Bonjour. Je vous remercie de m'avoir invité à venir discuter du point de vue de la Banque du Canada sur la stabilité du système financier canadien.

Comme nous l'avons souligné à plusieurs reprises, la stabilisation du système financier mondial est une condition préalable à la reprise économique, tant à l'échelle du globe qu'au Canada. À cette fin, les décideurs publics du monde entier sont intervenus énergiquement et de façon créative en adoptant une série de mesures inédites visant à stabiliser le système financier mondial. De nombreuses banques centrales, y compris la Banque du Canada, ont procédé à des injections de liquidités sans précédent afin d'assurer le fonctionnement continu du système financier.

Comme la crise que nous connaissons est mondiale par nature et qu'elle a vu le jour à l'extérieur de nos frontières, la plupart des solutions doivent être le fruit d'efforts internationaux. Nous nous entretenons avec nos collègues de l'étranger sur les moyens de renforcer la stabilité financière mondiale. J'ajouterai que la résilience des institutions financières canadiennes face à la crise économique mondiale a suscité un vif intérêt de par le monde. Contrairement à leurs homologues d'autres grands pays, les banques canadiennes n'ont pas été sensiblement touchées par la crise financière. Elles ont réussi à mobiliser des capitaux durant cette période de turbulence afin de soutenir l'octroi continu de prêts et de compenser une partie du recul de la demande de produits titrisés ainsi que le retrait des prêteurs non bancaires qui avaient compté sur la titrisation pour financer leurs activités. À l'inverse, les banques de la plupart des autres grandes économies ont subi d'importantes pertes et ont eu besoin d'injections massives de capitaux de la part de l'État.

Ainsi, le Canada a conservé des conditions du crédit beaucoup plus saines que dans d'autres grands pays depuis le début de cette récession mondiale. Cela dit, le secteur financier canadien s'est malgré tout ressenti de la tourmente internationale, qui a accru les besoins en matière de financement tout en augmentant le coût et l'incertitude du financement à plus d'un jour. La Banque du Canada a réagi en déployant d'importants efforts pour soutenir la liquidité des marchés financiers.

Les mesures que la Banque a prises afin de stabiliser le système financier canadien depuis le début de la crise mondiale, il y a 18 mois, ont été substantielles et sans précédent. La Banque est intervenue vigoureusement en portant le montant total de ses prises en pension à plus d'un jour à un sommet de 41 milliards de dollars en décembre et à 35 milliards à l'heure actuelle. Les prises en pension à plus d'un jour visent à fournir des liquidités à des opérateurs clés du marché pour des termes allant jusqu'à trois mois, en contrepartie d'un vaste éventail de titres. La Banque a élargi la liste des actifs acceptés dans le cadre de ces opérations et celle des contreparties admissibles. Elle a également instauré une facilité de prêt à plus d'un jour à l'intention des institutions financières qui participent directement au Système de transfert de paiements de grande valeur, et accepté leurs portefeuilles de prêts non hypothécaires en garantie. La semaine dernière, la Banque a annoncé la création d'un nouveau mécanisme de prise en pension à plus d'un jour de titres privés qui vient bonifier celui qu'elle avait mis en place l'automne dernier et qui visait les titres privés du marché monétaire. Dans le cadre du nouveau mécanisme, la Banque a élargi la gamme des participants et des titres admissibles et offre des termes plus longs, à un taux de soumission minimal plus bas. Les liquidités fournies grâce à ce mécanisme devraient soutenir indirectement la croissance du crédit au Canada en améliorant la liquidité du marché secondaire et en stimulant la demande de titres de sociétés.

Je tiens à préciser que ces mécanismes ont été financés, non pas en accroissant l'offre de monnaie de banque centrale au système financier, mais plutôt par la vente de bons du Trésor, soit du propre portefeuille de la Banque, soit de nouvelles émissions dont le produit est à son tour détenu en dépôt à la Banque du Canada. J'aimerais aussi ajouter que, sur une base consolidée, le gouvernement fédéral tire un bénéfice net de ces opérations, qui est représenté par l'écart entre le rendement de nos propres prises en pension à plus d'un jour et celui des bons du Trésor. De plus, ces opérations font courir très peu de risques aux contribuables, puisque la Banque exige des participants qu'ils lui remettent en garantie des actifs d'un montant plus élevé que celui des prêts accordés.

Ces opérations d'injection de liquidités ont entraîné une réduction appréciable des écarts relatifs aux titres à court terme. Les écarts entre le CDOR et le taux des swaps indexés sur le taux à un jour se sont considérablement rétrécis depuis l'automne dernier, où les conditions étaient extrêmement défavorables. Les améliorations observées sont particulièrement notables en ce qui concerne les courtes échéances (comme un mois) et sont attribuables en bonne partie aux facilités de trésorerie qui ont été mises en place. Les écarts à trois mois, qui ont culminé à quelque 125 points de base au Canada, avoisinent à présent des niveaux plus normaux, c'est-à-dire environ 25 points de base.

Alors que les opérations d'injection de liquidités menées par la Banque du Canada sont tournées vers le financement à court terme, le gouvernement fédéral a instauré des mesures visant à faciliter le financement à long terme des entreprises et des consommateurs. Vous me permettrez d'évoquer deux de ces mesures. La première est le Programme d'achat de prêts hypothécaires assurés, qui permet aux institutions financières canadiennes de prêter davantage, en vendant à la SCHL des blocs de prêts hypothécaires assurés. La seconde est la Facilité canadienne de crédit garanti, aux termes de laquelle la Banque de développement du Canada est appelée à acquérir des titres à terme adossés à des prêts et à des baux portant sur des véhicules et du matériel.

Toutes ces mesures contribuent à répondre à une demande de plus en plus grande de la part d'entreprises et de particuliers qui ont de la peine à se financer de manière adéquate dans le contexte actuel. On a tous entendu parler d'un resserrement continu du coût et de la disponibilité du crédit. Quoi qu'il en soit, nos chiffres les plus récents indiquent une croissance soutenue de l'ensemble des crédits aux ménages – qui s'établissait à 9,6 % en janvier par rapport à la même période un an plus tôt – ainsi qu'une décélération limitée de la croissance de l'ensemble des crédits aux entreprises. Le taux de croissance de ces derniers crédits se situait à 4,2 % en janvier par rapport à la même période un an plus tôt, du fait que l'accélération de la croissance des prêts bancaires a contribué à compenser la contraction du financement sur les marchés. Nous continuerons donc de suivre de près la croissance et les conditions du crédit au Canada.

Pour conclure, comme nous en sommes tous très conscients, l'économie de notre pays se ressent de la tourmente et de la récession mondiales. Si, au Canada et à l'étranger, les autorités ont lancé d'importants programmes de relance budgétaire et monétaire pour faciliter la reprise, il n'en demeure pas moins, comme je l'ai fait remarquer au début, que la stabilisation du système financier mondial demeure une condition préalable à la reprise économique à l'échelle du globe et au Canada. La confiance des investisseurs et du public a été durement ébranlée, mais elle se rétablira à mesure que certains grands pays mettront en oeuvre, à temps, des plans ambitieux pour régler le problème des actifs toxiques et reconstituer le capital des institutions financières. Toutefois, si ces mesures nationales et multilatérales ne sont pas prises à point nommé, énergiques et bien exécutées, la reprise économique au Canada sera moins forte et se fera attendre.

Maintenant, c'est avec plaisir que je répondrai à vos questions.