Même si les mesures prises pour résoudre la crise financière mondiale porteront leurs fruits, les décideurs publics doivent améliorer leur capacité de détecter la prochaine crise avant qu'elle ne survienne, a déclaré aujourd'hui le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney. Dans un discours prononcé devant l'association Women in Capital Markets, le gouverneur a affirmé que l'adoption d'une approche macroprudentielle en matière de réglementation – approche « concentrée sur la forêt, et non sur les arbres » – est essentielle à l'élaboration de meilleurs systèmes d'alerte avancée en ce qui a trait à la stabilité financière.

Le gouverneur a traité des moyens qu'utilise la Banque du Canada afin de promouvoir la stabilité financière, c'est-à-dire l'octroi de liquidités et la persuasion. La Banque a placé la stabilité financière au rang de ses priorités stratégiques, a précisé M. Carney, et met un accent accru sur le repérage des risques et des vulnérabilités et tire profit de son appartenance à des organisations nationales et internationales.

Pour ce qui est de la crise, l'issue la plus probable pour le système financier canadien est une amélioration graduelle par rapport aux niveaux actuels de stress. Toutefois, le gouverneur a cerné cinq risques pour la stabilité financière selon la perspective de la Banque, et a insisté particulièrement sur trois d'entre eux : l'état du bilan des ménages, la liquidité et le financement des institutions financières, ainsi que la procyclicité des fonds propres bancaires.

En ce qui concerne le bilan des ménages, le gouverneur a souligné que, même si la résilience du secteur canadien des ménages sera mise à l'épreuve au cours de la récession, celui-ci demeure relativement sain. Il a fait remarquer que le ratio du service de la dette des ménages reste bien en deçà de sa moyenne historique. « Ce portrait nous donne, dans une certaine mesure, l'assurance que la plupart des ménages peuvent respecter leurs engagements financiers sans trop de difficulté », a dit le gouverneur.

Selon M. Carney, les problèmes de liquidité et de financement éprouvés par les banques risquent d'intensifier l'effet de rétroaction négatif entre le système financier et l'économie réelle. « Le défi qui se pose aux décideurs publics consiste à fournir un soutien transitoire qui relance réellement les marchés au lieu de les remplacer. »

Au chapitre de la procyclicité des fonds propres bancaires, M. Carney a exposé le risque que les forces du marché puissent contraindre les banques à maintenir des ratios de fonds propres plus élevés que nécessaire afin de se prémunir contre la possibilité d'une détérioration des résultats économiques. Pour éviter pareille situation, il propose que les banques soient tenues de se constituer des réserves de fonds propres en périodes d'expansion rapide du crédit et qu'elles puisent dans ces réserves en phase de repli économique. « Ainsi, les exigences de fonds propres contribueraient à modérer les hauts et les bas du cycle de crédit – à l'opposé de ce qui se passe actuellement – et à atténuer le risque d'une crise future. »