Bonsoir. Je suis très heureux et honoré de m'exprimer devant vous ce soir, à l'ouverture d'une conférence dont la réputation, bien ancrée dans le milieu des économistes canadiens, n'est plus à faire. Je souhaite que mes quelques observations puissent susciter un débat enrichissant, et j'ai hâte d'entendre demain vos réflexions sur « l'énigme de la faible productivité » au Canada.

La Banque du Canada s'intéresse vivement à la productivité, et ce, pour plusieurs raisons. Les gains de productivité sont un élément clé de la croissance de la production potentielle et, partant, d'une expansion non inflationniste durable de l'économie canadienne. De plus, la productivité a une incidence sur les coûts marginaux, un facteur déterminant du niveau des prix. Enfin, les écarts de productivité entre secteurs et entre pays se répercutent sur le taux de change réel 1.

De façon plus générale, l'accroissement de la productivité joue un rôle fondamental dans l'élévation du niveau de vie; par conséquent, il mérite l'attention des décideurs publics, des chefs d'entreprises et des citoyens. Et il n'est pas exagéré de dire que la question de la productivité gagnera en importance du fait du vieillissement de notre population et de la montée en puissance de la Chine, de l'Inde et d'autres pays à marché émergent sur la scène économique mondiale. Parallèlement, il ne faut pas perdre de vue que le développement des échanges avec ces pays représente pour le Canada une nouvelle source de gains de productivité et d'augmentation du revenu réel.

Je consacrerai une partie de mon intervention de ce soir à la productivité, mais j'aimerais surtout me concentrer sur un aspect qui exerce aussi une influence directe sur notre niveau de vie, à savoir les termes de l'échange ou, en d'autres mots, le rapport entre les prix que nous recevons pour nos exportations et ceux que nous payons pour nos importations. Lorsque les prix des biens que nous vendons sur les marchés mondiaux montent ou que les prix des biens que nous achetons au reste du monde baissent, nous nous enrichissons collectivement. Les modifications des termes de l'échange ne se traduisent toutefois pas seulement par une variation du revenu réel et de la richesse. Elles ont également des conséquences importantes sur l'allocation des ressources au sein de l'économie. Et notre bien-être dépend dans une large mesure de la rapidité avec laquelle nous parvenons à nous adapter à cette évolution des conditions économiques. Depuis trois ans et demi, le Canada a connu une nette amélioration de ses termes de l'échange, et cette période a aussi été marquée par un ajustement particulièrement intense. J'aimerais donc vous entretenir du processus d'ajustement en question et de son effet sur notre niveau de vie.

Pour cela, je commencerai par rappeler la distinction qu'il y a lieu de faire, dans le contexte d'une économie ouverte, entre revenu réel et production réelle. Je décrirai ensuite comment notre économie s'est adaptée à la forte amélioration des termes de l'échange qu'elle a connue récemment, et j'évoquerai certaines incidences plus générales de cette évolution sur la productivité et la production potentielle. Puis, je parlerai brièvement du nouveau modèle économique de la Banque du Canada, le modèle TOTEM, et j'aborderai en conclusion les vues de la Banque sur les perspectives de l'économie canadienne.

La productivité, les termes de l'échange et le niveau de vie

Assurément, l'augmentation de la productivité est à la base de la hausse de notre niveau de vie. Toutefois, dans une économie ouverte, le revenu réel ne dépend pas que du volume de la production; il dépend aussi de la valeur marchande de cette production, c'est-à-dire des termes de l'échange. Qui plus est, la production intérieure ne constitue pas la seule source de revenus, et tous les revenus tirés de cette production ne reviennent pas aux résidents. La tendance à assimiler niveau de vie et produit intérieur brut (PIB) réel par habitant porte à négliger ces aspects essentiels.

Pour ma part, j'estime que le produit national brut (PNB) par habitant, corrigé à l'aide de l'indice des prix de la demande intérieure, donne une meilleure indication du niveau de vie 2. En étant axée sur le PNB plutôt que sur le PIB, cette mesure inclut les revenus de source étrangère des Canadiens et exclut les revenus gagnés au Canada par les non-résidents. La correction du PNB au moyen de l'indice des prix des achats intérieurs, plutôt que de l'indice implicite du PIB (qui donne le prix de la production intérieure), permet de saisir les effets des termes de l'échange.

La comparaison de l'évolution de cette mesure du revenu réel avec celle du PIB par habitant au cours des 35 dernières années est fort instructive (Graphique 1). Après avoir évolué de façon très semblable durant la majeure partie de cette longue période, les deux indicateurs ont commencé à diverger en 2003. Depuis, phénomène inédit en 25 ans, le revenu réel par habitant a progressé constamment plus vite que la production réelle par habitant. De 2002 à 2005, le revenu réel par habitant s'est accru en moyenne de 3,6 % par année, contre 1,7 % en ce qui concerne la production réelle par habitant. Cet essor du revenu réel découle d'une amélioration tant des termes de l'échange du Canada que du solde des revenus de placements transfrontières.

Nous devons l'ascension marquée des termes de l'échange de notre pays depuis le début de 2003 et la hausse connexe des revenus réels à la montée spectaculaire des cours des matières premières et à la diminution des prix des biens de consommation provenant des marchés émergents 3. Ces gains, dont rend compte l'augmentation des prix de la production intérieure, comparativement aux prix des achats intérieurs, comptent pour 1,6 point de pourcentage du taux de croissance du revenu réel enregistré annuellement depuis 2002, lequel s'établit à 3,6 %.

Soulignons également que, depuis 1999, la valeur du PNB en dollars courants croît plus rapidement que celle du PIB en dollars courants, la hausse des revenus de placements réalisés à l'étranger par des Canadiens dépassant celle des revenus que tirent les non-résidents de leurs investissements dans notre pays. La part de cette progression dans le rythme d'augmentation annuel moyen du revenu réel se chiffre à 0,3 point de pourcentage depuis 2002. Il s'agit d'une évolution attribuable à la fois à la contraction de la dette extérieure nette du Canada (résultat de l'accumulation d'excédents de la balance courante ces dernières années) et à l'allègement du service de la dette libellée en dollars américains dû à l'appréciation de notre dollar.

La mesure du revenu réel que je préconise ici, à savoir celle que donne le PNB corrigé par l'indice des prix de la demande intérieure, a l'avantage d'être plus complète, plus intuitive et plus facile à calculer que la notion connexe de « command GDP », qui désigne le PIB corrigé en fonction du mouvement des termes de l'échange et qui a éveillé un certain intérêt dernièrement. On intègre dans cette notion les changements des termes de l'échange en dégonflant les chiffres sur les exportations en dollars courants au moyen de l'indice des prix des importations (Graphique 2). Ce PIB ajusté ne correspond au revenu réel que lorsque la balance commerciale et la balance des paiements courants sont nulles 4.

Naturellement, le PIB réel comporte d'autres failles comme indicateur du niveau de vie, et celles-ci s'appliquent également à la mesure du revenu réel établie à partir du PNB. Ainsi, les deux indicateurs mesurent la production ou le revenu bruts plutôt que nets. En cela, ils ne prennent pas en considération la dépréciation du capital ni la dégradation de l'environnement. D'autre part, ils ne tiennent compte ni des services non marchands produits par les administrations publiques ni, par exemple, de la répartition du revenu au sein de la population. Mais ce sur quoi je veux insister ce soir est le fait que l'amélioration des termes de l'échange et le renforcement du solde net des investissements étrangers se sont traduits par une progression sensible — et facilement mesurable — du revenu réel moyen par habitant au pays et, donc, de notre niveau de vie.

Certes, l'accroissement des revenus généré par une hausse des termes de l'échange, particulièrement l'accroissement attribuable aux fluctuations des prix des produits de base, n'est pas aussi durable que les profits résultant d'une augmentation de la productivité. Par contre, la hausse des revenus réels que nous tirons de la baisse des prix à l'importation grâce aux gains de productivité réalisés par nos partenaires commerciaux ne diffère pas de celle découlant de nos propres gains de productivité. Par conséquent, si tenir compte de la nature ouverte de notre économie n'altère pas l'importance de la productivité comme facteur de hausse de notre niveau de vie, cette considération montre en revanche que l'évolution du niveau de vie dépend aussi d'autres variables que les gains de productivité, et qu'elle bénéficie des hausses de productivité obtenues tant ici qu'à l'étranger.

Il convient de préciser aussi que les limites du PIB réel comme mesure du revenu réel ne lui enlèvent en rien sa pertinence pour la conduite de la politique monétaire. Sous cet angle, le revenu réel importe essentiellement à cause de son incidence sur la demande intérieure. Il reste que, lorsqu'il s'agit d'évaluer les pressions exercées par la demande globale sur la capacité de production — un élément important de la dynamique de l'inflation —, c'est le PIB réel qui compte.

Je voudrais maintenant passer à la façon dont le Canada s'est ajusté aux variations des termes de l'échange enregistrées ces derniers temps.

L'ajustement aux modifications des termes de l'échange

Comme je l'ai indiqué déjà, la hausse récente des termes de l'échange du Canada tient à deux grands facteurs, soit la diminution des prix des produits importés, tout particulièrement des biens en provenance des pays à marché émergent comme la Chine et l'Inde, et le renchérissement substantiel de nombreux produits de base que nous exportons, qui est imputable au dynamisme de la demande mondiale, notamment de la demande asiatique. Si l'on se fie aux prix des contrats à terme de marchandises, l'amélioration des termes de l'échange de notre pays pourrait se maintenir encore un bon moment. Celle-ci a donné lieu à une augmentation de la richesse et du revenu réels et, partant, stimulé la dépense des ménages, des gouvernements et des entreprises.

Un autre effet de la hausse des termes de l'échange a été l'appréciation rapide et prononcée du dollar canadien par rapport à la devise américaine et, de fait, à beaucoup d'autres monnaies. Parce qu'elle a fait fléchir les exportations nettes, la force de notre dollar a atténué l'action de l'accroissement de la dépense intérieure sur la demande globale, ce qui a contribué à maintenir l'équilibre entre l'offre et la demande au sein de l'économie et à contenir les pressions inflationnistes. Sur le plan global, donc, le taux de change flottant a joué son rôle traditionnel d'« amortisseur de choc ».

À l'échelle sectorielle, toutefois, la forte montée du taux de change a signalé aux entreprises la nécessité d'un prompt ajustement. Elle a accentué les pressions auxquelles faisaient face beaucoup de fabricants, déjà aux prises avec la vive concurrence que leur livraient les producteurs des pays à marché émergent. Elle a entraîné une baisse des revenus d'exportation de ces fabricants et une réduction des prix des produits importés faisant concurrence aux leurs, alors même qu'augmentaient les cours de nombreuses matières premières entrant dans la fabrication de leurs produits.

Les fortes variations soutenues — favorables ou défavorables — des termes de l'échange peuvent être sources de frictions et de bouleversements. Elles peuvent entraîner d'importants déplacements de la production et de l'emploi entre divers secteurs de l'économie, et ainsi provoquer des pertes d'emplois dans certaines industries et des gains dans d'autres. En termes macroéconomiques, disons qu'elles déclenchent un transfert de ressources vers des branches d'activité plus rentables. Dans cette optique, toute décision de retarder l'ajustement équivaut à un renoncement à l'accroissement potentiel de revenus que peut procurer la réaffectation des ressources. Il n'est jamais facile de procéder à un ajustement, mais cela est vital pour notre prospérité économique.

Certains observateurs considèrent l'ajustement à la récente amélioration des termes de l'échange du Canada comme une variante du « syndrome hollandais » 5. D'un point de vue macroéconomique cependant, la réaffectation des ressources est un signe de vitalité et non une tare; elle est le fait d'une économie vivante et dynamique, qui s'ajuste aux fluctuations importantes de la demande en affectant ses ressources là où elles seront le plus profitables 6. Pour tirer le meilleur parti des possibilités qui nous sont offertes comme nation commerçante, nous devons nous adapter aussi rapidement et efficacement que possible aux mutations de l'économie mondiale.

Il semble que ce soit justement ce qui se passe au Canada. Les niveaux de rentabilité étant particulièrement élevés dans les secteurs énergétique et minier, ainsi que dans la plupart des industries peu exposées à la concurrence internationale, les entreprises et les investisseurs n'ont pas tardé à saisir les occasions créées par l'amélioration des termes de l'échange. La croissance des dépenses d'investissement et de l'emploi dans ces secteurs a été vigoureuse. La poussée de l'investissement en machines et matériel dans l'ensemble de l'économie donne à penser que les entreprises profitent de l'appréciation de la monnaie (qui abaisse le coût des biens d'équipement importés) pour accroître leur productivité et renforcer leur compétitivité. Bien des fabricants tirent avantage de la baisse de prix des intrants importés ou mettent l'accent sur la production de biens ayant une plus grande valeur ajoutée.

La main-d'oeuvre aussi s'ajuste à la modification des termes de l'échange. Les marchés du travail canadiens font preuve de flexibilité, ce qui aide le pays à s'adapter aux chocs de la demande de travail 7. Si l'emploi a reculé considérablement dans le secteur manufacturier depuis 2004, il s'est fortement accru dans les industries non agricoles du secteur primaire, dans la construction et dans d'autres secteurs tirés par la vigueur de la demande intérieure, comme la finance, l'assurance, l'immobilier ainsi que les services de santé et d'éducation. Résultat, la migration nette de travailleurs d'autres provinces vers l'Alberta a bondi. La progression de l'emploi en Ontario et au Québec s'est légèrement ralentie, mais a affiché tout de même un rythme relativement robuste de 1,3 % en moyenne de juillet 2004 à juillet 2006.

Dans l'ensemble, l'économie canadienne s'est plutôt bien adaptée aux changements qui se sont produits, même si cela ne s'est pas fait sans peine. Toutefois, l'ajustement n'est pas encore terminé et des défis demeurent. Il reste des entraves à la mobilité de la main-d'oeuvre et au commerce interprovincial; en outre, les marchés du logement et les infrastructures des régions en plein essor, en particulier l'Alberta, sont soumis à des pressions croissantes. C'est ce que révèlent les pénuries grandissantes de main-d'oeuvre et les différences dans les pressions s'exerçant sur les salaires et les prix des maisons. Comme les gouvernements perçoivent une part importante de la hausse des revenus générés par les produits de base, ils détiennent le pouvoir d'alléger, mais aussi celui d'exacerber, certaines de ces pressions.

J'aimerais maintenant vous entretenir de ce qu'implique une modification des termes de l'échange pour la productivité du travail et la production potentielle.

Incidence sur la productivité du travail et la production potentielle

Les effets d'une variation des termes de l'échange sur la productivité du travail empruntent principalement deux « canaux », à savoir le taux de change et la répartition des ressources entre secteurs.

L'appréciation de la monnaie liée à une amélioration des termes de l'échange fait baisser le prix relatif du capital physique importé, en particulier les machines et le matériel, et encourage la substitution du capital au travail, ce qui à la longue devrait favoriser une meilleure productivité du travail, toutes choses égales par ailleurs.

Si la réaffectation des ressources a toujours une incidence nette positive sur le revenu réel, ses effets sur la productivité globale du travail sont plus difficiles à établir. D'une part, le renchérissement des produits de base est susceptible de faire diminuer la productivité dans le secteur primaire, les activités coûteuses — et donc moins productives — devenant plus rentables. D'autre part, la réaffectation de capital et de main-d'oeuvre du secteur manufacturier vers celui de l'exploitation des matières premières devrait rehausser la productivité globale du travail, du fait que les niveaux de la productivité du travail sont plus élevés dans le secteur primaire, lequel affiche une plus forte intensité de capital. En ce qui concerne le déplacement de la production vers le secteur des biens non échangeables au détriment de celui des biens échangeables, aucune généralisation n'est possible, puisque le secteur des services non échangeables est très vaste et très diversifié, certaines industries (comme la finance et le commerce de gros) étant caractérisées par de hauts niveaux de productivité, et d'autres (tel le commerce de détail), par des niveaux beaucoup plus faibles. Quoi qu'il en soit, il s'agit là d'effets à long terme.

À court terme, la croissance de la productivité se trouvera sans doute temporairement ralentie par le processus d'ajustement. Par exemple, il se peut que les travailleurs provenant d'un domaine particulier doivent acquérir des compétences additionnelles avant de devenir pleinement fonctionnels dans les branches de l'économie qui sont en pleine expansion. Une fois embauchés, ils peuvent mettre un certain temps à développer l'expertise souvent requise pour la réalisation de gains de productivité. De plus, les machines et le matériel dans lesquels une entreprise investit s'appuient souvent sur de nouvelles technologies, qui exigent une formation supplémentaire ou une réorganisation du milieu de travail avant que les gains de productivité escomptés ne se concrétisent pleinement 8.

Une modification des termes de l'échange se répercutant sur la hausse de la productivité aura aussi des effets sur la croissance de la production potentielle. Si je devais qualifier en termes généraux l'incidence possible du choc actuel sur la production potentielle par le biais de la productivité, je dirais qu'elle sera probablement positive à long terme, mais peut-être négative à court terme en raison du coût des perturbations provisoires dont s'accompagne le choc. La progression observée en longue période tiendrait principalement à l'intensification du capital résultant de changements dans les coûts relatifs de la main-d'oeuvre et du capital ainsi que de l'augmentation des activités d'exploration dans l'industrie primaire. Si l'on parvient assez rapidement à rouvrir d'anciennes mines, il peut s'écouler plus de dix ans entre les phases d'exploration et de production de nouvelles exploitations, compte tenu des exigences de la réglementation et du temps que nécessite la construction des infrastructures. Par conséquent, l'accroissement de la production potentielle dû à l'intensification des activités d'exploration ne se matérialisera que lentement.

La modélisation des variations des termes de l'échange

Le désir de la Banque du Canada de comprendre comment les modifications des termes de l'échange touchent l'économie n'est pas nouveau. Depuis des décennies déjà, la Banque s'intéresse de près aux effets des variations des termes de l'échange sur le revenu réel et la valeur externe du dollar canadien. Au fil des années, nous avons construit des modèles pour nous aider à étudier comment ces variations et les ajustements qu'elles provoquent touchent l'économie 9. Mais ce n'est que récemment que les chercheurs de la Banque ont incorporé formellement un volet représentant le secteur des matières premières au principal modèle de projection dont ils se servent, le modèle TOTEM.

Contrairement au modèle utilisé antérieurement, qui considérait l'activité économique comme un seul agrégat 10, le modèle TOTEM (pour Terms of Trade Economic Model) établit une nette distinction entre les matières premières, ou produits de base, et les produits manufacturés. Cette distinction est capitale pour deux raisons. Premièrement, l'exploitation des matières premières compte pour une part non négligeable, environ 11 %, du PIB de notre pays 11, et les exportations de ces produits correspondent à près de 45 % de la valeur nominale totale des exportations canadiennes. Deuxièmement, le secteur primaire et le secteur manufacturier emploient des technologies différentes et évoluent dans des structures concurrentielles différentes, ce qui influe de façon importante sur le comportement de l'inflation. Par exemple, le secteur de l'exploitation des matières premières se caractérise par une plus forte intensité de capital et une plus grande inélasticité de la production aux prix que ce n'est le cas pour le secteur des autres biens et services. De plus, les prix des matières premières sont déterminés sur les marchés mondiaux, tandis que ceux des biens manufacturés sont sujets à la différenciation des produits et établis avec une certaine latitude par les fabricants.

Dans le modèle TOTEM, le principal déterminant des prix à la consommation est le coût marginal de production des biens de consommation. Ceux-ci sont issus de quatre intrants : la main-d'oeuvre, le capital, un bien intermédiaire importé et les matières premières. Dans ces circonstances, le coût marginal peut être exprimé en fonction des coûts du travail (y compris les dépenses d'embauche et de formation), des prix des biens intermédiaires importés, des produits de base entrant dans la fabrication et des biens d'équipement, ainsi que du taux d'utilisation des capacités.

Le modèle TOTEM surpasse nettement son prédécesseur par sa capacité à rendre compte de la réaction de l'économie et de la monnaie canadiennes aux variations des prix des produits de base. Je n'en dirai pas plus sur ce modèle aujourd'hui, mais je tiens à vous informer que la livraison d'automne de la Revue de la Banque du Canada renfermera un article détaillé à son sujet.

J'aimerais maintenant vous exposer le point de vue de la Banque sur les perspectives de l'économie canadienne.

Les perspectives de l'économie canadienne

L'économie de notre pays continue de s'ajuster à l'évolution sur la scène mondiale. Au moment de la parution de la Mise à jour de juillet du Rapport sur la politique monétaire, la Banque estimait que l'économie canadienne fonctionnait à un niveau tout juste supérieur à sa capacité de production et qu'elle reviendrait à son potentiel d'ici la fin de 2008, dans la foulée de la modération attendue de l'expansion aux États-Unis et des hausses passées des taux d'intérêt et du taux de change au Canada.

La Banque jugeait alors que le taux cible du financement à un jour se trouvait à un niveau compatible avec la réalisation de la cible d'inflation à moyen terme. Elle prévoyait que l'inflation mesurée par l'IPC global retournerait à la cible de 2 % au second semestre de 2007 et que le taux d'accroissement de l'indice de référence se maintiendrait à 2 % tout au long de la période de projection.

Nous indiquions, dans la Mise à jour, que les risques à la hausse touchant la production et l'inflation au Canada étaient liés surtout au dynamisme de la dépense des ménages et à la progression des prix des logements. On considérait qu'ils étaient neutralisés en gros par le risque d'un tassement plus prononcé que prévu de la croissance de l'activité aux États-Unis, qui freinerait la demande d'exportations canadiennes.

Selon les données reçues depuis juillet, la progression du PIB réel au second trimestre aurait été un peu plus faible qu'on ne l'énonçait dans la Mise à jour. Cependant, les tendances fondamentales observées dans l'économie confortent l'orientation générale de la projection publiée à ce moment-là, tant pour la production que pour l'inflation.

Avec la publication récente des chiffres de l'IPC pour juillet, qui reflètent la baisse de un point de pourcentage de la TPS, j'aimerais faire ici un rappel important. Lorsque, à la Banque, nous formulons la politique monétaire, nous faisons constamment abstraction des effets directs que les modifications des impôts indirects ont sur l'inflation. Notre indice de référence, qui exclut l'effet des modifications des impôts indirects, constitue ainsi un précieux indicateur de la tendance fondamentale de l'inflation.

Conclusion

Pour conclure, je dirai que le Canada, en tant que nation commerçante dans une économie planétaire, continuera de voir ses termes de l'échange se modifier. Parce que ces modifications ont des implications tant pour l'offre que pour la demande globales, et pour notre niveau de vie, il est important d'en comprendre les effets.

Les fluctuations des termes de l'échange du Canada créent des défis et des occasions de taille pour les entreprises, les citoyens et les administrations publiques. Certes, il n'est jamais facile de s'adapter aux nouvelles réalités économiques, mais la façon dont nous y réagissons a de réelles répercussions sur notre bien-être. La rapidité de notre riposte, nos manières de relever les défis, et la mesure dans laquelle nous saisissons les occasions qui s'offrent à nous sont d'une importance capitale.

Au cours des dernières années, le Canada s'est plutôt bien tiré de la situation provoquée par la variation considérable de ses termes de l'échange. La politique monétaire responsable que la Banque mène y a contribué à double titre. D'une part, le niveau bas et stable de l'inflation a permis de disposer d'un solide élément de certitude dans une période marquée par la rapidité des changements. D'autre part, la politique monétaire a aidé à faciliter le processus d'ajustement en soutenant la demande globale afin de garder l'économie près de son plein potentiel et de maintenir l'inflation au taux visé. Par ailleurs, la robustesse de l'économie mondiale a également rendu ce processus un peu moins difficile. Mais une grande partie du succès de cet ajustement en profondeur est aussi attribuable à la flexibilité des entreprises et des travailleurs canadiens.