Il est d’usage pour la Banque de fournir un résumé des délibérations du Conseil de direction après chaque décision concernant les taux d’intérêt. Ce résumé prend la forme d’une déclaration préliminaire lorsque nous publions un Rapport sur la politique monétaire (RPM) et d’un discours public le lendemain des annonces qui ne s’accompagnent pas d’un RPM.

La décision du Conseil de direction d’abaisser les taux d’intérêt le vendredi 13 mars 2020 ne s’est prise dans ni l’un ni l’autre de ces contextes. Compte tenu de ces circonstances particulières, le Conseil de direction expose ici les raisons qui ont motivé cette décision.

La situation macroéconomique évolue très rapidement à mesure que le coronavirus (COVID-19) se propage dans le monde. En plus des perturbations touchant la production, les déplacements et autres activités économiques, on a observé une baisse prononcée des prix mondiaux du pétrole, lesquels constituent un canal de transmission très important pour l’économie canadienne. Le personnel de la Banque s’emploie à en évaluer les conséquences macroéconomiques, mais il existe des risques à la baisse manifestes et immédiats pour la croissance économique et l’inflation.

Dans ce contexte, le gouverneur et la première sous-gouverneure ont été en contact étroit avec les dirigeants de banques centrales d’autres pays, d’autres importants décideurs publics canadiens et les chefs de la direction des grandes banques canadiennes. Tous les pays sont confrontés à des circonstances similaires, quoiqu’à des degrés différents. Il en a résulté une forte coordination internationale sur le plan des politiques ces dernières semaines.

Le matin du 13 mars, le gouverneur et la première sous-gouverneure ont participé à une réunion avec le ministre des Finances, le sous-ministre des Finances et le surintendant des institutions financières. La Banque a alors fait connaître son intention d’introduire une facilité d’achat des acceptations bancaires pour aider à atténuer les tensions sur les marchés du crédit, surtout pour les petites et moyennes entreprises. Cette facilité fonctionnerait en complément de l’élargissement du programme de rachat d’obligations du gouvernement du Canada et des opérations de pension à plus d’un jour qui avait été annoncé la veille, dans le but de favoriser le fonctionnement des marchés financiers. À la même réunion, le surintendant a indiqué que le BSIF se tenait prêt à annoncer une réduction importante de la réserve pour stabilité intérieure pour augmenter la capacité de prêt des banques canadiennes; cette décision suivait des mesures similaires prises dans les autres grandes économies. De plus, le ministre des Finances a indiqué son intention d’introduire d’importantes mesures de relance budgétaire la semaine suivante. Selon le ministre, une annonce conjointe de ces mesures faite par la Banque, le BSIF et lui-même, plus tard la même journée, contribuerait fortement à stimuler la confiance des consommateurs, des entreprises et des marchés financiers. La question des taux d’intérêt n’a pas été abordée à cette réunion.

Plus tard le même jour, le gouverneur et la première sous-gouverneure ont convoqué une réunion du Conseil de direction et informé les autres membres des annonces imminentes par les autres organismes fédéraux. On ne disposait pas encore d’une projection du personnel mise à jour, mais il était clair pour le Conseil de direction que les effets perturbateurs du coronavirus, conjugués à la baisse des prix du pétrole, justifieraient selon toute probabilité un nouvel assouplissement de la politique monétaire dans les semaines à venir. Les conséquences économiques du coronavirus lui-même auront de toute évidence un impact négatif majeur sur l’économie. L’ampleur et la durée de cet impact sont inconnues, mais il a été reconnu que les effets devraient en définitive être temporaires. Les incidences de la baisse des prix du pétrole sont beaucoup plus quantifiables et pourraient durer plus longtemps. Nous avons reconnu qu’il est primordial de maintenir la disponibilité du crédit aux entreprises et aux ménages canadiens pour soutenir l’économie durant une perturbation temporaire majeure de cette nature. Dans ce contexte, la discussion a alors porté sur la question du moment approprié d’autres ajustements possibles des taux d’intérêt : attendre jusqu’à la prochaine date d’annonce préétablie à la mi-avril, au moment où nous aurions également une nouvelle projection du personnel; attendre un autre ajustement des taux d’intérêt à l’échelle mondiale et, de ce fait, tirer parti d’un effet de coordination internationale, comme nous l’avions fait le 4 mars; ou modifier les taux le vendredi et ainsi contribuer à créer un ensemble encore plus puissant de mesures concertées à l’échelle nationale. Après avoir discuté des avantages relatifs de ces options, le Conseil de direction a conclu qu’il pourrait être très avantageux de procéder à une réduction immédiate et importante des taux d’intérêt pour compléter les autres mesures à l’appui du fonctionnement des marchés du crédit.

En conséquence, le Conseil de direction a décidé le 13 mars d’abaisser les taux d’intérêt de 50 points de base, en date du 16 mars, et de publier un communiqué en même temps que les autres annonces mentionnées ci-dessus. Le Conseil de direction se tient prêt à ajuster de nouveau la politique monétaire et à déployer d’autres outils visant les marchés, au besoin, pour soutenir la croissance économique et maintenir l’inflation à la cible.