Madame la Présidente, distingués membres du Comité, bonjour. J'aimerais d'abord vous dire à quel point, à la Banque du Canada, nous apprécions la possibilité que nous avons, deux fois l'an, de venir ici, à la suite de la publication semestrielle du Rapport sur la politique monétaire. Nous sommes très conscients de la nécessité d'informer la Chambre, et de fait tous les Canadiens, de ce que nous faisons et des raisons pour lesquelles nous le faisons. Il est important que nous expliquions notre point de vue sur l'économie et l'inflation. Je vous remercie de nous donner l'occasion de le faire.

Je vais prendre quelques minutes pour vous résumer le contenu du dernier Rapport sur la politique monétaire. Mais auparavant, j'aimerais dire deux mots au sujet de mes collègues qui m'accompagnent aujourd'hui.

J'ai le grand plaisir de vous présenter M. Paul Jenkins, qui a récemment été nommé premier sous-gouverneur de la Banque du Canada. Paul travaille à la Banque depuis 1972, et occupait un des postes de sous-gouverneur depuis onze ans. À ce titre, il était responsable de l'analyse des questions économiques et financières internationales et de la liaison avec les organismes internationaux, comme le Fonds monétaire international. Il avait aussi la charge de l'orientation stratégique et de la supervision des communications publiques de la Banque.

Paul possède une excellente compréhension non seulement des questions liées à l'économie et à la politique monétaire, mais aussi de la Banque du Canada et de ses employés. Je sais que, grâce à son leadership dynamique, il aidera la Banque à poursuivre sa tradition d'excellence dans la promotion du bien-être économique et financier du pays.

Je suis également accompagné du sous-gouverneur Charles Freedman. Chuck prendra sa retraite en septembre prochain, après avoir passé près de 30 ans à la Banque. Il est sous-gouverneur depuis 1988, et son leadership dans les domaines de la politique monétaire, des institutions financières et des systèmes de compensation et de règlement canadiens a été inestimable. L'une des plus importantes contributions de Chuck a été de promouvoir sans relâche le bilinguisme à la Banque. Je ne saurais vous dire combien il va nous manquer à tous — surtout à ceux d'entre nous qui siègent au Conseil de direction de la Banque —, non seulement pour son expertise, mais aussi pour son enthousiasme, son esprit et sa vive intelligence.

Comme vous le savez, l'édition du printemps 2003 du Rapport sur la politique monétaire a paru la semaine dernière. Dans ce document, la Banque examine les tendances économiques et financières dans l'optique de sa stratégie de maîtrise de l'inflation au Canada. La dernière fois que je me suis adressé à votre comité, c'était en octobre, tout juste après la publication de la livraison d'automne du Rapport.

Permettez-moi de remonter un peu plus loin dans le temps pour situer l'évolution récente dans son contexte. Après les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis, la Banque du Canada a abaissé son taux directeur rapidement et de façon énergique, pour raviver la confiance et soutenir la demande intérieure. Au printemps 2002, on observait déjà des signes montrant que la croissance de la demande était plus rapide que celle de la capacité de production.

La politique monétaire doit toujours être axée sur l'avenir. Alors, même si les pressions de la demande ne se manifestaient pas encore dans les prix, nous avons augmenté notre taux directeur à trois reprises en 2002, entre avril et juillet, pour le majorer de trois quarts de point au total.

Lorsque je me suis présenté devant vous l'automne dernier, l'inflation au pays était en hausse. Mais nous nous sommes abstenus de relever les taux d'intérêt à cause du climat géopolitique et financier incertain, des écarts de rendement élevés et de l'accès restreint des sociétés moins bien cotées au crédit, et aussi parce que nous estimions que la faiblesse de l'économie mondiale limiterait la demande globale de biens canadiens.

Depuis, l'inflation est demeurée au-dessus de notre cible de 2 %. Le taux d'augmentation total sur douze mois de l'IPC a atteint un sommet de 4,6 % en février, puis est descendu un peu en mars, pour se situer à 4,3 %. Les principaux facteurs qui expliquent le bond de l'inflation sont la vive montée des prix du pétrole et du gaz naturel, la hausse des primes d'assurance et la forte demande intérieure. Cette dernière est à l'origine des tensions sur les prix dans certains secteurs, comme le logement et certains services.

Dans ce contexte, quelques mesures du taux d'inflation attendu à court terme affichent une certaine hausse. Ces mesures comprennent des données tirées d'une enquête réalisée auprès des entreprises par les bureaux régionaux de la Banque ainsi que la moyenne des prévisions du secteur privé. Toutefois, les attentes d'inflation à plus long terme se maintiennent autour de 2 %.

Pour évaluer la tendance future de l'inflation, la Banque utilise un indice de référence qui exclut les huit composantes les plus volatiles du panier de provisions de l'IPC, ainsi que l'effet des modifications des impôts indirects sur les autres composantes de l'IPC. L'inflation mesurée par cet indice de référence se situe autour de 3 %. Elle devrait redescendre à environ 2 1/2 % au second semestre de cette année et avoisiner les 2 % dès le début de 2004.

Le taux d'accroissement de l'IPC global continuera d'être très influencé par les variations des cours du pétrole brut. Si les prix du pétrole s'établissent autour de 25 $ le baril d'ici le milieu de 2003 — comme le donnent à penser les prix des contrats à terme —, et si le dollar canadien se maintient près des niveaux actuels, l'inflation mesurée par l'IPC global devrait tomber provisoirement, au premier semestre de 2004, en dessous de celui de l'indice de référence, avant de se stabiliser à un niveau proche de ce dernier.

Compte tenu de la situation de l'inflation au pays et de la vigueur sous-jacente de la demande intérieure, la Banque a relevé le taux cible du financement à un jour de 25 points de base à chacune de ses deux dernières dates d'annonce préétablies — en mars et à la mi-avril —, pour le porter à 3,25 %.

Comme je l'ai mentionné, la scène économique mondiale était obscurcie, en octobre dernier, par des incertitudes économiques, financières et géopolitiques. Les inquiétudes d'ordre géopolitique et financier se sont dissipées en partie ces derniers mois, et la Banque prévoit qu'elles continueront de s'effacer. Toutefois, la faiblesse de la demande intérieure reste inquiétante dans certaines régions du globe. Le climat économique mondial demeure donc incertain à court terme.

Même en tenant compte de cela, les risques auxquels fait face l'économie mondiale semblent mieux équilibrés maintenant que l'automne dernier; nous croyons que la confiance des consommateurs et des entreprises s'améliorera d'ici la fin de 2003.

Au Canada, la demande intérieure est demeurée très forte. On ignore toutefois l'ampleur des répercussions que la pneumonie atypique pourrait avoir sur l'activité, surtout dans la région du Grand Toronto. Comme je le disais la semaine dernière, nous pensons que la croissance économique au deuxième trimestre sera un peu inférieure à ce qui a été prévu dans le Rapport sur la politique monétaire à cause de cette maladie. Mais il est encore trop tôt pour en évaluer l'incidence exacte sur l'économie. Nous continuons de suivre la situation de très près.

L'économie canadienne devrait se renforcer vers la fin de l'année, en partie grâce à une reprise de l'activité aux États-Unis. On s'attend à ce que la croissance annuelle moyenne au Canada soit de l'ordre de 2 1/2 % en 2003. Pour 2004, la Banque prévoit que l'économie se renforcera encore davantage et progressera à un taux supérieur à celui de la production potentielle, qui est de 3 %. Cela signifie que la faible marge de capacités excédentaires qui est susceptible d'apparaître en 2003 aura en grande partie disparu avant la fin de 2004.

Pour cette raison, la Banque continue de croire qu'il lui faudra réduire davantage le degré de détente monétaire à l'avenir pour ramener le taux d'inflation à la cible de 2 % et faire en sorte que la production demeure près des limites de la capacité. Le moment et l'ampleur des nouveaux relèvements du taux directeur dépendront de la robustesse de la demande intérieure, de l'évolution des attentes d'inflation et aussi du rythme de l'expansion économique aux États-Unis et dans les pays d'outre-mer.

Maintenant, Paul, Chuck et moi serons heureux de répondre à vos questions.