Madame la Présidente, distingués membres du Comité, bonjour. Paul et moi apprécions la possibilité que nous avons, deux fois l'an, de venir ici, à la suite de la publication du Rapport sur la politique monétaire, pour livrer à la Chambre et à tous les Canadiens notre point de vue sur l'économie. Ces séances nous aident à faire connaître l'objectif de la politique monétaire et les mesures que nous prenons pour l'atteindre.

Comme vous le savez, l'édition d'octobre du Rapport sur la politique monétaire a paru un peu plus tôt aujourd'hui. Dans ce document, la Banque examine les tendances économiques et financières dans l'optique de sa stratégie de maîtrise de l'inflation au Canada.

La dernière fois que Paul et moi nous sommes adressés à votre comité, c'était après la publication de la livraison d'avril du Rapport. À ce moment-là, l'inflation était bien au-dessus de la cible de 2 % que vise la Banque, et les attentes d'inflation à court terme s'étaient accentuées. Même si la hausse de l'inflation était due à des facteurs spéciaux, certains indices donnaient à penser que les pressions sur les prix se généralisaient sous l'effet de la forte demande intérieure.

Depuis avril, l'économie canadienne a subi plusieurs chocs inhabituels, dont l'épidémie de SRAS, la découverte d'un cas de maladie de la vache folle, la panne générale d'électricité en Ontario et les graves feux de forêt en Colombie-Britannique. À cause de ces facteurs, et d'autres aussi, la croissance a été plus lente que prévu. La Banque estime maintenant que la marge de capacités excédentaires au sein de l'économie est plus élevée qu'elle ne s'y attendait en avril.

Le taux d'accroissement de l'IPC global et celui de l'indice de référence ont reculé plus rapidement et davantage que prévu. De plus, les indicateurs des attentes relatives à l'inflation ont presque tous fléchi depuis avril. La chute de l'inflation mesurée par l'indice de référence tient à plusieurs imprévus : premièrement, la faiblesse généralisée des prix de certains produits comme les automobiles et les vêtements; deuxièmement, la dépréciation marquée de la devise américaine; troisièmement, les rabais substantiels consentis par le secteur touristique à la suite de la crise du SRAS. De plus, les pressions provoquées par la majoration des primes d'assurance automobile se sont atténuées un peu plus rapidement qu'on ne l'anticipait.

La conjoncture économique mondiale s'est embellie depuis avril, et l'incertitude géopolitique a continué de s'amoindrir. Aux États-Unis, les perspectives de croissance se sont beaucoup améliorées. Selon de récentes données, la reprise attendue dans ce pays s'est engagée plus tôt qu'on ne l'avait d'abord escompté. L'activité demeure atone en Europe, mais, en Asie, l'évolution semble particulièrement encourageante, grâce à la vive progression en Chine et en Inde. Enfin, le Japon enregistre une croissance plus rapide que prévu.

La Banque prévoit que l'expansion de l'économie canadienne se raffermira au quatrième trimestre de 2003 et en 2004. Dans l'ensemble, le rythme de progression de l'activité devrait dépasser au cours de cette période celui de la production potentielle, grâce surtout à la solidité de la dépense des ménages et à la hausse des investissements des entreprises. Le renforcement de la croissance à l'étranger devrait aussi insuffler un élan aux exportations de biens et services canadiens, mais ce dernier sera freiné par l'appréciation de notre monnaie. Le rythme d'expansion devrait se situer en moyenne légèrement au-dessus de 3 % au second semestre de 2003 et aux alentours de 3 1/4 % en 2004. Dans ces conditions, la marge de capacités excédentaires devrait s'être résorbée au début de 2005.

La Banque s'attend à ce que le taux d'accroissement de l'indice de référence se situe à un peu plus de 1,5 % en moyenne d'ici la fin de 2003, puis descende pour s'établir tout juste au-dessus de 1 % au début de 2004, à mesure que se dissiperont les effets des hausses passées des primes d'assurance automobile. Cette mesure de l'inflation devrait être revenue à 2 % d'ici le milieu de 2005 avec la disparition graduelle de la marge de capacités excédentaires. L'évolution de l'inflation mesurée par l'IPC global continuera de dépendre en grande partie de celle des cours du pétrole et du gaz naturel. Si les cours du pétrole brut devaient redescendre aux alentours de 27 $ É.-U. le baril en 2004, comme les prix des contrats à terme le laissent présager, il est probable que le taux d'augmentation de l'IPC global tomberait en deçà de celui de l'indice de référence l'année prochaine.

Cependant, des risques importants pèsent sur ces perspectives économiques. Ceux-ci sont liés au moment et à l'ampleur des ajustements aux déséquilibres économiques mondiaux. Il y a notamment incertitude quant à l'évolution probable des taux de change des grandes monnaies du monde ainsi qu'à son incidence sur l'économie canadienne. On ne sait pas non plus si l'expansion de l'économie des États-Unis se poursuivra au-delà du premier semestre de 2004.

Nous continuerons d'évaluer les répercussions possibles, sur la demande et l'inflation au Canada, de tous ces ajustements — passés et à venir — et d'examiner leur incidence sur la conduite de la politique monétaire.

Madame la Présidente, Paul et moi serons maintenant heureux de répondre aux questions du Comité.