Monsieur le Président,

Nous sommes toujours heureux, mes collègues et moi, des occasions qui nous sont offertes de nous présenter devant votre comité. Nous avons publié lundi la dernière livraison de notre Rapport sur la politique monétaire. Celui-ci traite d’un large éventail de questions d’ordre économique et monétaire et fournit un compte rendu des mesures prises par la Banque et des résultats obtenus.

L’objectif ultime de la politique monétaire canadienne est de contribuer à créer et à maintenir des conditions propices à une amélioration de la tenue générale de l’économie au fil du temps. Et la meilleure façon pour la Banque d’apporter cette contribution est de faire en sorte que le taux d’inflation demeure bas et stable. Comme il a été convenu avec le gouvernement du Canada, la Banque vise à maintenir l’inflation à l’intérieur d’une fourchette de 1 à 3 %.

Dans le numéro de mai du Rapport, nous avions insisté sur l’incertitude qui marquait les perspectives économiques à l’échelle mondiale. Au cours des six derniers mois, cette incertitude s’est intensifiée. Certes, l’Asie a retrouvé un calme relatif; cependant, d’autres régions du monde ont commencé à faire l’objet de pressions à la fin de l’été et au début de l’automne en réaction à la décision de la Russie d’imposer de manière unilatérale un moratoire sur sa dette et à l’apparente incapacité du Japon à régler ses problèmes. Un grand nombre d’économies émergentes ont été aux prises avec des fuites massives de capitaux et un élargissement des écarts de taux d’intérêt, les investisseurs s’étant mis en quête de placements sûrs et d’une meilleure protection contre le risque. L’écart entre les rendements des obligations du secteur privé et ceux des obligations d’État s’est aussi accentué de façon générale, et la liquidité des marchés a diminué.

Ces facteurs externes ont beaucoup influencé la conduite de la politique monétaire au Canada pendant les six derniers mois. La situation difficile en Asie et en Russie a entraîné un recul des cours des principaux produits de base que nous exportons. Et à cause des problèmes que cela a créés dans notre industrie des ressources, le dollar canadien a continué de faire l’objet de pressions à la baisse pendant l’été. Par la suite, comme les marchés mondiaux sont devenus extrêmement nerveux en raison de la crise qui a secoué la Russie en août et qu’ils se sont mis à exagérer l’importance des produits de base pour l’économie canadienne, les pressions sur notre dollar se sont intensifiées. Puis, au moment même où ils se repliaient aux États-Unis, les taux d’intérêt à moyen et à long terme ont commencé à grimper fortement au Canada. Afin de prévenir une perte de confiance dans notre monnaie, la Banque du Canada a relevé le taux officiel d’escompte d’un point de pourcentage à la fin du mois d’août. Cette mesure a aidé le dollar canadien à se stabiliser, et les taux d’intérêt à moyen et à long terme se sont repliés.

Lorsque, en réaction aux craintes d’un étranglement du crédit et d’un ralentissement de l’économie américaine, la Réserve fédérale aux États-Unis a abaissé son taux cible à trois reprises de septembre à novembre, pour un total de 75 points de base, la Banque du Canada lui a emboîté le pas. Les réductions du taux officiel d’escompte qui ont été opérées étaient justifiées vu l’importance que revêt l’économie américaine pour le Canada et étant donné aussi que notre taux d’inflation se maintient à de bas niveaux et que le climat s’est amélioré sur les marchés financiers internationaux par suite des mesures de la Réserve fédérale.

J’aimerais maintenant examiner avec vous les perspectives d’évolution de l’économie canadienne.

Les perturbations économiques et financières survenues sur la scène internationale ont donné lieu à des révisions à la baisse des estimations de la croissance économique mondiale pour 1998 et l’an prochain. Néanmoins, l’activité dans les grands pays industriels, à l’exception du Japon, devrait être assez soutenue d’ici la fin de 1999, en particulier aux États-Unis et en Europe.

La Banque prévoit que l’expansion de l’économie canadienne se poursuivra au cours de la prochaine année compte tenu de la vigueur continue de la demande américaine et de l’amélioration de la situation de l’emploi et de la présence de conditions monétaires expansionnistes au Canada. J’insiste toutefois sur le fait que les prévisions sont plus hypothétiques qu’à l’accoutumée en raison de l’incertitude qui continue de régner à l’échelle internationale.

Je veux aussi vous faire remarquer que le rythme auquel les capacités inutilisées dans l’économie seront absorbées par la croissance de la demande durant la prochaine année dépend de la rapidité avec laquelle les marchés financiers au pays et à l’étranger vont se stabiliser. Comme la stabilité financière est capitale pour le maintien de la confiance des ménages et des entreprises, la Banque s’attachera tout particulièrement à court terme à contribuer à préserver la confiance des investisseurs dans les marchés financiers canadiens. À moyen terme cependant, l’objectif fondamental de la politique monétaire demeure le maintien de la tendance de l’inflation à l’intérieur de la fourchette de 1 à 3 % visée par la Banque. Tout porte à croire que l’inflation restera dans la moitié inférieure de la fourchette cible au cours de la prochaine année.

Ce que je veux faire ressortir surtout, c’est que, même s’il a été touché par l’évolution de la situation internationale, le Canada résiste mieux cette fois-ci aux assauts que cela n’a été le cas dans le passé. Cela est dû, selon moi, aux progrès notables que nous avons réalisés : nous avons assaini nos finances publiques, notre taux d’inflation se situe à un bas niveau et est plus stable et la restructuration entreprise par le secteur privé a permis à celui-ci d’accroître sa productivité ainsi que sa compétitivité à l’échelle internationale.

Monsieur le Président, j’aimerais également faire quelques observations sur l’incidence que les perturbations survenues dans le monde au cours de la dernière année ont eue sur le dollar canadien et expliquer comment la Banque a réagi à cette incidence.

Pour comprendre ce qui se passe, nous devons bien faire la distinction entre les causes et les effets de la baisse qu’a subie le dollar canadien. La valeur de notre monnaie reflète habituellement l’évolution de la situation au pays et à l’étranger. Il ne faut donc pas perdre de vue que la dépréciation du dollar canadien est la conséquence des événements qui se sont produits depuis l’été 1997 et non pas la cause des difficultés auxquelles nous sommes actuellement confrontés, comme certains le laissent entendre.

La ruée mondiale vers les avoirs en dollars É.-U., considérés par les investisseurs comme un abri sûr pour leurs placements, et le recul de 15 % que les prix des principaux produits de base que nous exportons ont enregistré au cours des douze derniers mois sont les deux grands facteurs qui expliquent la dépréciation marquée de notre monnaie par rapport au dollar américain.

Plus particulièrement, le recul des prix des produits de base s’est traduit par une diminution des revenus et de la richesse des Canadiens, une dure réalité à laquelle nous avons dû nous ajuster. Étant donné que notre taux de change est flexible, l’ajustement s’est opéré au moyen d’une diminution de la valeur externe de notre dollar. Dans un régime de taux de change fixes, l’ajustement aurait été plus lent à se produire et plus coûteux aussi, puisqu’il se serait effectué uniquement par le truchement de réductions de la production, de l’emploi et des salaires.

Qu’est-ce que la Banque du Canada peut et doit faire au sujet du taux de change lorsque les marchés financiers internationaux sont agités et que des chocs majeurs d’origine externe se produisent?

Dans un premier temps, permettez-moi de vous rappeler que la politique monétaire canadienne a pour objectif de maintenir la stabilité des prix intérieurs, c’est-à-dire de faire en sorte que le taux d’inflation reste bas et stable. Le taux de change et les taux d’intérêt sont les canaux par lesquels se transmettent les mesures de politique monétaire, et ils doivent pouvoir s’ajuster aux nouvelles réalités pour que les cibles d’inflation puissent être atteintes.

Mais si l’élan imprimé au mouvement du taux de change pousse le dollar canadien bien au-delà du niveau que justifient les facteurs fondamentaux de l’économie, la Banque doit rappeler aux participants au marché les tendances favorables de notre économie.

Pour ce faire, la Banque peut acheter des dollars canadiens sur le marché des changes, comme elle l’a fait durant les deux premières semaines du mois d’août. Elle peut également modifier le taux d’escompte. Il existe deux types de circonstances dans lesquelles cette mesure se révèle appropriée. C’est d’abord le cas lorsque l’ampleur de la dépréciation de la monnaie donne lieu à un assouplissement trop prononcé des conditions monétaires. Il faut se rappeler qu’une baisse du cours de la monnaie stimule l’activité économique, car elle favorise les exportations et la production intérieure de biens se substituant aux importations. Une modification du taux d’escompte peut aussi s’imposer lorsqu’il y a des signes témoignant d’une érosion de la confiance dans la valeur de la monnaie. Une perte de confiance peut être très coûteuse pour l’économie, si elle entraîne une hausse persistante des taux d’intérêt à moyen et à long terme dont sont assortis les prêts consentis pour l’achat de maisons, la construction et le financement des investissements des entreprises.

Ce sont des préoccupations de cet ordre qui ont amené la Banque à réagir vigoureusement au repli qu’a accusé le dollar canadien au début de 1995, pendant la crise du peso mexicain. Comme je l’ai déjà mentionné, le relèvement du taux d’escompte effectué à la fin du mois d’août 1998 visait aussi à prévenir une perte de confiance de la part des marchés.

J’espère que mes propos d’aujourd’hui ont aidé à clarifier divers points au sujet du taux de change et à expliquer certaines des mesures que nous avons prises récemment en réaction à son évolution.