Introduction
Depuis 2014, la Banque du Canada tient à jour une base de données complète des défauts souverains afin de calculer de façon systématique la valeur nominale des différents types de défauts souverains et de les regrouper.
Cette base repose sur des ensembles de données compilées et publiées par diverses sources publiques et privées. Elle permet de produire, à partir de données tirées de ces sources et de nouvelles informations, des estimations complètes du montant des engagements financiers étatiques, à savoir les prêts bancaires, les obligations et autres titres négociables, de même que les prêts publics en situation de défaut, tous exprimés en dollars américains, pour la période allant de 1960 à 2025. Cette information est présentée à la fois pays par pays et de manière agrégée, c’est-à-dire à l’échelle mondiale.
On considère qu’il y a défaut souverain lorsque le service de la dette aux échéances prévues est interrompu ou que l’emprunteur souverain cherche à renégocier les modalités contractuelles existantes, ou une combinaison des deux. De telles restructurations peuvent inclure une réduction du principal, une baisse du taux d’intérêt ou une prolongation des échéances. Habituellement, cela s’accompagne d’une perte pour les créanciers sur le plan de la valeur actualisée nette. Une fois la restructuration complétée, on cesse de considérer qu’il y a défaut souverain.
Les créanciers publics comprennent le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et d’autres banques multilatérales de développement, les créanciers du Club de Paris, les créanciers membres du G20 qui n’appartiennent pas au Club de Paris (notamment la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud) et d’autres organismes gouvernementaux de développement. Les créanciers privés sont des banques, des fournisseurs et des porteurs d’obligations internationaux.
La base de données, qui se trouve sur le site Internet de la Banque du Canada, est mise à jour annuellement en partenariat avec la Banque d’Angleterre. Les mises à jour régulières de la base sont utiles aux chercheuses et chercheurs souhaitant analyser les effets économiques et financiers des défauts souverains pris individuellement ainsi que, fait important, les répercussions sur la stabilité financière mondiale d’épisodes comportant de multiples défauts souverains.
Dans la présente étude, nous :
- mettons en lumière l’évolution des défauts souverains en 2025, notamment en expliquant la baisse estimée de 14 % de la valeur en dollars américains des défauts souverains par rapport à 2024
- revenons sur des points importants concernant le nombre, la taille et les types de défauts
- présentons un survol historique des défauts et de leur persistance dans les États souverains lourdement endettés et à faible revenu
- examinons la place grandissante de la Chine dans le financement bilatéral public, aux dépens des créanciers du Club de Paris1
- mettons à jour nos estimations des arriérés budgétaires au sein des États, exprimés en dollars américains
La version 2026 de la base de données et les recherches connexes comprennent plusieurs améliorations :
- révisions des données agrégées et des données par pays sur les défauts de paiement pour la période allant de 1960 à 2025, notamment :
- intégration de nouvelles données, par pays et à l’échelle mondiale, sur les arriérés intérieurs – les données les plus complètes sont fournies pour les années 1990 à 2025
- carte (figure 1) montrant les dettes en défaut dans différentes régions
- graphique illustrant la part de la dette souveraine en défaut et de la dette souveraine en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) par pays
- mises à jour des documents présentant la méthode, ainsi que l’annexe et les références bibliographiques
Toutes les données peuvent être téléchargées en format CSV, JSON et XML.
Points importants tirés de la mise à jour de 2026
La valeur totale des défauts souverains a baissé de 14 % l’année dernière
Selon notre estimation préliminaire, la valeur totale des défauts souverains s’établissait à 437 milliards de dollars américains en 2025, ou 0,4 % de la dette publique mondiale. Cela représente une réduction de 70 milliards de dollars américains, ou 14 %, par rapport au total révisé de 507 milliards pour 2024. Nous estimons également que le nombre de défauts souverains a reculé, passant de 91 à 80, ce qui constitue la quatrième baisse consécutive depuis le début de la pandémie de COVID-19.
Les défauts souverains concernant les pays participant à l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) du FMI et de la Banque mondiale ont diminué de 32 % pour atteindre 50 milliards de dollars américains, et ceux concernant les marchés émergents et les marchés frontières ont diminué de 12 % pour s’établir à 341 milliards de dollars américains. Cela dit, les coûts de refinancement restent élevés, surtout dans les pays émergents importateurs d’énergie. De plus, les effets du conflit au Moyen-Orient sur les finances publiques continuent de varier d’un pays à l’autre.
Les défauts souverains dans les économies avancées sont restés à zéro en 2025.
Les défauts sur les prêts de créanciers publics internationaux ont diminué de 28 % en 2025
Entre 2024 et 2025, les défauts sur les prêts de créanciers publics internationaux ont diminué de 30,8 milliards de dollars américains, ou 28 %, pour atteindre 79 milliards, mais chaque principal sous-groupe de créanciers s’en est tiré différemment. Pour la quatrième année de suite, aucun défaut n’a touché le FMI.
En revanche, les défauts touchant la Banque internationale pour la reconstruction et le développement et l’Association internationale de développement – qui font partie du Groupe de la Banque mondiale – ainsi que la Banque interaméricaine de développement ont augmenté collectivement de 396 millions de dollars américains, ou 8 %, pour s’établir à 5,2 milliards.
Dans le cas des créanciers bilatéraux, les défauts touchant la Chine ont connu une baisse de 25,8 milliards de dollars américains, ou 46 %, pour atteindre 30,6 milliards, tandis que les défauts touchant les membres du Club de Paris ont diminué de 5,4 milliards, ou 11 %, pour se chiffrer à 43,3 milliards de dollars. Les défauts touchant les autres créanciers publics, soit ceux que nous n’avons pas nommés séparément, ont enregistré une baisse de 27,1 milliards de dollars, ou 26 %, pour atteindre 76,1 milliards.
Les défauts sur les prêts de créanciers privés internationaux ont diminué de moins de 1 %
Les défauts touchant les créanciers privés ont diminué de 1,9 milliard de dollars américains, ou 0,9 %, pour s’établir à 213 milliards en 2025. Comme dans le cas des créanciers publics, on a constaté des écarts importants entre les catégories de créanciers privés. Les défauts sur les obligations en devises, qui ont représenté la plus grande part des défauts (graphique 1), ont enregistré une baisse de 1,8 milliard de dollars, ou 1 %, pour s’établir à 197,2 milliards.
En tout, 10 pays étaient en défaut sur leurs obligations en devises. Les défauts les plus importants, exprimés en dollars américains, sont les suivants :
- Venezuela (56,7 milliards)
- Russie (52,6 milliards)
- Liban (45,3 milliards)
- Ukraine (31,5 milliards)
- Biélorussie (4,0 milliards)
- Sri Lanka (3,2 milliards)
- Argentine (2,3 milliards)
Les défauts de paiement sur les prêts bancaires ont également reculé de 127 millions de dollars américains, ou 1 %, pour atteindre 16,1 milliards, tandis que les défauts sur les prêts d’autres créanciers privés internationaux (principalement des fournisseurs) ont augmenté de 547 millions de dollars américains, ou 1 %, pour s’établir à 68,2 milliards2.
Les défauts de paiement en monnaie nationale ont chuté de 96 %
Les défauts sur la dette libellée en monnaie nationale ont chuté de 96 %, passant d’un total révisé de 11,2 milliards de dollars américains en 2024 à 474 millions en 2025. La somme de 2025, la plus faible depuis quatre ans, se compose uniquement de deux défauts souverains :
- le défaut de paiement du Zimbabwe sur sa dette en monnaie locale de 425 millions de dollars américains
- la portion restante de la dette en pesos de l’Argentine qui n’a pas été restructurée
La distribution des défauts demeure concentrée
Comme les années précédentes, en 2025, la distribution des défauts exprimés en valeur absolue était très concentrée : mondialement, 90 % de la dette souveraine en souffrance exprimée en dollars américains était imputable à 11 entités souveraines. Par ailleurs, 55 % de la dette souveraine en souffrance était attribuable à seulement trois pays, soit le Venezuela, la Russie et le Liban.
La dette publique reste élevée à l’échelle mondiale
Le FMI estime qu’à l’échelle mondiale, l’encours de la dette publique, exprimé en dollars américains, a atteint le niveau record de 111 000 milliards de dollars en 2025, soit 94 % du PIB mondial. Le FMI prévoit que le fardeau de la dette publique mondiale atteindra 100 % du PIB mondial d’ici 2029, en partie à cause des taux d’intérêt nominaux élevés et du lourd fardeau du service de la dette.
L’une des principales préoccupations concerne non seulement le niveau élevé de la dette mondiale, mais aussi la trajectoire qu’elle devrait suivre dans le contexte des politiques budgétaires actuelles. Selon la Banque mondiale, les pays à revenu faible ou moyen paient 2,1 fois plus d’intérêts qu’il y a dix ans sur l’encours de leur dette extérieure à long terme3. Parallèlement, entre 2022 et 2024, ces pays ont collectivement versé 741 milliards de dollars américains de plus en remboursements de principal et en paiements d’intérêts sur leur dette extérieure que ce qu’ils ont obtenu en nouveau financement extérieur. Il s’agit de la plus importante sortie nette de capitaux observée depuis au moins 50 ans.
Notes
- 1. Le Club de Paris est un groupe informel composé essentiellement d’économies avancées. Les membres permanents sont les suivants : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Brésil, Canada, Corée du Sud, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Irlande, Israël, Italie, Japon, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Russie, Suède et Suisse. Pour de plus amples renseignements, consulter le site Web du Club de Paris.[←]
- 2. Pour une discussion concernant les révisions aux données sur les défauts touchant les prêts de créanciers privés, voir D. Beers, O. Ndukwe et J. Berry, « BoC–BoE Sovereign Default Database: Methodology and Assumptions », rapport technique 124 de la Banque du Canada.[←]
- 3. Voir Banque mondiale, « Debt Servicing Burdens of LMICs, 2014–24 », International Debt Report 2025 (décembre 2025).[←]
Avis d’exonération de responsabilité
Les notes analytiques du personnel de la Banque du Canada sont de brefs articles qui portent sur des sujets liés à la situation économique et financière du moment. Rédigées en toute indépendance du Conseil de direction, elles peuvent étayer ou remettre en question les orientations et idées établies. Les opinions exprimées dans le présent document sont celles des auteurs uniquement. Par conséquent, elles ne traduisent pas forcément le point de vue officiel de la Banque du Canada et n’engagent aucunement cette dernière.
Publications connexes
Base de données de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre sur les défauts souverains : quoi de neuf en 2024?
Base de données de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre sur les défauts souverains : quoi de neuf en 2023?
BoC–BoE Sovereign Default Database: Appendix and References
BoC–BoE Sovereign Default Database: Methodology and Assumptions
Base de données de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre sur les défauts souverains : quoi de neuf en 2022?
Base de données de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre sur les défauts souverains : quoi de neuf en 2021?
BoC–BoE Sovereign Default Database: Methodology, Assumptions and Sources
Base de données de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre sur les défauts souverains : quoi de neuf en 2020?
The BoC-BoE Sovereign Default Database: What’s New in 2019?
DOI : https://doi.org/10.34989/sap-2026-48