La Banque du Canada publie aujourd’hui un document d’information sur la reconduction de la cible de maîtrise de l’inflation, qui résume les principaux éléments du régime canadien de ciblage de l’inflation. Le document décrit l’expérience du Canada dans la mise en œuvre de ce régime depuis vingt ans, explique en détail l’approche flexible suivie par la Banque en la matière et analyse les résultats des travaux menés dans le cadre du programme de recherche de l’institution depuis la reconduction précédente de la cible, en 2006.

La publication de ce document suit l’annonce, faite le 8 novembre par le gouvernement canadien et la Banque, du renouvellement de l’entente relative à la cible de maîtrise de l’inflation pour une période de cinq ans, soit jusqu’à la fin de 2016. Selon les termes de l’entente, la Banque continuera de mener la politique monétaire de façon à maintenir l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC) global à 2 %, soit au milieu d’une fourchette de maîtrise de l’inflation allant de 1 à 3 %.

Voici certains des points saillants du document d’information :

Le ciblage de l’inflation a été avantageux pour l’économie canadienne. Depuis que le Canada a adopté une cible d’inflation en 1991, l’inflation s’est située en moyenne à 2 % et sa variabilité a diminué d’environ les deux tiers. Les Canadiens et les Canadiennes ont tiré nombre d’avantages importants d’un taux d’inflation bas, stable et prévisible :

  • les consommateurs et les entreprises ont joui d’une plus grande certitude quant au pouvoir d’achat futur de leur épargne et de leurs revenus;
  • les taux d’intérêt nominaux et réels ont été plus faibles;
  • le Canada a connu une croissance économique plus stable ainsi qu’un taux de chômage moins élevé et moins variable.

Un niveau d’inflation bas n’est pas une fin en soi, mais le moyen d’assurer la stabilité et le bon fonctionnement de l’économie.

La cible d’inflation est symétrique. Cela signifie que la Banque se préoccupe autant d’un taux d’inflation qui dépasse la cible de 2 % que d’un taux qui lui est inférieur. La Banque continue de recourir à l’inflation mesurée par l’indice de référence comme guide dans la conduite de la politique monétaire parce qu’elle est un indicateur efficace de la tendance sous-jacente de l’inflation mesurée par l’IPC global. L’inflation mesurée par l’indice de référence, de même que d’autres indicateurs des pressions inflationnistes, est suivie de près en vue de faciliter l’atteinte de la cible fixée pour l’inflation mesurée par l’IPC global; elle ne remplace pas l’inflation mesurée par l’IPC global.

Le régime de ciblage de l’inflation est flexible. Normalement, la Banque cherche à faire en sorte que l’inflation regagne la cible à un horizon de six à huit trimestres. Toutefois, au cours des vingt dernières années, cet horizon a connu des variations considérables en réponse à des circonstances et des chocs économiques différents. À certains moments, l’horizon au terme duquel l’inflation devait retourner à la cible de 2 % a varié de deux à onze trimestres. La Banque a étendu à neuf reprises son horizon de référence à plus de huit trimestres.

Le cadre de mise en œuvre de la politique monétaire du Canada comprend un taux de change flottant. Le flottement du dollar canadien joue un rôle crucial dans la transmission de la politique monétaire et permet à la Banque de mener une politique monétaire indépendante axée sur l’atteinte de la cible d’inflation. En outre, il aide l’économie à absorber les chocs.

La stabilité relative de l’économie canadienne au cours de la récente crise économique et financière mondiale a fait ressortir les avantages du ciblage de l’inflation. La crise de 2008-2009 représente le choc le plus important auquel l’économie canadienne a été confrontée depuis qu’une cible d’inflation est en vigueur; de fait, elle a soumis le régime à un test sans précédent. Il s’est avéré un cadre solide dans lequel la Banque a pu mettre en œuvre des mesures de relance monétaire énergiques pour faire face à la crise, qui ont contribué à atténuer les effets de celle-ci sur l’économie canadienne. Cette expérience a renforcé la valeur de la flexibilité du régime et fourni d’importants enseignements pour l’avenir.

La crise a eu une influence sur l’opinion de la Banque concernant deux questions qu’elle a étudiées au cours des cinq dernières années, et a amené l’institution à en examiner une troisième. Le document d’information fait état des résultats de ces études :

  • La réduction du taux cible d’inflation : Même si les avantages nets potentiels d’une cible d’inflation plus basse sont considérés comme supérieurs à ce qu’on estimait précédemment, l’expérience récente et les recherches en cours mettent en évidence des risques notables associés à la borne limitant à zéro les taux d’intérêt. Avant de chercher à tirer profit de ces avantages avec confiance, les banques centrales devront trouver un moyen pour réduire la probabilité de se heurter à la borne du zéro et pour composer plus efficacement avec cette situation lorsqu’elle se présentera.
  • Le ciblage du niveau des prix : Les études récentes et les modèles théoriques ont montré que ce régime peut offrir des gains, notamment une certitude accrue à l’égard du niveau des prix à long terme et une meilleure stabilité macroéconomique à court terme. Toutefois, dans l’état actuel des connaissances, les avantages potentiels d’un régime de ciblage du niveau des prix par rapport au régime de ciblage de l’inflation ne l’emportent pas de façon évidente sur les coûts et les risques associés au fait de délaisser un cadre de conduite de la politique monétaire grâce auquel les attentes sont solidement ancrées et la banque centrale jouit d’une grande crédibilité.
  • La politique monétaire et la stabilité financière : La crise financière mondiale a fait ressortir le fait que la stabilité économique et la stabilité financière sont intimement liées. Dans des circonstances exceptionnelles, la politique monétaire peut se révéler l’instrument approprié pour soutenir la stabilité financière. Un régime arrimé à une cible d’inflation solide et crédible procure aux autorités monétaires la flexibilité dont elles ont besoin pour renforcer occasionnellement la stabilité du système financier.