Les entreprises qui n’ont pas facilement accès au crédit connaissent une croissance plus lente. Par ailleurs, les entreprises autochtones sont moins susceptibles que les autres entreprises au Canada d’avoir recours à des produits de crédit comme les prêts ou les marges de crédit bancaires. Nous examinons pourquoi les entreprises autochtones peuvent se heurter à des obstacles pour obtenir du crédit.

Les entreprises comptent sur le crédit et les fonds propres pour financer leur expansion ou leurs activités pendant les périodes de faibles ventes. Au Canada, la plupart d’entre elles empruntent auprès de banques et de coopératives de crédit.

Mais les entreprises autochtones sont beaucoup moins susceptibles de se tourner vers ces sources de financement.

Nous le savons grâce à une enquête menée en collaboration avec le Conseil canadien pour l’entreprise autochtone et Affaires mondiales Canada. En tout, environ 2 600 entreprises autochtones dont le siège est au Canada ont répondu à des questions sur les conditions d’affaires. L’enquête, menée en 2021, était et est toujours la plus importante du genre.

Il est utile de se pencher à nouveau sur les résultats de cette enquête, car ils restent d’actualité. Nos résultats, entre autres, donnent à penser que les entreprises autochtones pourraient être confrontées à des obstacles pour accéder à du financement et que le manque de crédit est un obstacle à la croissance.

Comparativement aux autres entreprises, les entreprises autochtones comptent moins sur les prêteurs conventionnels pour financer leurs activités

Les connaissances sur la façon dont les entreprises autochtones mènent leurs activités – en particulier où elles obtiennent des fonds – sont limitées depuis de nombreuses années. L’enquête de 2021 visait à combler une partie de ce manque.

L’enquête portait sur un éventail de sujets, comme les objectifs d’affaires et la situation générale des entreprises ainsi que leurs principales sources de financement. Les entreprises participantes étaient détenues majoritairement (au moins 51 %) par une personne autochtone, une communauté autochtone ou une société de développement économique autochtone.

Quand on leur a demandé quelles étaient leurs principales sources de financement, seulement 8 % des répondants ont déclaré utiliser du crédit obtenu auprès de prêteurs conventionnels ou des fonds propres (graphique 1). Parmi ces 8 %, la grande majorité de ce crédit ou de ces fonds propres prend la forme de prêts aux entreprises.


Il faut souligner que la plupart des entreprises de notre échantillon étaient petites, c’est-à-dire qu’elles comptaient moins de 100 employés. Nos résultats concordent avec ceux d’autres études qui montrent que les petites entreprises rencontrent souvent plus d’obstacles pour obtenir des prêts bancaires. Cela tient en partie au fait qu’elles ont tendance à avoir des flux de trésorerie instables et des antécédents de crédit limités, ce qui complique l’évaluation des risques par les prêteurs (article en anglais).

La proportion d’entreprises autochtones qui font affaire avec des prêteurs conventionnels est bien inférieure à celle de l’ensemble des petites entreprises au Canada, qui sont 31 % à le faire selon les données de l’enquête électronique sur les perspectives des entreprises (en anglais) menée par la Banque du Canada en 2018-2019. Et bien que les petites entreprises canadiennes utilisent aussi les gains passés et l’épargne personnelle pour financer leurs activités, les entreprises autochtones comptent davantage sur ces autres sources que leurs homologues. C’est particulièrement le cas pour le financement gouvernemental, puisque plusieurs organismes fédéraux ont des programmes réservés aux entreprises autochtones.

Fait intéressant, les résultats de l’enquête montrent que seulement 6 % des répondants comptent sur les organismes de crédit et autorités autochtones. Cela pourrait indiquer que les entreprises autochtones n’ont pas une préférence marquée pour les prêteurs autochtones, ou que ces prêteurs disposent de capitaux limités et ne sont pas en mesure de répondre pleinement à la demande.

Et puisque la plupart des entreprises de notre échantillon, comme au Canada en général, sont petites, la taille à elle seule ne peut expliquer pourquoi les entreprises autochtones sont moins susceptibles que les autres d’utiliser un financement conventionnel. Nous devons chercher ailleurs des explications possibles.

Les entreprises autochtones sont possiblement confrontées à divers obstacles à l’accès au crédit

L’éloignement géographique pourrait être une explication possible. Par exemple, les entreprises inuites, qui exercent souvent leurs activités dans les régions éloignées du Nord, ont le moins recours à des sources de financement conventionnelles (graphique 2). Le fait d’être loin des institutions financières fait augmenter les coûts de transaction pour les emprunteurs et les prêteurs.

Il est aussi possible que des facteurs institutionnels ou structurels expliquent cette différence. Selon des travaux de recherche antérieurs, les entreprises actives dans certaines communautés des Premières Nations pourraient être confrontées à des contraintes de financement en raison des restrictions des droits de propriété en vertu de la Loi sur les Indiens. Par exemple, les terres des réserves sont généralement détenues collectivement, ce qui fait qu’il peut être difficile, voire presque impossible, de les utiliser en garantie de prêts pour des entreprises autochtones individuelles. De plus, les lacunes dans les infrastructures, les inégalités socioéconomiques et le manque d’accès aux ressources de littératie financière – résultats des politiques historiques visant les peuples autochtones – peuvent se répercuter sur la facilité avec laquelle les entreprises peuvent accéder à du financement.

En fin de compte, plusieurs problèmes se conjuguent probablement pour créer des obstacles au financement. Ce qui ressort clairement de notre analyse, c’est qu’il faut poursuivre les recherches pour mieux comprendre les obstacles et les défis auxquels sont confrontées les entreprises autochtones pour accéder au crédit.

Les obstacles à l’accès au crédit peuvent limiter la croissance des exportateurs autochtones

L’économie autochtone est dynamique et croît à un rythme plus rapide que l’économie canadienne dans son ensemble. Mais les entreprises pourraient avoir du mal à maintenir cet élan si leur accès au financement est limité. Les résultats de l’enquête donnent à penser que ces obstacles au financement entraînent des répercussions concrètes sur la croissance. En effet, les exportateurs autochtones étaient presque deux fois plus susceptibles que les petites et moyennes entreprises exportatrices de l’ensemble du Canada de citer le manque de financement ou de flux de trésorerie comme un obstacle à la croissance de leurs exportations (graphique 3).


L’accès au crédit des entreprises autochtones pourrait influer sur la transmission de la politique monétaire

Grâce à l’étude de la situation des entreprises autochtones, la Banque du Canada peut mieux comprendre la portée de la politique monétaire et l’incidence qu’elle a sur l’ensemble des entreprises.

La politique monétaire agit sur l’inflation en partie en influençant les conditions de prêt aux entreprises par l’entremise de modifications du taux directeur. Mais ces modifications pourraient avoir moins d’effet sur les conditions de financement et l’activité économique des entreprises autochtones, puisqu’elles comptent moins sur les prêteurs conventionnels.

Nos conclusions mettent en évidence la nécessité de mieux comprendre les obstacles au crédit auxquels sont confrontées les entreprises autochtones, ainsi que les répercussions sur la croissance, le commerce et la transmission de la politique monétaire.

Ces travaux s’inscrivent dans l’engagement de la Banque du Canada à approfondir sa compréhension des économies autochtones au pays. Apprenez-en plus sur le Plan d’action pour la réconciliation de la Banque.

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Avis de non-responsabilité

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DOI : https://doi.org/10.34989/saba-16