La Banque du Canada a publié aujourd'hui la livraison d'octobre du Rapport sur la politique monétaire, dans lequel elle examine les tendances économiques et financières actuelles au regard de la stratégie qu'elle poursuit pour la maîtrise de l'inflation au Canada.

Dans le document, la Banque met en lumière trois grands facteurs mondiaux interreliés qui exercent une influence marquée sur l'économie canadienne et rendent les perspectives en matière de croissance et d'inflation plus incertaines qu'au moment de la publication de la Mise à jour du Rapport sur la politique monétaire en juillet. Premièrement, l'intensification de la crise financière internationale s'est traduite par de graves tensions sur les marchés financiers. La nécessité connexe pour le secteur bancaire mondial de continuer à réduire son ratio de levier financier contribuera à restreindre la croissance pendant un certain temps. Deuxièmement, l'économie du globe semble se diriger vers une légère récession, provoquée par une économie américaine elle-même déjà en récession. Troisièmement, les prix de nombreux produits de base ont fortement reculé.

Conformément au plan d'action des pays membres du G7, les grandes économies ont annoncé des mesures extraordinaires visant à stabiliser leur système financier. Ces initiatives joueront un rôle prépondérant dans le rétablissement des flux de crédit, lequel concourra à soutenir la croissance économique mondiale. L'économie du Canada et son système financier robuste profiteront directement de ces actions.

L'assombrissement des perspectives d'évolution de la demande mondiale accentuera l'effet modérateur qu'exercent les exportations sur l'économie canadienne. La baisse des prix des produits de base, qui donnera lieu à une détérioration des termes de l'échange du pays et ralentira la progression de la demande intérieure, entraînera aussi une dégradation des perspectives. Le resserrement considérable des conditions du crédit au Canada ces dernières semaines freinera les investissements des entreprises et les investissements dans le secteur du logement.

La Banque s'attend à ce que la croissance soit anémique jusqu'à la fin du premier trimestre de 2009, puis qu'elle s'accélère durant le reste de l'année et dépasse celle du potentiel en 2010, à la faveur de l'amélioration des conditions du crédit, des effets retardés des mesures de politique monétaire et du raffermissement de l'expansion à l'échelle du globe. La dépréciation importante du dollar canadien survenue récemment contribuera également à compenser de façon notable les effets de l'affaiblissement de la demande mondiale et du recul des cours des produits de base. Dans l'ensemble, la Banque projette une croissance annuelle moyenne du PIB réel de 0,6 % en 2008 et 2009 et de 3,4 % en 2010.

Sous l'effet de l'accumulation prévue des capacités inutilisées tout au long de 2009 et du repli postulé des prix de l'énergie, les pressions inflationnistes s'atténueront sensiblement par rapport à ce qui était projeté dans la Mise à jour de juillet du Rapport sur la politique monétaire. On s'attend maintenant à ce que le rythme d'accroissement de l'indice de référence demeure sous les 2 % jusqu'à la fin de 2010. Le taux d'augmentation de l'IPC global devrait culminer au troisième trimestre de 2008, glisser sous 1 % au milieu de l'année prochaine, puis retourner à la cible de 2 % d'ici la fin de 2010.

Le 21 octobre, la Banque du Canada a abaissé de 25 points de base son taux directeur, qu'elle avait déjà réduit de 50 points de base, le 8 octobre, dans le cadre d'une action concertée d'autres grandes banques centrales. Ensemble, ces mesures portent la réduction cumulative de la cible pour le taux du financement à un jour à 75 points de base depuis le 3 septembre, dernière date d'annonce préétablie de la Banque. Ces actions procureront un soutien important et à point nommé à l'économie canadienne. La baisse cumulative du taux directeur de la Banque depuis le début de décembre 2007 se chiffre maintenant à 225 points de base.

À la lumière des nouvelles perspectives, il faudra probablement encore augmenter le degré de détente monétaire pour atteindre la cible d'inflation de 2 % à moyen terme. L'évolution de la crise financière, son incidence sur l'économie mondiale et le temps nécessaire pour que se fassent sentir les effets des diverses mesures extraordinaires prises pour y remédier font peser des risques majeurs, tant à la hausse qu'à la baisse, sur la projection au sujet de l'inflation.