Base de données de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre sur les défauts souverains : quoi de neuf en 2022?

Introduction

Depuis 2014, la Banque du Canada tient à jour une base de données complète des défauts souverains afin de calculer de façon systématique la valeur nominale des différents types de défauts souverains et de les regrouper. Cette base repose sur des ensembles de données compilées et publiées par diverses sources, publiques et privées. Elle permet de produire, à partir de données tirées de ces sources et de nouvelles informations, des estimations complètes du montant des engagements financiers étatiques, à savoir les prêts bancaires, les obligations et autres titres négociables, de même que les prêts publics en situation de défaut, tous exprimés en dollars américains, pour la période allant de 1960 à 2021. Cette information est présentée à la fois pays par pays et de manière agrégée, c’est-à-dire à l’échelle mondiale.

La base de données, qui se trouve sur le site Internet de la Banque du Canada, est mise à jour annuellement en partenariat avec la Banque d’Angleterre. Les mises à jour régulières de la base seront utiles aux chercheurs souhaitant analyser les effets économiques et financiers des défauts d’emprunteurs souverains spécifiques ainsi que – dimension importante – les impacts sur la stabilité financière mondiale de multiples défauts souverains simultanés.

Dans la présente étude, nous :

  • mettons en lumière l’évolution des défauts souverains en 2021, notamment en expliquant dans ses grandes lignes la baisse de 16 % de la valeur en dollars américains des défauts souverains qui s’est produite entre 2020 et 2021;
  • décrivons les améliorations apportées aux fonctionnalités de la base de données;
  • revenons sur des points importants concernant le nombre, la taille et les types de défauts;
  • présentons un survol historique des défauts, de leur persistance dans les pays pauvres lourdement endettés et de la place grandissante des créanciers qui n’appartiennent pas au Club de Paris dans le financement bilatéral1;
  • faisons le point sur les progrès continus pour intégrer à la base de données des estimations fiables des arriérés budgétaires au sein des États.

La version 2022 de la base de données comprend plusieurs améliorations :

  • ajout de données concernant les défauts de paiement sur les prêts octroyés par la Chine depuis 2000
  • mise à jour des données annuelles (selon la disponibilité) sur la dette totale du gouvernement central de chaque pays
  • révisions mineures des données agrégées et des données par pays sur les défauts de paiement pour la période allant de 1960 à 2020;
  • intégration de nouvelles données, par pays et à l’échelle mondiale, sur les arriérés intérieurs – les données les plus complètes sont fournies pour les années 2000 à 2021

Nous avons également mis à jour le contenu d’un onglet au bas de la principale feuille de calcul de la base de données : l’onglet DATA fournit les données sur les défauts, agrégées et par pays, en format téléchargeable.

Points importants tirés de la mise à jour de 2022

La dette publique mondiale brute a augmenté, mais la valeur totale des défauts souverains a baissé

Nous estimons la valeur totale des défauts souverains en 2021 à 375,3 milliards de dollars américains (0,4 % de la dette publique mondiale), ce qui représente une baisse de 72,3 milliards de dollars (soit 16 %) par rapport à 2020, quand elle se chiffrait à 447,7 milliards de dollars américains (total révisé). En revanche, la dette publique mondiale brute a augmenté de 10 % environ. La réduction de la valeur des défauts souverains est principalement attribuable à un recul de 78,9 milliards de dollars américains des défauts sur les obligations en devises. Ce recul découle de la résolution des défauts de paiement de l’Équateur et de l’Argentine sur la plupart de leurs obligations, qui a compensé l’augmentation des arriérés accumulés par le Belize, le Mozambique, Nauru, Porto Rico, le Suriname, le Venezuela et la Zambie pour des défauts de paiement sur leurs obligations.

Les défauts sur la dette en monnaie nationale ont diminué de 5,2 milliards de dollars américains. Cette diminution s’explique en grande partie par l’achèvement du projet de restructuration de la dette à court terme de l’Iraq qui avait débuté en 2020.

La dette mondiale demeure élevée, même si la tendance haussière a ralenti en 2021

Selon les données du Fonds monétaire international (FMI), la dette publique s’élevait à 98,3 % du produit intérieur brut (PIB) mondial en 2021, ce qui représente un léger recul par rapport au taux enregistré en 2020 (soit 99,5 %), mais un niveau qui reste proche de son plus haut depuis les années 1950. En outre, dans sa livraison d’avril 2022 des Perspectives de l’économie mondiale, le FMI indique que la dette totale – qui comprend la dette des ménages, la dette des sociétés non financières et la dette publique – excède maintenant 250 % du PIB mondial et s’accumule à un rythme comparable à celui observé lors des deux guerres mondiales du XXe siècle. Les services du FMI ont également souligné que même si les coûts budgétaires exceptionnels liés à la pandémie de COVID‑19 prennent fin, l’invasion de l’Ukraine par la Russie freine la reprise économique mondiale et entraîne de nouvelles pressions budgétaires2.

Dans l’ensemble, la taille des défauts qui touchent les créanciers publics a légèrement augmenté en 2021

Les défauts sur les prêts de créanciers du Club de Paris ont baissé, tandis que ceux qui touchent la Chine et d’autres prêteurs bilatéraux se sont inscrits en hausse3. Au total, les défauts sur les prêts de créanciers publics ont augmenté de 14,4 milliards de dollars américains. Les variations de la valeur des défauts pour les autres catégories de créanciers étaient moins importantes.

Pour les pays qui ont participé à l’Initiative de suspension du service de la dette (ISSD)4, nous avons inclus dans la base de données les remises de remboursements de dette accordées en 2020 et 2021 par les créanciers bilatéraux publics aux emprunteurs souverains qui, selon le FMI et la Banque mondiale, sont déjà surendettés ou courent un risque élevé de l’être. La période de suspension des remboursements, qui devait initialement s’étendre de mai à décembre 2020, a été prolongée jusqu’en décembre 2021. Les emprunteurs souverains participaient au programme sur une base volontaire, et l’allègement consenti ne devait pas avoir d’impact sur la valeur nette actualisée de leur dette.

Si nous incluons les paiements suspendus dans le cadre de l’ISSD, c’est que sans l’ISSD, bon nombre de ces pays – dont certains ont déjà d’autres arriérés – auraient probablement demandé un allègement de dette. Le montant total des remises de remboursements en rapport avec l’ISSD compris dans la base de données en 2021 s’élève à 5,7 milliards de dollars américains, ce qui correspond à environ 1,5 % de la totalité des dettes en souffrance que nous avons répertoriées à l’échelle mondiale.

  1. 1. Le Club de Paris se compose des membres permanents suivants : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Brésil, Canada, Corée du Sud, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Irlande, Israël, Italie, Japon, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Russie, Suède et Suisse. Pour de plus amples renseignements, consulter le site Web du Club de Paris.[]
  2. 2. Fonds monétaire international (2022), Restructuring Debt of Poorer Nations Requires More Efficient Coordination, IMFBlog.[]
  3. 3. Sont exclus de ces catégories de créanciers le FMI, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, ainsi que l’Association internationale de développement.[]
  4. 4. En réaction au choc économique et financier planétaire causé par la pandémie de COVID‑19, en 2020 et 2021, le G20 – de concert avec le FMI et la Banque mondiale – a lancé l’Initiative de suspension du service de la dette qui a permis à 73 pays à faible revenu de bénéficier d’une suspension temporaire des paiements dus au titre du service de la dette contractée auprès de leurs créanciers bilatéraux publics. Le G20 a également appelé les créanciers privés à participer à cette démarche à des conditions comparables, mais en vain. Pour en savoir plus sur cette initiative, consulter la page Initiative de suspension du service de la dette sur le site du Groupe de la Banque mondiale (2022).[]

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DOI : https://doi.org/10.34989/san-2022-11