Monsieur le Président, distingués membres du Comité, bonjour. J'aimerais d'abord vous dire à quel point nous apprécions la possibilité que nous avons de vous rencontrer à la suite de la publication semestrielle du Rapport sur la politique monétaire de la Banque. Il est important pour nous d'avoir l'occasion d'expliquer notre point de vue sur l'économie et l'inflation.

J'aimerais prendre quelques minutes pour résumer les principaux points de notre plus récent Rapport, qui a paru la semaine dernière. Mais je tiens d'abord à vous présenter mes collègues, les sous-gouverneurs Chuck Freedman et Pierre Duguay. Chuck prendra sa retraite en septembre prochain, après avoir passé près de 30 ans à la Banque. Son leadership dans les domaines de la politique monétaire, des institutions financières et des systèmes de compensation et de règlement canadiens a été inestimable. Son expertise, son enthousiasme, son esprit et sa vive intelligence vont nous manquer à tous.

La dernière fois que je me suis adressé à votre comité remonte au printemps 2002; en effet, l'automne dernier, nous n'avons pas pu tenir notre rencontre habituelle. Vous vous souviendrez qu'après les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis, nous avons abaissé notre taux directeur rapidement et de façon énergique, pour raviver la confiance et soutenir la demande intérieure. Au printemps de l'an dernier, on observait déjà des signes montrant que la croissance de la demande était plus rapide que celle de la capacité de production.

La politique monétaire doit toujours être axée sur l'avenir. Alors, même si les pressions de la demande ne se manifestaient pas encore dans les prix, nous avons augmenté notre taux directeur à trois reprises entre avril et juillet 2002.

À l'automne, l'inflation était en hausse. Mais nous nous sommes abstenus de relever les taux d'intérêt à cause du climat géopolitique et financier incertain, des écarts de rendement élevés et de l'accès restreint des sociétés moins bien cotées au crédit, et aussi parce que nous nous attendions à un affaiblissement de la demande extérieure de produits canadiens.

Depuis, l'inflation est demeurée au-dessus de 2 %, le point médian de notre fourchette cible. Le taux d'augmentation total de l'IPC a atteint un sommet de 4,6 % en février, puis est descendu un peu en mars, pour se situer à 4,3 %. Le bond de l'inflation s'explique par la vive montée des prix du pétrole et du gaz naturel, la hausse des primes d'assurance et la forte demande intérieure, laquelle était à l'origine de tensions sur les prix dans des secteurs comme le logement et certains services.

Dans ce contexte, quelques mesures du taux d'inflation attendu à court terme affichent une certaine hausse, bien que les attentes à plus long terme se maintiennent autour de 2 %.

L'inflation mesurée par l'indice de référence de la Banque, qui exclut les huit composantes les plus volatiles du panier de provisions de l'IPC, ainsi que l'effet des modifications des impôts indirects sur les autres composantes de l'IPC, est un meilleur indicateur de la tendance future de l'inflation. Le taux d'augmentation de cet indice de référence s'établit actuellement autour de 3 %. Mais il devrait redescendre à environ 2 1/2 % au second semestre de cette année et avoisiner les 2 % dès le début de 2004.

Le taux d'accroissement de l'IPC global continuera d'être influencé par les variations des prix du pétrole brut. Si ces prix s'établissent autour de 25 $ É.-U. le baril d'ici le milieu de 2003 — comme le donnent à penser les prix des contrats à terme —, et si le dollar canadien demeure près des niveaux actuels, l'inflation mesurée par l'IPC global devrait tomber provisoirement, au premier semestre de 2004, en dessous du taux d'augmentation de l'indice de référence, avant de se stabiliser à un niveau proche de ce dernier.

Compte tenu de la situation de l'inflation au pays et de la vigueur sous-jacente de la demande intérieure, la Banque a relevé le taux cible du financement à un jour de 25 points de base à chacune de ses deux dernières dates d'annonce préétablies. Il se situe maintenant à 3,25 %, ce qui est encore relativement bas par rapport à ce qu'on a connu dans le passé.

Les inquiétudes d'ordre géopolitique et financier observées l'automne dernier se sont dissipées en partie ces derniers mois, et nous prévoyons qu'elles continueront de s'effacer. L'incertitude économique reste inquiétante dans certaines régions du globe. Mais dans l'ensemble, les risques auxquels fait face l'économie mondiale semblent mieux équilibrés maintenant que l'automne dernier, et la confiance des ménages et des entreprises devrait s'améliorer d'ici la fin de 2003.

Au Canada, la demande intérieure est demeurée très forte. On ignore encore l'ampleur des répercussions que la pneumonie atypique aura sur l'activité, surtout dans la région du Grand Toronto. Mais à cause d'elle, la croissance économique au deuxième trimestre sera un peu inférieure à ce qui a été prévu dans le dernier Rapport sur la politique monétaire. Bien que l'évolution de la situation ces derniers jours semble indiquer que le pire soit passé, il est encore trop tôt pour évaluer l'incidence exacte que cette maladie aura sur l'économie.

L'économie canadienne devrait se renforcer vers la fin de l'année, en partie grâce à une reprise de l'activité aux États-Unis. On s'attend à ce que la croissance annuelle moyenne au Canada soit de l'ordre de 2 1/2 % en 2003. Pour 2004, la Banque prévoit que l'économie progressera à un taux supérieur à celui de la production potentielle, qui est de 3 %. Par conséquent, la faible marge de capacités excédentaires qui est susceptible d'apparaître en 2003 aura en grande partie disparu avant la fin de 2004.

Pour cette raison, nous continuons de croire qu'il nous faudra réduire davantage le degré de détente monétaire à l'avenir pour ramener le taux d'inflation à la cible de 2 % et faire en sorte que la production demeure près des limites de la capacité. Le moment et l'ampleur des nouveaux relèvements du taux cible du financement à un jour par la Banque dépendront de la robustesse de la demande intérieure, de l'évolution des attentes d'inflation et aussi du rythme de l'expansion économique aux États-Unis et dans les pays d'outre-mer.