énergétiques de la Banque du Canada est resté essentiellement inchangé depuis la publication du Rapport de juillet.
Les prix des céréales ont bondi en raison du temps sec aux États‑Unis et des perturbations des exportations russes et ukrainiennes. Les prix du cuivre ont récemment atteint des sommets, soutenus par la forte demande liée à l’IA et les commandes américaines devancées en prévision d’éventuels droits de douane. À l’inverse, les prix des bovins et des produits forestiers ont baissé.
Conditions financières
Les conditions financières mondiales se sont resserrées depuis la parution du Rapport de juillet.
En contexte de volatilité accrue, les rendements des obligations d’État ont augmenté dans les économies avancées sous l’effet des attentes d’un relèvement des taux directeurs et des primes de terme plus élevées. Les rendements au Canada ont aussi augmenté, mais pas autant qu’aux États‑Unis (graphique 12). Les primes de terme ont augmenté pour diverses raisons, notamment parce que les investisseurs privés demandent une compensation plus grande pour absorber la hausse des émissions des gouvernements et des sociétés (Point de mire : Les facteurs derrière la hausse des rendements des obligations d’État à long terme).
Les marchés boursiers ont été volatils depuis la parution du Rapport de juillet. Après que nombre d’entre eux ont atteint des sommets historiques, ils se sont repliés, partiellement en raison des craintes des investisseurs quant à la soutenabilité de la croissance des bénéfices dans le secteur de l’IA. Ces craintes ont aussi joué un rôle important dans l’élargissement des écarts de crédit.
Le dollar canadien s’est quelque peu affaibli en raison de la vigueur du dollar américain, mais a depuis remonté la pente pour atteindre environ 71 cents américains, soit la valeur postulée dans le Rapport de juillet.
Notes
- 1. Les transferts gouvernementaux temporaires désignent principalement le versement supplémentaire unique de l’Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels du gouvernement fédéral et le versement spécial pour l’épicerie et l’énergie distribué aux ménages au Québec.[←]
- 2. L’emploi mesuré dans le secteur public a fléchi récemment, en bonne partie en raison de l’évolution de la situation dans l’éducation, les soins de santé et l’assistance sociale. Toutefois, d’après les données de l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH), les tendances sous-jacentes de l’emploi dans les domaines du secteur public restent plus fortes que ce que laissait supposer à elles seules les données de l’Enquête sur la population active.[←]
- 3. La mesure micro-EPA est un indicateur de la croissance sous-jacente des salaires qui repose sur les microdonnées de l’Enquête sur la population active (EPA). En éliminant les effets de composition des salaires horaires moyens tirés de l’EPA, on obtient une mesure des salaires moins volatile et mieux liée aux facteurs fondamentaux du marché du travail.[←]
- 4. Pour en savoir plus sur l’évolution des loyers, voir B. Straus, « Pourquoi les loyers demandés ont bondi au Canada depuis 2021 », Sparks et Bank, Banque du Canada (septembre 2026).[←]
- 5. Le contrat à échéance rapprochée est le contrat à terme dont la date d’échéance est la plus proche.[←]