Je suis content d'être ici aujourd'hui et d'avoir ainsi l'occasion de vous entretenir des perspectives que nous envisageons, à la Banque du Canada, pour l'économie canadienne et de nos plus récentes mesures de politique monétaire.

L'année qui vient de s'écouler a été éprouvante pour nous tous en Amérique du Nord, mais tout particulièrement pour vous, ici à New York. Les énormes pertes de vie causées par les attentats terroristes du 11 septembre sont profondément attristantes. Des parents, amis et collègues ont trouvé la mort dans cette horrible tragédie. Parmi les victimes figuraient des citoyens innocents de nombreuses nationalités, y compris des Canadiens. Tous, à la Banque du Canada, nous compatissons à votre douleur et vous offrons nos plus sincères condoléances.

Les conséquences immédiates et les retombées des attaques du 11 septembre ont assombri encore davantage le tableau économique, accentuant les effets d'un ralentissement de l'activité à l'échelle mondiale dont la gravité était devenue plus apparente au cours de l'été.

La Banque du Canada a vite réagi à l'incertitude exceptionnelle qui régnait en réduisant de façon drastique les taux d'intérêt, afin de limiter le plus possible l'incidence des attentats sur l'économie et de circonscrire la perte de confiance. Depuis septembre, nous avons abaissé notre taux directeur de 200 points de base, portant à 375 points de base la diminution totale des taux opérée depuis le début de 2001.

Ce considérable assouplissement monétaire, conjugué aux mesures prises récemment par les pouvoirs publics canadiens pour réduire les impôts et renforcer la sécurité du pays, devrait soutenir la croissance de la dépense intérieure.

Si l'on ajoute à cela l'amélioration de la situation géopolitique et de la confiance des ménages depuis l'automne, il paraît maintenant plus évident que l'économie canadienne gagnera en vigueur à mesure que l'année avancera. Le moment auquel s'amorcera la reprise et l'ampleur qu'elle aura dépendront en partie de la vitesse à laquelle se rétabliront la confiance et les investissements des entreprises, qui demeurent faibles présentement dans de nombreux pays. Je crois important de préciser ici qu'il n'y a pas eu au Canada entre 1998 et 2000 un surinvestissement dans le secteur manufacturier d'ampleur comparable à celui qui a été observé aux États-Unis. Par conséquent, la nécessité d'un repli et d'un ajustement des capacités inutilisées devrait être moindre au Canada.

La Banque est d'avis actuellement que la croissance économique au Canada sera relativement modeste au premier semestre de 2002, s'établissant entre 1 et 2 % en taux annualisé, mais qu'elle s'accélérera au second semestre pour atteindre entre 3 et 4 % et se raffermira encore en 2003.

Ce profil implique qu'il y aura une importante marge de capacités inutilisées au sein de l'économie en 2002. Nous prévoyons donc que l'inflation mesurée par l'indice de référence se situera en moyenne un peu en deçà de 1 1/2 % au second semestre de l'année, soit au-dessous de notre cible de 2 %. Le taux d'accroissement de l'IPC global devrait rester inférieur à celui de l'indice de référence jusque vers la fin de 2002. Comme les capacités excédentaires devraient commencer à se résorber au deuxième semestre et disparaître vers la fin de 2003, l'inflation devrait remonter près de 2 % d'ici deux ans environ.

J'aimerais reprendre maintenant quelques-unes des observations que j'ai faites la semaine dernière sur la conjoncture actuelle à l'occasion de la parution de la Mise à jour de la livraison de novembre du Rapport sur la politique monétaire et lors de deux allocutions que j'ai prononcées dans l'Ouest canadien au début de cette semaine.

Il est maintenant plus probable que l'économie canadienne se raffermira tout au long de cette année et en 2003. Les données récentes tendent de plus en plus à confirmer qu'une reprise est en train de se matérialiser. Les dépenses des ménages au Canada, notamment celles qui sont sensibles aux taux d'intérêt, ont été plus vigoureuses que prévu. D'après les tout derniers chiffres, les exportations et l'activité dans le secteur manufacturier paraissent vouloir se redresser, et la correction des stocks progresse. De plus, avec l'apparition des premiers indices d'une reprise de l'économie américaine, les cours mondiaux des produits de base non énergétiques semblent avoir touché un creux.

Ces signes d'un regain de l'activité au Canada et ailleurs sont encourageants.

Au fil du temps, le taux de change devrait refléter l'évolution de la situation économique et financière et les perspectives d'avenir. Mais les mouvements du cours du dollar canadien par rapport au dollar américain ne semblent pas traduire l'évolution récente. Et dans la mesure où la nouvelle dépréciation du dollar canadien risque de se répercuter sur la confiance des consommateurs et des entreprises au pays, elle n'aide évidemment pas l'économie canadienne. De plus, dans les circonstances actuelles, il est clair que la reprise au Canada ne dépend pas des bas niveaux actuels du dollar canadien par rapport à la devise américaine.

Je conclurai par une dernière remarque. Il se pourrait bien que, lorsqu'elles seront publiées, les données définitives des comptes nationaux pour le Canada montrent une croissance positive, quoique modeste, de l'activité tant au quatrième trimestre de 2001 qu'au premier trimestre de cette année. Toutes les données dont nous disposons en ce moment laissent croire que la demande finale était plus forte au dernier trimestre de 2001 que ce qui avait été prévu. Le taux de croissance de la production s'annonçant bien inférieur à celui de la demande finale, on peut en déduire qu'une forte contraction des stocks est survenue durant ce trimestre. Cela est de bon augure pour l'avenir; une telle contraction viendra alimenter l'élan considérable que, selon nous, l'économie devrait afficher au cours de l'année.

Cela ne signifie pas qu'il ne pèse aucun risque ni aucune incertitude sur les perspectives de l'économie canadienne, ou que la Banque du Canada ne demeurera pas vigilante. Mais, dans l'ensemble, l'avenir se présente bien pour notre économie.