Au cours de l’été, les perspectives économiques se sont détériorées à l’échelle du globe, la crise de la dette souveraine en Europe s’est intensifiée et la confiance des investisseurs dans la capacité de réaction des décideurs publics a été ébranlée, a déclaré aujourd’hui le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney. Ces changements dans la conjoncture économique mondiale présentent à la fois des possibilités et des défis importants, a affirmé le gouverneur devant la Chambre de commerce de Saint John.

En Europe, la préoccupation la plus immédiate réside dans les difficultés de financement croissantes des banques, mais les enjeux plus larges sont les positions budgétaires et concurrentielles d’un certain nombre de pays. La plupart d’entre eux n’ont guère le choix, ils doivent réduire leurs déficits budgétaires, malgré la faiblesse de la demande privée.

« La situation en Europe est fragile, mais remédiable; elle est gérable si l’on s’y met », a soutenu M. Carney. Nous avons besoin d’un plan détaillé en matière de fonds propres pour les banques européennes et – ce point est crucial – d’un important filet de sécurité en matière de financement pour les pays souverains d’Europe. « Les autorités européennes doivent prendre le temps de refonder leur union monétaire sur des mécanismes budgétaires crédibles et des économies plus flexibles, capables de s’ajuster rapidement aux variations inévitables de la compétitivité interne en Europe », a ajouté le gouverneur.

Aux États-Unis, l’économie a perdu de son élan et pourrait stagner, selon ce qui se passe sur la scène internationale. « À ce stade-ci, la Banque du Canada n’entrevoit pas de récession aux États-Unis, quoique le risque se soit manifestement accru », a précisé M. Carney. Selon lui, un nouveau ralentissement aux États-Unis aurait de plus grandes répercussions sur le Canada qu’un affaiblissement de la croissance en Europe. En outre, le tassement de l’économie américaine a frappé encore plus l’activité dans les secteurs, comme ceux de l’automobile et du logement, qui importent pour notre pays.

« Pour mettre les choses en perspective, retenons que, si les États-Unis avaient connu une reprise type, leur PIB serait plus élevé de 2,5 %, et les exportations canadiennes le seraient de 6,5 %, ce qui représente 30 milliards de dollars de ventes additionnelles », a indiqué M. Carney.

Toutefois, les Canadiens ne devraient pas se décourager. De l’avis du gouverneur, peu importe l’évolution de la situation aux États-Unis ou en Europe, on doit relever les défis et saisir les occasions qui se présentent en déployant des efforts soutenus ici au Canada. Il mentionne trois tendances majeures : « les entreprises canadiennes ne sont pas assez exposées aux éléments qui connaissent l’expansion la plus rapide au sein de l’économie mondiale; les cours des produits de base devraient rester élevés par rapport aux moyennes historiques; et nos entreprises ne sont pas aussi productives qu’elles pourraient ou devraient l’être. »

Pour sa part, la Banque continuera à favoriser l’expansion économique du Canada en maintenant l’inflation à un niveau bas, stable et prévisible. « L’approche de la Banque est toujours flexible. Ses décisions reposent sur une analyse réfléchie et un jugement éclairé, plutôt que sur des règles mécaniques, a expliqué le gouverneur. La Banque du Canada dispose d’une vaste gamme d’outils et de moyens d’action qu’elle continuera à utiliser au besoin pour que les Canadiens puissent saisir ces occasions dans un cadre de stabilité macroéconomique et financière nationale. »