Je suis heureux d'être de retour à Vancouver. C'est un grand honneur pour moi de pouvoir m'adresser aux professeurs et aux étudiants de l'Université de la Colombie-Britannique, avec laquelle la Banque du Canada entretient des relations de longue date. En effet, parmi vos professeurs, M. Mick Devereux a été l'un des premiers lauréats de notre Programme de bourses de recherche, Mme Angela Redish a été conseillère spéciale à la Banque en 2000-2001 et M. John Helliwell occupe actuellement cette fonction. En outre, M. David Dodge a fait partie du corps professoral de votre département du Commerce en 1997-1998. Et, bien entendu, de nombreux diplômés de votre université se sont joints à notre institution au fil des ans.

J'aimerais maintenant aborder le sujet dont j'ai choisi de vous entretenir aujourd'hui : l'Asie et l'économie mondiale.

Comme vous le savez, le Canada est une économie très ouverte qui dépend fortement du commerce extérieur. Ce qui se passe dans le reste du monde peut avoir une grande incidence sur notre économie.

Naturellement, nous avons tendance à nous intéresser davantage aux États-Unis, étant donné qu'environ 80 % de nos échanges commerciaux se font avec ce pays. Mais aujourd'hui, le monde, pour le Canada, ne se limite pas aux États-Unis. Nous l'avons d'ailleurs très bien compris lors de la crise asiatique de 1997-1998. Les événements qui se produisaient alors à l'autre bout du monde, dans des pays qui ne comptaient même pas parmi les plus grands partenaires commerciaux du Canada, ont eu des conséquences appréciables sur notre économie. Le plus important de ces événements a été l'effondrement de la demande de produits de base en Asie, qui a causé un repli marqué des prix mondiaux de certaines des principales exportations canadiennes et a exercé des pressions à la baisse sur notre monnaie.

Depuis quelque temps, l'Asie défraie à nouveau la chronique, mais pour des raisons différentes. J'aimerais vous parler aujourd'hui de l'importance croissante de cette région, en particulier de la Chine et de l'Inde, au sein de l'économie mondiale. J'examinerai aussi les implications de cette évolution pour les politiques des pays industrialisés et des économies à marché émergent d'Asie. Pour terminer, je présenterai brièvement les prévisions de la Banque en matière de croissance économique et d'inflation au Canada.

Nouveaux acteurs sur la scène économique mondiale

D'abord, il faut préciser que le phénomène que nous observons aujourd'hui n'est pas nouveau. Depuis le début du XIXe siècle, de nombreux pays sont devenus des acteurs importants sur la scène économique internationale. Durant les années 1830, les gains de productivité associés à la révolution industrielle ont propulsé le Royaume-Uni au rang des grandes puissances économiques. L'Allemagne et les États-Unis ont suivi dans la seconde moitié du XIXe siècle, en adoptant les nouvelles technologies de l'époque, tout comme l'a fait la Russie pendant un certain temps avant la Première Guerre mondiale.

Pendant les années 1950 et 1960, le Japon s'est relevé de la Seconde Guerre mondiale pour devenir un géant économique. Puis ce fut l'ascension de la Corée dans les années 1970, suivie, au cours des années 1980 et 1990, de celle d'autres pays asiatiques que l'on appelle communément les « tigres d'Asie ». Maintenant, c'est au tour de la Chine. Et l'Inde n'est pas loin derrière.

Ce qu'il y a de différent dans le cas de ces deux pays, c'est la taille de leur population. Ensemble, la Chine et l'Inde représentent près de 40 % de la population mondiale. Par comparaison, le Japon ne comptait que pour 3 % de la population du globe au moment de son avènement comme force économique.

Par ailleurs, la Chine a accédé au rang de puissance économique à une vitesse stupéfiante. En 1980, l'économie chinoise représentait moins de 3 1/2 % de la production mondiale, mesurée en fonction de la parité des pouvoirs d'achat. En 2003, cette proportion dépassait 13 %, soit à peu près la moitié de celle des États-Unis. De fait, la Chine est maintenant le quatrième exportateur du monde, ayant devancé le Canada en 2001, et le Royaume-Uni et la France en 2002.

Quant à l'Inde, bien que son économie soit également très importante — l'équivalent du quart environ de celle des États-Unis —, elle n'est pas encore un grand exportateur à l'échelle internationale. Toutefois, grâce aux progrès dans le domaine des communications et au grand nombre de travailleurs qualifiés dont elle dispose, l'Inde assoit de plus en plus sa présence dans le secteur mondial des services.

Le défi asiatique : qu'est-ce que cela signifie?

Naturellement, beaucoup de gens perçoivent cette concurrence grandissante de la Chine et de l'Inde comme une grave menace. Et certains se demandent comment rivaliser avec des pays qui disposent d'un bassin de main-d'oeuvre aussi immense et bon marché et qui ont accès aux technologies de pointe.

La hausse de la production de biens manufacturés en Chine et l'essor du secteur tertiaire en Inde représentent manifestement un défi de taille pour les autres économies du monde. De plus, dans un contexte où les entreprises de partout subissent des pressions constantes pour réduire leurs coûts, de nombreuses firmes estiment que ces deux pays sont des endroits propices où établir des usines et des centres de services. De fait, un fort pourcentage d'exportateurs chinois sont des filiales ou des sociétés affiliées de multinationales ayant leur siège dans des pays industrialisés. Il en va de même pour de nombreux centres d'appels et fabricants de logiciels installés en Inde.

Les pertes d'emplois dans les pays d'origine de ces entreprises peuvent représenter un problème social et politique délicat et contribuer à alimenter les vélléités protectionnistes, surtout en période de faiblesse économique relative et d'atonie de l'emploi. Aux États-Unis, l'impartition est devenue un enjeu important dans le débat politique qui précède l'élection présidentielle de cette année.

Certains considèrent que l'intégration grandissante des pays à marché émergent asiatiques au sein de l'économie mondiale menace les emplois et la production intérieure. C'est un point de vue. Mais pour bien apprécier toutes les dimensions du phénomène, il faut aussi comprendre qu'une intensification de la concurrence est bénéfique, même si elle s'avère parfois douloureuse. La concurrence stimule l'innovation, et les efforts déployés pour augmenter la productivité profitent aux consommateurs partout dans le monde.

Dans les pays industrialisés, la baisse des prix des biens et services permet aux ménages et aux entreprises de consacrer l'argent ainsi économisé à l'acquisition d'autres biens et services, ce qui contribue à son tour à accroître la demande globale. La concurrence fait aussi partie du processus normal de « destruction créatrice », qui consiste à remplacer des activités désuètes et peu productives par d'autres plus innovatrices et dynamiques. N'oublions pas que l'amélioration de la productivité conduit à des hausses durables des revenus réels. Et bien que des emplois puissent disparaître dans les secteurs aux prises avec une plus vive concurrence, d'autres sont créés ailleurs.

Il importe également de ne pas perdre de vue que le commerce international repose sur l'avantage comparatif. Un pays a tendance à se spécialiser et à exporter les biens et services qu'il peut produire à un coût relativement bas, mais pas nécessairement au coût le plus bas en termes absolus. Autrement dit, même si un pays jouit d'un avantage absolu dans la production de tous les biens et services, lui et ses partenaires commerciaux auront quand même intérêt à chercher à produire les biens et services pour lesquels ils sont relativement plus efficients et à importer les produits pour lesquels ils sont relativement moins efficients.

La forte expansion en Asie, qui permet à des centaines de millions de personnes de sortir de la pauvreté, stimule la demande de biens et de services produits dans les pays industrialisés, ce qui fournit à la croissance économique mondiale une impulsion dont elle a grand besoin. En effet, des données préliminaires pour 2003 laissent entrevoir que la Chine se serait propulsée au troisième rang des importateurs, derrière les États-Unis et l'Allemagne. Au Canada, nous avons certainement profité du renchérissement marqué des produits de base en dollars É.-U., qui tient, encore une fois, à la demande vigoureuse de l'Asie et notamment de la Chine.

Implications pour les politiques économiques

De toute évidence, l'intégration continue des économies asiatiques au sein de l'économie mondiale pose des défis aux décideurs de partout : dans les pays industrialisés qui constituent leurs principaux marchés, dans les autres pays en développement qui risquent de perdre leur part de marché pour certains produits au profit de la concurrence asiatique, et dans les économies d'Asie elles-mêmes.

Ce processus d'intégration se trouve compliqué par les déséquilibres extérieurs considérables qui existent entre les grands pays. Au premier chef, le lourd déficit courant des États-Unis a comme contrepartie des excédents substantiels ailleurs. Si l'excédent global de la balance courante de la Chine s'est réduit en 2003, sa part du marché des importations américaines s'accroît rapidement depuis quelques années, du fait de sa spécialisation plus poussée en Asie. La Chine devient de plus en plus une « plate-forme d'assemblage » pour les entreprises des autres pays de la région : essentiellement, elle importe des matériaux de ses voisins à des fins d'assemblage et d'exportation vers les États-Unis. Collectivement, les économies asiatiques enregistrent un excédent courant très élevé avec le reste du monde.

D'autre part, ces déséquilibres ont considérablement accentué la position créditrice nette des États-Unis envers l'étranger et entraîné une accumulation massive de réserves de change dans les pays asiatiques. La Chine a amassé des réserves s'élevant à plus de 400 milliards de dollars É.-U., en raison principalement des efforts qu'elle a déployés pour maintenir un taux de change fixe par rapport à la devise américaine, dans le contexte d'un excédent persistant de la balance courante et d'importantes entrées de capitaux. L'Inde a permis une modeste appréciation de sa monnaie par rapport au billet vert; mais elle aussi a vu ses réserves internationales augmenter vivement pour atteindre quelque 100 milliards de dollars É.-U. Ce qui est plus frappant encore, c'est qu'à la fin de 2003, l'ensemble de l'Asie (y compris le Japon) avait accumulé des réserves équivalant à 1 900 milliards de dollars É.-U.

La façon dont ces déséquilibres mondiaux seront corrigés fait actuellement l'objet d'un grand débat parmi les responsables politiques internationaux.

Mais qu'est-ce que tout cela signifie pour les décideurs des différents pays?

Je tiens d'abord à préciser une chose : les forces du marché finiront un jour par aider à corriger ces déséquilibres. La dette extérieure d'un pays, même d'un pays de la taille des États-Unis, ne peut grossir indéfiniment en proportion de son PIB. Tôt ou tard, les investisseurs vont commencer à résister à l'idée d'accroître leurs crédits aux États-Unis. De même, l'accumulation de réserves de change dans les pays qui enregistrent des excédents au titre de la balance des paiements ne peut se poursuivre indéfiniment sans répercussions sur l'économie intérieure.

Un ajustement finira donc par avoir lieu sous l'effet des forces du marché. Mais l'application de politiques appropriées par les diverses autorités nationales peut néanmoins contribuer à corriger ces déséquilibres mondiaux et favoriser un processus d'ajustement harmonieux. Ce qu'il nous faut, c'est une approche à multiples facettes.

Commençons par les décideurs publics des pays industrialisés. Que peuvent-ils faire?

Par-dessus tout, ils doivent résister à la tentation du protectionnisme. Le commerce — que ce soit celui des biens ou des services — est un jeu à somme positive. Autrement dit, tous les pays peuvent y gagner au bout du compte. Si les pays prennent des mesures protectionnistes, c'est la communauté internationale en entier qui en pâtira à long terme. En outre, les interventions protectionnistes destinées à résoudre les déséquilibres bilatéraux ne se traduiront pas par une réduction du déficit global de la balance courante d'un pays. Si rien n'est fait pour s'attaquer à la cause fondamentale du déficit, grâce à des efforts visant à augmenter l'épargne intérieure par exemple, le protectionnisme aura seulement pour effet de détourner les échanges commerciaux vers d'autres pays.

Les décideurs peuvent certainement améliorer la situation économique de leur pays en recourant à des politiques nationales appropriées. Les politiques macroéconomiques devraient privilégier une croissance solide et durable de l'activité, qui soit compatible avec la capacité de production de l'économie. Essentiellement, cela veut dire une politique budgétaire qui vise à maintenir le ratio de la dette publique au PIB sur une trajectoire viable, et une politique monétaire axée sur un taux d'inflation bas, stable et prévisible. Il importe, aussi, que des politiques structurelles soient en place pour rendre les marchés du travail et des biens plus flexibles, et ainsi faciliter le déplacement de la main-d'oeuvre et des ressources des secteurs en perte de vitesse aux secteurs en croissance. La politique sociale, enfin, a un rôle important à jouer afin que le coût de l'ajustement soit réparti plus également.

Chez nous, les gouvernements fédéral et provinciaux se sont employés activement à assainir les comptes publics ces dix dernières années. De notre côté, à la Banque du Canada, nous avons maintenu l'inflation à un bas niveau. Nous y sommes parvenus en travaillant à l'intérieur d'un cadre de poursuite de cibles d'inflation soutenu par un régime de changes flottants, qui nous donne la possibilité de réagir de façon symétrique aux chocs qui menacent de faire dévier l'inflation de la cible de 2 %. De plus, les réformes structurelles mises en oeuvre ont permis à l'économie canadienne de gagner en flexibilité. Les efforts que nous avons investis dans l'instauration de saines politiques ont porté leurs fruits. Nous bénéficions aujourd'hui d'une croissance économique fondamentalement robuste, et nous sommes en meilleure posture pour nous ajuster à l'évolution de la conjoncture et aux chocs défavorables, et pour tirer parti de nouvelles possibilités à l'échelle internationale.

Les pays à marché émergent d'Asie pourraient aussi contribuer à la correction rapide et ordonnée des déséquilibres mondiaux en pratiquant des politiques plus souples. D'abord, une plus grande flexibilité du taux de change contribuerait à endiguer la montée des pressions protectionnistes chez leurs principaux partenaires commerciaux. Mais surtout, cette flexibilité servirait les intérêts de leur propre économie. Comme je l'ai déjà dit, l'accumulation continue de réserves, qui résulte des efforts des autorités pour garder un taux de change nominal « concurrentiel », finira par se répercuter sur les économies de ces pays.

Si, en théorie, un pays peut accumuler des réserves indéfiniment, en pratique, cela peut s'avérer difficile. Dans bien des cas, il s'ensuit une perte du contrôle monétaire et une expansion rapide du crédit, qui peuvent déclencher un cycle de surchauffe et de récession. C'est d'ailleurs ce type de cycle, entre autres, qui a été à l'origine des crises financières qui ont secoué certaines économies d'Asie en 1997 et 1998.

Il est possible que l'histoire soit en train de se répéter en Chine. Le crédit bancaire y est en plein essor, donnant lieu à un surinvestissement dans certains secteurs, spécialement la construction immobilière. Le taux de change fixe est lui même un facteur susceptible de favoriser une mauvaise allocation des ressources, trop de capitaux allant dans les industries à vocation exportatrice.

La Chine, on le sait, éprouve de sérieuses difficultés à redresser son système financier. Et pour beaucoup d'analystes, la réforme du secteur financier est une condition préalable à une flexibilité accrue du taux de change. Cette thèse s'accompagne toutefois de deux grands risques : celui d'une instabilité macroéconomique induite par une inflation plus élevée, et celui d'une instabilité financière amenée par une multiplication des mauvaises créances, dans la foulée d'un accroissement excessif du crédit.

Les autorités chinoises sont conscientes de ces risques. D'ailleurs, à la fin de l'an dernier, la banque centrale du pays a relevé le niveau des réserves obligatoires que doivent détenir les banques commerciales, de façon à limiter le crédit bancaire et à ralentir le rythme effréné de la croissance économique, qui a dépassé les 9 % en 2003. La semaine dernière, des mesures additionnelles ont été annoncées pour resserrer les conditions monétaires.

À terme, l'expansion rapide de la monnaie et du crédit entraînerait une hausse de l'inflation en Chine et donc une appréciation du taux de change réel de la monnaie chinoise, même si le taux de change nominal restait fixe. N'oublions pas qu'en matière de commerce international, c'est le taux de change réel qui compte vraiment.

Une plus grande flexibilité du taux de change contribuerait à atténuer les risques d'une surchauffe de l'économie chinoise. Elle aiderait aussi le pays à s'ajuster à une hausse de la productivité, en facilitant une majoration des salaires réels.

Il faut cependant aller un peu plus loin et s'interroger sur le rôle que doit jouer un taux de change flexible dans un cadre global de contrôle monétaire. Les décideurs chinois, et ceux d'autres pays asiatiques, devraient peut-être envisager la possibilité de se doter d'un cadre de politique monétaire semblable à celui du Canada. L'adoption d'une cible d'inflation explicite et propre à ancrer les attentes, conjuguée à un régime de changes flottants, permet aux autorités monétaires d'un pays d'assurer la stabilité des prix face aux chocs d'origine interne ou externe. Un tel cadre procurerait aux autorités chinoises un moyen efficace de répondre aux besoins de leur économie.

La Chine est un pilier de l'économie asiatique. Si elle décidait d'assouplir son régime de taux de change, elle inciterait sans doute d'autres pays de la région à l'imiter. Un mouvement dans cette direction, allié aux mesures prises sur d'autres fronts — en particulier les politiques favorisant une demande intérieure vigoureuse et de saines finances publiques — constituerait une approche à multiples facettes efficace pour corriger les déséquilibres entre pays.

Les points à retenir

Les pays à marché émergent d'Asie, en particulier la Chine et l'Inde, sont en passe de devenir rapidement des acteurs importants et des concurrents redoutables sur les marchés mondiaux. Dans une perspective historique, toutefois, leur accession au rang de puissance économique n'a rien d'inusité. Les exemples d'une pareille montée ont été nombreux dans le passé et le seront certainement aussi dans l'avenir, sous l'effet de la convergence économique qui fait que des pays pauvres rattrapent les pays riches.

L'émergence de la Chine et de l'Inde en tant que joueurs de premier plan sur la scène économique internationale apporte de nombreux avantages, aux habitants de ces pays, bien sûr, mais aussi au reste du monde.

Vu la taille de leurs économies, la montée de ces deux pays soulève évidemment plusieurs questions de politique pour la communauté internationale. J'espère que les autorités des pays industrialisés ne réagiront pas par des mesures protectionnistes, mais continueront plutôt de se concentrer sur les besoins de leur propre économie. Autrement dit, il faut espérer qu'elles assureront un cadre macroéconomique stable, qu'elles rendront leur économie plus flexible et plus apte à relever le défi posé par une concurrence croissante, et qu'elles faciliteront le transfert des ressources des secteurs en déclin vers les secteurs en expansion.

Les économies asiatiques doivent régler une question importante, à savoir le choix d'un cadre monétaire — et d'un régime de change — qui servira le mieux leurs intérêts à long terme, à mesure qu'elles s'intégreront à l'économie mondiale. Les politiques sociales joueront aussi un rôle clé dans le processus d'ajustement, pour faire en sorte que toutes les classes de la population puissent toucher les dividendes de cette intégration.

L'économie canadienne

Voyons maintenant quelles sont les prévisions de la Banque à propos de l'évolution de l'économie et de l'inflation au Canada.

Vous savez comme moi que l'année 2003 a été particulièrement éprouvante et riche en événements sur le plan économique. Outre les retombées de la guerre en Iraq, nous avons dû faire face à une série d'autres chocs : SRAS, maladie de la vache folle, panne majeure d'électricité en Ontario, et incendies de forêt, inondations et sécheresses dans l'ouest du pays. Toutefois, le choc le plus important et le plus persistant qu'a subi notre économie, au cours de la dernière année, a peut-être été l'appréciation rapide du dollar canadien par rapport à la devise américaine. Le raffermissement de notre dollar, en effet, a freiné la croissance des exportations et intensifié la concurrence des importations.

Sous l'effet de tous ces chocs, en 2003, l'expansion de la production s'est ralentie et, à la fin de l'année, notre économie tournait encore davantage en deçà des limites de sa capacité que nous l'avions escompté. Dans ces circonstances, les pressions inflationnistes qui étaient apparues il y a un an se sont considérablement atténuées et l'inflation a glissé au-dessous de la cible de 2 %.

Afin de soutenir la demande globale et de ramener l'inflation à 2 % à moyen terme, nous avons réduit notre taux directeur à quatre reprises depuis juillet, lui retranchant en tout 1 point de pourcentage, pour le ramener à 2 1/4 %.

Dans la Mise à jour du Rapport sur la politique monétaire parue en janvier dernier, nous avons révisé à la baisse nos projections concernant la production pour les 18 prochains mois. Les informations reçues depuis sont généralement conformes au scénario de référence que nous exposions dans la Mise à jour. Même s'il se peut que la demande intérieure finale soit légèrement plus faible que prévu, la demande extérieure nette pourrait être un peu plus vigoureuse en raison de la reprise de l'activité économique dans le monde, particulièrement aux États-Unis et en Asie, et du renchérissement des produits de base.

Globalement, les prévisions de la Banque en matière de croissance économique n'ont pratiquement pas changé depuis janvier. Nous nous attendons toujours à ce que le rythme d'expansion s'établisse aux alentours de 2 3/4 % en moyenne cette année et atteigne 3 3/4 % l'an prochain. Dans ces conditions, les capacités excédentaires de l'économie devraient être en grande partie résorbées d'ici le troisième trimestre de 2005.

L'inflation mesurée par l'indice de référence — une variante de l'indice des prix à la consommation qui exclut les composantes les plus volatiles et donne de ce fait une meilleure lecture de la tendance fondamentale de l'inflation — est tombée en février près de la limite inférieure de notre fourchette cible de maîtrise de l'inflation, qui va de 1 à 3 %. Mais nous nous attendons à ce qu'elle remonte au cours des prochains mois et se maintienne aux environs de 1 1/2 % pendant le reste de l'année, pour ensuite retourner vers la cible de 2 % avant la fin de 2005.

Conclusion

Permettez-moi de conclure. Notre économie est en train de s'ajuster aux nouvelles forces qui sont à l'oeuvre à l'échelle planétaire, notamment l'accélération de l'activité économique mondiale, la montée des cours des produits de base ainsi que la concurrence plus intense que livrent certains pays comme la Chine et l'Inde, dont je vous ai longuement parlé aujourd'hui. On assiste également à un réalignement des monnaies, y compris du dollar canadien, attribuable aux importants déséquilibres entre les pays. Il s'agit d'un autre choc auquel nous devrons nous adapter.

La façon dont notre économie s'ajustera à ces nouvelles forces demeure la principale incertitude entourant les perspectives pour le Canada.

La Banque du Canada à un rôle à jouer pour faciliter ces ajustements. Ce rôle consiste à soutenir la demande globale et à maintenir l'inflation à un niveau bas, stable et prévisible. Nous allons donc continuer de suivre de près l'évolution de la demande intérieure et extérieure, ainsi que les pressions inflationnistes, à mesure que notre économie s'ajuste à la conjoncture internationale.