Il y a un an, soit au début de 1997, les perspectives de croissance de l'économie mondiale étaient très prometteuses. L'activité économique à l'échelle internationale s'était raffermie et on s'attendait à ce qu'elle s'accélère à nouveau grâce aux bas taux d'inflation, à la réduction des déficits budgétaires et à la stabilité ou au repli des taux d'intérêt. Au Canada aussi la production et l'emploi avaient repris, et l'on prévoyait que la relance allait s'intensifier en 1997, à la faveur de la forte demande aux États-Unis et des taux d'intérêt intérieurs les plus bas que nous ayons connus depuis de nombreuses années. La faiblesse de l'inflation et l'amélioration remarquable de nos finances publiques avaient rendu possibles ces bas taux.

Aujourd'hui, les avis sur les perspectives de l'économie mondiale sont plus partagés. Les événements qui se sont succédé en Asie depuis l'été dernier ont assombri le tableau économique. Le Fonds monétaire international (FMI) et l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) ont révisé à la baisse leurs prévisions sur la croissance de l'économie mondiale pour 1998. Au début de décembre, ils indiquaient en effet que la progression de la production mondiale pourrait être de 3/4 à 1 point de pourcentage moins élevée que projeté antérieurement.

Mais les facteurs extérieurs sont loin d'être tous négatifs. Des phénomènes positifs ont aussi été observés dernièrement. Par exemple, l'économie de nos principaux partenaires commerciaux, excepté le Japon, semble être fondamentalement plus dynamique qu'on ne s'y attendait il y a quelques mois. Et les taux d'intérêt à long terme ont baissé dans la plupart des pays industriels, ce qui devrait contribuer à soutenir l'expansion économique mondiale.

Aujourd'hui, j'aimerais faire le point sur la situation économique au Canada et vous entretenir des perspectives de croissance pour l'année qui vient à la lumière de l'évolution internationale récente.

Malgré l'incertitude qui règne du côté des facteurs extérieurs, j'en suis venu à la conclusion, et c'est l'essentiel de mon message aujourd'hui, que les perspectives économiques de notre pays demeurent favorables. J'appuie mon opinion en grande partie sur le fait que les fondements de l'économie canadienne sont plus solides qu'ils ne l'ont été depuis de nombreuses années. Nous sommes donc en meilleure posture pour faire face aux répercussions d'événements inattendus sur la scène internationale et pour réaliser des gains aux chapitres des revenus et de l'emploi.

Quels sont nos résultats économiques pour 1997?

Jetons d'abord un coup d'oeil sur la tenue de l'économie canadienne en 1997. En se fondant sur les données les plus récentes dont elle dispose, la Banque du Canada estime que l'activité au pays a progressé à un rythme d'environ 4 % entre le quatrième trimestre de 1996 et le quatrième trimestre de 1997. Jusqu'au milieu de 1996, ce sont surtout les exportations qui ont tiré la reprise, mais, depuis, la croissance est devenue plus généralisée. Au cours de la dernière année et demie, les dépenses des ménages canadiens en biens de consommation et celles des entreprises en investissements dans la technologie et en nouveaux biens d'équipement ont été le grand moteur de l'expansion.

La forte reprise de l'activité économique a aussi favorisé une hausse substantielle de l'emploi. Plus de 380 000 nouveaux emplois ont été créés dans le secteur privé l'an dernier, ce qui compense amplement les 13 000 emplois supprimés dans le secteur public dans la foulée de la restructuration. Mais, fait plus encourageant encore, il s'agit dans un bon nombre de cas d'emplois à plein temps. En outre, le taux de chômage était descendu à 8,6 % en fin d'année, comparativement à 9,8 % à la fin de 1996.

Pendant la majeure partie de 1997, l'inflation est demeurée faible, se maintenant à l'intérieur de notre fourchette cible de 1 à 3 %, quoique, à la fin de l'année, elle était tombée légèrement en dessous de celle-ci. Certains des facteurs qui ont contribué à ralentir la tendance de l'inflation davantage que prévu sont temporaires et ils devraient disparaître au cours des prochains mois. D'autres, toutefois, seront peut-être plus tenaces qu'on ne l'avait d'abord cru. Même si l'on s'attend à ce que la tendance de l'inflation revienne prochainement à l'intérieur de la fourchette cible, le taux demeurera probablement un peu plus bas en 1998 qu'on ne l'avait d'abord prédit.

J'aimerais aussi souligner que des progrès additionnels ont été réalisés au cours de l'année dans l'assainissement des finances publiques, les gouvernements ayant réduit de nouveau leurs déficits. Mais ce qui importe plus encore, c'est que le niveau de la dette publique par rapport à la taille de notre économie commence enfin à diminuer. Il s'agit là d'une contribution importante au raffermissement des fondements de notre économie dont j'ai parlé plus tôt.

En somme, 1997 s'est avérée une bonne année pour l'économie canadienne.

Les perspectives pour 1998 et le « facteur asiatique »

Quelles sont en fait les perspectives pour l'année qui commence? Quelle importance les récents événements sur la scène internationale revêtent-ils pour le Canada? Et quelle incidence pourraient-ils avoir sur l'économie de notre pays?

Il ne fait aucun doute que la perturbation initiale des marchés due aux difficultés financières de la Thaïlande est devenue une crise plus étendue que quiconque l'aurait cru il y a quelques mois à peine. L'effritement de la confiance des marchés a entraîné de fortes pressions à la baisse sur les taux de change ainsi que des hausses des taux d'intérêt marquées dans les pays d'Asie du Sud-Est touchés par la crise et, par la suite, en Corée du Sud. Ces soubresauts ont à leur tour mis en évidence et accentué les malaises financiers et économiques qui affligeaient ces pays depuis quelque temps déjà.

La communauté internationale, y compris le Canada, a adopté des mesures pour aider ces pays à surmonter leurs difficultés, principalement par l'entremise du FMI. Quelques-unes des incertitudes qui, au départ, ont entouré la préparation et la mise en oeuvre des programmes de redressement économique du FMI sont finalement disparues. De fait, on observe maintenant certains signes encourageants d'un retour de la confiance et de la stabilité financière dans la région.

De tous les pays industriels, le Japon est celui qui est le plus touché par les effets de débordement de la crise. Non seulement il entretient avec ses partenaires asiatiques des liens commerciaux étroits, mais aussi le choc externe qu'il subit se produit à un moment où l'activité économique interne est moins vigoureuse qu'on ne s'y attendait. De plus, l'encours substantiel des prêts octroyés par les banques japonaises aux pays d'Asie a contribué à affaiblir le secteur financier déjà plutôt vulnérable de ce pays. Il faut souligner toutefois que le Japon dispose des ressources nécessaires pour venir à bout des difficultés auxquelles son secteur bancaire fait face et qu'une série de mesures visant à résoudre les problèmes mentionnés et à étayer la reprise économique a déjà été adoptée. De plus, d'autres mesures financières et budgétaires viennent d'être annoncées.

À l'heure actuelle, la situation en Asie évolue toujours, et, bien que les perspectives s'améliorent, il est impossible de savoir vraiment à quel rythme et dans quelle mesure les économies d'Asie du Sud-Est, de la Corée et du Japon réagiront aux mesures d'aide qui ont été prises.

Voyons maintenant les conséquences potentielles de cette crise pour le Canada. Étant donné que nos échanges commerciaux avec l'Asie, y compris le Japon, représentent moins de 10 % de l'ensemble de nos exportations, ses effets directs seront relativement peu importants. Mais nous devons également tenir compte des effets indirects, soit ceux qui s'exercent par le truchement de nos échanges avec nos autres grands partenaires commerciaux et des variations des prix de certains produits que nous vendons à l'étranger. De fait, les répercussions de la crise asiatique sur la croissance économique mondiale et sur les cours des produits de base auront probablement plus d'influence sur l'économie canadienne que la réduction de nos exportations vers l'Asie.

Sans doute, une des retombées de cette crise sera de ralentir la croissance de la production au Canada au cours de l'année qui vient. Mais il faut aussi considérer d'autres faits, plus positifs ceux-là, qui pourraient bien atténuer ce ralentissement. Comme je l'ai dit précédemment, la tenue économique de nos principaux partenaires commerciaux en Occident, en particulier les États-Unis, a été un peu plus vigoureuse que prévu. Et, même si nos taux à court terme ont augmenté, nos taux à long terme ont diminué, tout comme leurs pendants américains et européens, sous l'effet du recul de l'inflation et de la baisse des primes liées au risque d'inflation. Les taux à long terme jouent un grand rôle dans les décisions d'investissement des entreprises et dans les dépenses des ménages au titre des biens de consommation durables et du logement.

La Banque continue d'observer la situation de très près et d'évaluer l'incidence globale de toutes les forces positives et négatives qui agissent sur notre économie. Il apparaît clairement, toutefois, que la croissance économique en 1998 ne sera pas aussi robuste qu'elle s'annonçait l'automne dernier. Et certaines régions et branches d'activités au Canada, particulièrement celles qui dépendent le plus fortement des produits de base et des exportations vers l'Asie, se ressentiront davantage de la crise asiatique que d'autres. Il faudra également prendre en compte les effets économiques de la récente tempête de verglas dans l'Est de l'Ontario, au Québec et dans les Maritimes. Mais je tiens à souligner que, pour l'ensemble de l'économie, les perspectives demeurent favorables, annonçant une poursuite de l'expansion de la production et de l'emploi et un rétrécissement graduel de la marge de capacités inutilisées.

L'évolution récente des marchés financiers internationaux

Je voudrais maintenant dire quelques mots sur l'évolution récente des marchés financiers internationaux. Le trait dominant de cette évolution a été la forte appréciation du dollar É.-U., qui, depuis la fin de septembre, a gagné environ 4 % par rapport à l'ensemble des grandes monnaies. Deux facteurs principaux se sont conjugués pour pousser la devise américaine à la hausse. Le premier est le dynamisme remarquable de l'économie des États-Unis par rapport à celles de ses principaux partenaires commerciaux. De fait, l'expansion de l'économie a été plus rapide, et le taux d'utilisation des capacités plus élevé que ce que l'on aurait cru soutenable par le passé. Le deuxième facteur est l'attrait que présentent la taille, l'efficience et la liquidité des marchés financiers américains pour les investisseurs nerveux, qui sont à la recherche d'un abri sûr pour leurs placements face à la situation en Asie.

Les difficultés des pays asiatiques ont infléchi les attentes relatives aux cours des produits de base, ce qui explique aussi en partie les mouvements des monnaies des pays qui, comme le Canada, sont de gros producteurs et exportateurs de tels produits.

Compte tenu de ces circonstances, le dollar canadien a perdu un peu moins de 5 % par rapport au dollar É.-U. depuis la fin de septembre. Étant donné que les autres grandes devises se sont aussi repliées vis-à-vis du dollar É.-U. au cours de cette période, la dépréciation de notre monnaie par rapport à celles-ci a été beaucoup moins marquée. Mais, étant donné l'importance de nos échanges commerciaux avec les États-Unis, la valeur effective du dollar canadien pondérée en fonction des échanges commerciaux par rapport à l'ensemble des monnaies des pays du Groupe des Dix a baissé sensiblement ces derniers mois.

La dépréciation de notre monnaie a entraîné un autre assouplissement notable des conditions monétaires au Canada. Toutefois, comme je l'ai indiqué précédemment, même en tenant compte des répercussions de la crise asiatique, l'économie canadienne est engagée sur la bonne voie pour poursuivre son expansion et se rapprocher de la pleine utilisation de ses capacités. Dans ces conditions, l'ampleur du nouvel assouplissement des conditions monétaires observé tout récemment n'était pas appropriée. Nous sommes donc intervenus la semaine dernière pour rééquilibrer ces conditions et soutenir le dollar canadien en relevant le taux officiel d'escompte de 1/2 point de pourcentage, le portant ainsi à 5 %.

Il est probablement encore trop tôt pour tirer des conclusions et des leçons des derniers bouleversements qui ont agité les marchés financiers internationaux. On peut toutefois comparer la réaction qu'ont eue les marchés financiers intérieurs cette fois-ci à celle qu'ils avaient affichée au début de 1995, lors de la crise de la monnaie mexicaine. À ce moment-là, la tourmente qui secouait les marchés financiers internationaux avait attiré l'attention des marchés sur les difficultés budgétaires qu'éprouvait le Canada et amené les investisseurs à exiger des primes de risque plus élevées. Il en est résulté une hausse marquée des taux à long terme au Canada. Cette fois-ci, comme je l'ai déjà indiqué, les taux intérieurs à long terme ont diminué, à l'instar de leurs pendants américains et européens, pour s'établir à leurs plus bas niveaux depuis 30 ans.

Je déduis de tout cela qu'il vaut la peine de mettre ses affaires en ordre. Nous voyons maintenant avec plus de netteté l'importance des progrès remarquables qui ont été accomplis depuis 1995 dans la réduction du déficit budgétaire. Une diminution du ratio de la dette publique à la taille de l'économie contribuera aussi à atténuer notre vulnérabilité aux chocs extérieurs.

Sur le plan de la politique monétaire, la meilleure contribution que peut faire votre banque centrale pour aider l'économie à résister aux chocs externes est de veiller à ce que l'inflation reste maîtrisée. Rien n'est plus important aux yeux des investisseurs, particulièrement en période de turbulence, que l'assurance que procure, pour la valeur d'une monnaie, le maintien d'un taux d'inflation bas et stable.

Conclusion

Permettez-moi, pour conclure, de vous rappeler qu'il est difficile à l'heure actuelle, compte tenu de l'incertitude qui règne, d'évaluer avec précision les répercussions possibles de la crise asiatique sur l'économie canadienne. Cependant, nous devrons aussi tenir compte, dans nos analyses, de l'incidence positive du dynamisme des économies de bon nombre de nos grands partenaires commerciaux ainsi que des perspectives d'évolution de la demande intérieure au Canada.

Les principaux facteurs qui agissent à l'heure actuelle sur les perspectives de la demande au Canada donnent à penser que la dépense des entreprises et des ménages devrait continuer de croître. En particulier, les conditions monétaires sont très expansionnistes, ce qui apporte un soutien considérable à l'expansion économique.

Tout compte fait, les perspectives de l'économie canadienne restent favorables. Compte tenu du faible taux d'inflation et de l'amélioration marquée de notre situation budgétaire, l'économie canadienne est plus en mesure maintenant de soutenir les effets négatifs de la crise en Asie et d'accomplir d'autres progrès qui contribueront au mieux-être des Canadiens.