Bonjour. Je suis très heureux de vous revoir. Le thème du dernier discours que j'ai prononcé devant la Chambre de commerce il y a trois ans, soit « L'importance de la flexibilité pour surmonter les chocs économiques », n'était pas si éloigné de celui d'aujourd'hui, même si notre perspective en 2006 était certes très différente. De fait, la crise financière mondiale dans laquelle nous avons été plongés ces deux dernières années a posé des défis particuliers et stressants qui nous ont tous forcés à nous interroger sur ce qui a bien fonctionné et ce qui doit changer. Aujourd'hui, j'aimerais passer en revue quelques-unes des réflexions les plus importantes concernant ces enjeux, surtout sous l'angle du travail que nous accomplissons à la Banque du Canada. Je ferai quelques observations sur les politiques publiques canadiennes en général ainsi que sur les économies du pays et de la Colombie-Britannique.

Retour en arrière

Nous tous, collectivement et individuellement, avons subi les répercussions de la crise financière mondiale qui a débuté en août 2007. Ses effets ont été marqués et ont touché les économies et les marchés financiers du globe. L'incertitude accrue au sein des marchés financiers internationaux associée à l'effondrement du marché des prêts hypothécaires à risque aux États-Unis, l'opacité des produits financiers structurés titrisés, un recours démesuré par les banques aux marchés du financement de gros et le laxisme général en matière de réglementation ont paralysé des marchés clés. Les écarts de crédit se sont creusés considérablement et un processus forcé de désendettement a rendu le crédit coûteux et inaccessible pour de nombreux ménages et entreprises.

Au fur et à mesure que la situation évoluait, il était évident que beaucoup d'institutions financières étaient insolvables. Des sociétés comme Bear Stearns, AIG et Lehman Brothers sont soudainement devenues très connues. La tension extrême qui régnait sur les marchés financiers a rapidement entraîné une récession profonde et synchronisée à l'échelle planétaire, que certains ont surnommée la « Grande Récession ».

La réaction des décideurs publics au début de la récession ne s'est pas fait attendre. En octobre dernier, au cours de la fin de semaine de l'Action de grâce, les ministres des Finances et les gouverneurs de banque centrale des pays du G7 ont mis en oeuvre un plan d'action reconnaissant la nécessité d'une solution mondiale. Cette rencontre a été suivie d'une série de sommets du G20 – le premier à Washington en novembre 2008 et un autre plus récemment à Pittsburgh il y a deux semaines – qui ont rapidement accru l'influence des pays affairés à redresser la situation et à prévenir une nouvelle débâcle. Même si l'ensemble des plans concertés qui en ont découlé, lesquels visaient à stabiliser les marchés financiers mondiaux et à stimuler l'économie, commencent à porter leurs fruits, la reprise sera lente étant donné l'ampleur de la remise en état de l'infrastructure des marchés financiers et du système financier qui s'impose dans le monde.

La gravité et l'envergure mondiale de ce que nous avons enduré ces deux dernières années ont été inégalées depuis un demi-siècle. Cela dit, nous ne devons pas oublier les précieuses leçons que nous avons tirées d'autres défis considérables auxquels nous avons été confrontés sur les plans économique et financier durant les dernières décennies. J'en mentionnerai quelques-uns.

Les efforts déployés pour abaisser les taux d'inflation élevés et variables dans les années 1970 et 1980 et instaurer un climat d'inflation faible, stable et prévisible ont constitué un défi notable. Un autre a été l'assainissement des finances publiques au Canada au milieu des années 1990, alors qu'on s'attachait à moyen terme à réduire le niveau d'endettement de l'État par rapport à la taille de notre économie.

Nous avons dû faire face à des chocs externes de taille : les crises financières survenues en Asie, en Russie et en Amérique latine à la fin des années 1990 et au début de la présente décennie; l'éclatement de la bulle technologique à l'échelle internationale en 2000-2001; et les attentats terroristes du 11 Septembre. Et, là je n'apprendrai rien à cet auditoire, nous avons été témoins de l'émergence de la Chine et de l'Inde ainsi que des percées technologiques et de la mondialisation croissante des échanges commerciaux et des finances.

Même si ces défis étaient très différents, ils ont deux thèmes en commun. Le premier est l'importance de cadres de politique solides pour nous guider dans notre réflexion et nos actions. Le second est l'importance de la souplesse sur le plan économique, autrement dit la capacité de notre économie à s'ajuster à des circonstances changeantes et à se remettre à tourner à pleine capacité aussitôt que possible. Mes observations aujourd'hui porteront principalement sur le premier de ces deux thèmes. J'aborderai le deuxième vers la fin de mon discours.

Les interventions du Canada face à la crise financière mondiale

Comme vous le savez, l'objectif de la politique monétaire mise en oeuvre par la Banque est d'atteindre la cible d'inflation de 2 %, laquelle est définie au moyen de l'indice des prix à la consommation (IPC). C'est en maîtrisant l'inflation, en donnant confiance aux Canadiens et aux Canadiennes dans la valeur future de leur monnaie, que nous contribuons à la bonne tenue de l'économie au pays – c'est un moyen pour parvenir à une fin. Tout au long de la crise financière et de la récession mondiales, nos décisions en matière de politique monétaire ont eu pour point d'ancrage notre régime de cibles d'inflation, et nous avons calibré nos actions en fonction de l'atteinte de la cible de 2 %.

Entre décembre 2007 et avril 2009, nous avons réduit le taux du financement à un jour à plusieurs reprises, soit de 425 points de base au total. Cela comprend une réduction concertée exceptionnelle de 50 points de base à laquelle ont procédé les banques centrales des pays du G10 il y a un an jour pour jour. Depuis avril, le taux cible au Canada est demeuré à 0,25 %, niveau que nous considérons comme sa valeur plancher. Également en avril, nous avons précisé que, sous réserve des perspectives concernant l'inflation, nous maintiendrons le taux directeur à ce niveau jusqu'à la fin du deuxième trimestre de 2010. Ces mesures ont donné lieu, pour de nombreux emprunteurs, à une baisse des taux d'intérêt, qui se sont établis aux niveaux les plus bas enregistrés depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. En outre, étant donné la crédibilité de la politique monétaire, les attentes d'inflation sont demeurées fermement ancrées à la cible de 2 %.

Cette période que nous avons traversée a été nettement inhabituelle, à un point tel qu'elle nous a forcés à envisager le recours à des instruments non traditionnels dans la conduite de la politique monétaire. En annexe au Rapport sur la politique monétaire d'avril, nous avons présenté un cadre de conduite de la politique monétaire en contexte de bas taux d'intérêt.

Ce cadre comporte trois instruments. Le premier est une déclaration conditionnelle au sujet de la trajectoire des taux directeurs. Il s'agit du seul instrument non traditionnel que nous ayons employé jusqu'à présent. Le deuxième est l'assouplissement quantitatif, qui consiste en des achats fermes d'actifs financiers financés par la création de soldes de règlement excédentaires (c'est-à-dire les réserves que détiennent les institutions financières à la banque centrale) et, le troisième, l'assouplissement direct du crédit, qui consiste en l'achat d'actifs privés effectué directement sur des marchés clés de crédit qui sont temporairement mis à mal. Il va de soi que l'utilisation de ces instruments dépendrait des mesures nécessaires à l'atteinte de notre cible d'inflation.

Pendant la crise, les Canadiens ont également bénéficié d'autres politiques. Un cadre budgétaire solide, axé sur la réduction du ratio de la dette au PIB du Canada à moyen terme, a apporté beaucoup de flexibilité pendant cette période difficile. Un soutien additionnel a été fourni par l'adoption d'une optique systémique en ce qui a trait à la stabilité financière, comprenant l'octroi de liquidités par la Banque du Canada aux principaux marchés et l'évaluation des risques publiée dans la Revue du système financier. Les Canadiens ont aussi tiré profit d'une approche fondée sur le risque en matière de réglementation du système financier.

C'est principalement grâce à l'effet conjugué des décisions et des actions prises en regard de chacune de ces politiques que le Canada a évité le pire de la crise financière internationale. Même si notre économie a été plongée dans une profonde récession, en raison de l'incidence de celle qui a sévi aux États-Unis et de l'effondrement des cours des produits de base, notre pays n'a pas eu à subir de cycle de surchauffe et de récession dans le secteur du logement, et notre système financier, en particulier notre système bancaire, a continué à fonctionner relativement bien 1. De fait, certaines caractéristiques du système canadien de réglementation régissant les institutions financières sont mises en avant dans le monde grâce au processus du G20 2.

Dans l'ensemble, l'expérience canadienne révèle que des cadres de politique robustes, qui se renforcent mutuellement, aident à faire face à des situations difficiles – même extrêmes, comme celles auxquelles nous avons été confrontés récemment.

Regard sur l'avenir

Cependant, notre expérience des deux dernières années montre clairement que le statu quo ne suffit plus. À la Banque du Canada, nous devons renforcer nos cadres, liés à la politique monétaire et à la stabilité financière, afin d'accroître la capacité du pays à éviter les crises dans la mesure du possible et à faire face aux chocs lorsqu'ils se produisent.

En ce qui a trait à la politique monétaire, notre plan de travail comporte deux volets cruciaux. Le premier concerne notre régime de cibles d'inflation. En novembre 2006, lorsque nous avons renouvelé l'entente actuelle avec le gouvernement fédéral relative à la cible d'inflation, qui porte sur une période de cinq ans, nous avons également lancé un programme de recherche visant à examiner des manières de consolider notre cadre de conduite de la politique monétaire 3. Deux questions étaient posées 4 : Quels sont les coûts et les avantages de l'abaissement de la cible d'inflation? et Quels sont les coûts et les avantages de l'adoption d'une cible fondée sur le niveau des prix?

Un grand nombre d'études ont déjà été entreprises sur ces deux questions, auxquelles collaborent non seulement des chercheurs de la Banque mais aussi des universitaires et des collègues d'autres banques centrales. Je ne passerai pas ces travaux en revue aujourd'hui. Toutefois, les personnes qui souhaitent obtenir des précisions peuvent consulter la section de notre site Web consacrée à la recherche http://www.inflationtargeting.ca/bienvenue/ et des articles publiés dans la Revue de la Banque du Canada 5. Nous examinerons les conclusions de cette recherche de façon attentive et objective et nous nous prononcerons sur le sujet l'année prochaine.

Le deuxième volet a trait au mécanisme de transmission, autrement dit à la façon dont nos mesures de politique monétaire se répercutent sur les marchés financiers et l'économie. La crise a fait ressortir très clairement le fait que les banques centrales doivent mieux comprendre les liens entre l'économie réelle (la production, l'inflation et l'emploi) et le secteur financier. Par exemple, on a découvert que les primes variables dans le temps, les primes de liquidité et les écarts de crédit peuvent expliquer l'activité réelle de façon empirique, tout comme les modalités non tarifaires dans le cas du crédit. Une autre information importante révélée par la crise financière est que la dynamique procyclique plus large – c'est-à-dire les forces qui amplifient les fluctuations cycliques – au sein des marchés monétaires, d'actifs et du crédit ont aussi des implications pour l'économie réelle et, partant, pour la politique monétaire. Une part importante du programme de recherche de la Banque porte sur ces liens entre les sphères réelle et financière afin que nous puissions mieux les comprendre et les incorporer dans nos modèles et nos analyses de politique.

Pour ce qui est de la stabilité financière, nous avons été témoins ces deux dernières années d'un ensemble d'interrelations de plus en plus complexes entre les risques de crédit, de marché et de financement. Comme ces interrelations touchent des segments clés du système financier mondial, elles ont eu des conséquences notables sur les économies de la planète. Ces conséquences ont mis en avant l'importance critique de la gestion efficace des risques de liquidité, de crédit et de marché ainsi que celle d'assurer des niveaux de capitaux adéquats.

Dans plusieurs de ces domaines, le Canada, comme je l'ai indiqué tout à l'heure, s'est distingué par la gestion, la réglementation et la supervision solides de ses institutions financières. Toutefois, l'accent mis à ce niveau microéconomique ne suffit pas. De fait, une autre leçon clé tirée de la crise financière mondiale a été la reconnaissance du besoin d'une surveillance du système dans son ensemble, y compris les institutions et les marchés d'importance systémique. Une telle approche est essentielle, car les risques systémiques peuvent résulter de l'effet des mesures collectives des institutions et des participants aux marchés qui, individuellement, peuvent sembler atténuer le risque mais, collectivement, – à cause de leur interconnexion et exposition commune – contribuent à l'instabilité du système global. Le délestage d'actifs sur des marchés illiquides n'en est qu'un exemple.

L'approche systémique, ou macroprudentielle, est une responsabilité que partagent le ministère des Finances et tous les organismes fédéraux de réglementation financière, dont naturellement la Banque du Canada, le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) et la Société d'assurance-dépôts du Canada (SADC). En définitive, c'est le ministre des Finances qui est chargé d'assurer la saine gestion du système financier.

L'approche macroprudentielle comporte deux grandes composantes. La première est la surveillance macroprudentielle, qui permet de déceler l'accumulation de risques menaçant le système financier. La Banque est bien placée pour contribuer à la surveillance macroprudentielle, compte tenu de son mandat qui l'oblige à adopter un point de vue global concernant l'économie, de ses recherches et de ses connaissances sur l'économie et le système financier (y compris le système de paiement et de compensation) et de ses liens avec d'importants organismes internationaux.

La deuxième composante est la réglementation macroprudentielle, qui a pour but de renforcer la résilience de l'ensemble du système financier, et qui relève du ministre, lequel est conseillé par la Banque, le BSIF, la SADC et d'autres intervenants. Les progrès qui seront accomplis à ce chapitre devront tenir compte des interdépendances entre les institutions et les marchés qui ont des implications pour la stabilité globale du système financier. Il faudra se pencher notamment sur la robustesse de l'infrastructure du marché, la normalisation et la transparence des produits, les relations entre les contreparties et les outils macroprudentiels contracycliques tels que les réserves de fonds propres contracycliques. Le travail dans ce domaine nécessitera des investissements sur plusieurs années, à l'étranger et au pays. La Banque est en train d'effectuer des recherches et des analyses concernant un certain nombre de questions, dont les façons de limiter la procyclicité des comportements au sein du système financier, les moyens permettant de garder les principaux marchés de financement toujours ouverts et les modèles destinés à tester la résistance du système financier canadien et à mieux connaître son fonctionnement.

Ce travail sera facilité par les efforts de recherche et d'analyse déployés par des comités et groupes de travail internationaux ainsi qu'au sein d'universités et de banques centrales. L'un des aspects particulièrement difficiles de ce travail consistera à mettre au point des outils macroprudentiels et à y recourir pour promouvoir la stabilité financière 6.

Quels enseignements avons-nous tirés ces deux dernières années à propos des interactions et des chevauchements entre la politique monétaire et la stabilité financière? Il ne fait pas de doute que les autorités monétaires doivent se préoccuper de l'instabilité financière, qui, comme nous l'avons appris au cours de ces deux années, peut menacer la stabilité des prix, en raison du risque de récession qu'elle fait planer sur l'économie réelle. C'est en réaction à de telles forces désinflationnistes – et même à des craintes de déflation chez certains – que nous avons réduit énergiquement les taux d'intérêt afin de soutenir l'économie et, ainsi, d'atteindre notre cible d'inflation de 2 %.

L'instabilité financière peut aussi influer sur le mécanisme de transmission de la politique monétaire. Comme je l'ai dit plus tôt, une incertitude accrue et l'instabilité au sein des marchés financiers entraînent un accroissement des écarts et un resserrement des modalités non tarifaires sur les marchés du crédit, et les mécanismes par lesquels cela se produit sont imprévisibles, et les conséquences, incertaines. Cette situation incite les autorités monétaires à prendre des mesures vigoureuses – y compris le recours possible à des instruments non traditionnels – pour faire contrepoids à ces conséquences.

L'instabilité financière se rapporte principalement aux défaillances et aux distorsions sur les marchés auxquelles il faut remédier directement. L'expérience que nous avons acquise depuis deux ans montre que le meilleur moyen d'y arriver passe par une réglementation financière efficace, ce qui comprend une réglementation macroprudentielle pour maîtriser les risques systémiques 7. Les taux d'intérêt s'avèrent un outil de politique peu nuancé; les utiliser pour pallier l'instabilité financière pourrait créer de l'incertitude dans l'établissement des prix des actifs financiers et entraîner une mauvaise répartition des capitaux, qui serait dommageable pour l'ensemble de l'économie. Les autorités monétaires risqueraient également de perdre en crédibilité alors qu'elles s'emploient à s'acquitter de leur mandat en matière de stabilité des prix.

Il ressort de toutes ces considérations qu'il y a d'importantes questions à régler et beaucoup à faire pour actualiser les outils et en concevoir de nouveaux afin de relever les défis qui attendent les banques centrales. Pour ce qui est de notre instrument de politique monétaire traditionnel, le taux cible du financement à un jour, nous devons mieux comprendre les liens qui existent entre les sphères réelle et financière ainsi que la manière dont les variations du taux cible se transmettent à l'économie. Il nous faut approfondir notre réflexion concernant les instruments de politique monétaire non traditionnels et en évaluer l'efficacité lorsque le taux directeur se situe à sa valeur plancher. Et pour promouvoir la stabilité financière, nous devons favoriser l'élaboration et l'utilisation des outils macroprudentiels, et particulièrement les outils contracycliques, de manière à tenir compte des périodes d'exubérance financière et de pessimisme.

La question qui continue de se poser toutefois est de savoir comment les banques centrales devraient réagir face aux mouvements des prix des actifs, en raison des conséquences de ceux-ci tant sur l'inflation que sur la stabilité financière. L'expérience montre que la hausse et l'effondrement des prix des maisons influent sur la demande globale et qu'ils ont joué un rôle particulièrement important, ayant été à l'origine d'épisodes d'instabilité financière. Au Canada, les prix du logement entrent directement dans le calcul de l'IPC. La Banque du Canada suit de près l'évolution de ces prix et en tient compte dans son processus décisionnel consistant à établir le niveau du taux cible du financement à un jour de façon à atteindre le taux d'inflation visé.

Dans un document d'information que nous avons publié en 2006, nous avions indiqué que la banque centrale devrait concentrer ses efforts sur les conséquences que peuvent avoir des perturbations économiques, comme des chocs de prix des actifs, sur l'inflation et la production et continuer d'y réagir de manière compatible avec la réalisation de notre cible d'inflation. Nous avions aussi dit qu'il était « possible cependant que les autorités monétaires doivent faire preuve d'une certaine souplesse en ce qui concerne le délai nécessaire pour l'atteinte de cet objectif » 8. Cela pourrait supposer un prolongement de la période normalement considérée pour atteindre la cible d'inflation par suite d'un choc de prix des actifs en échange d'une stabilité accrue, à un horizon un peu plus long, sur les plans économique et financier ainsi que sur le plan de l'inflation. Le défi consisterait à se forger un jugement, une démarche d'autant plus délicate pour une économie ouverte telle que la nôtre lorsque le choc de prix des actifs vient de l'extérieur. Ici, notre taux de change souple serait utile, en remplissant sa fonction habituelle, et importante, d'amortisseur.

La façon dont les banques centrales devraient réagir aux variations des prix des actifs retient fortement l'attention, compte tenu de ce que nous venons de vivre ces deux dernières années 9. Il faudrait discuter et débattre davantage de ces questions à la lumière de cette expérience et des conclusions des travaux de recherche 10.

Questions liées aux politiques publiques au sens large ainsi qu'à l'économie

Permettez-moi maintenant de parler de politiques publiques dans un sens plus large ainsi que d'économie. J'aimerais aborder brièvement deux éléments relatifs aux politiques publiques, puisqu'ils font tous deux l'objet d'une plus grande attention par suite de la crise financière mondiale. Le premier est l'importance des politiques qui favorisent la souplesse et l'innovation dans les secteurs d'activité. Comme nous l'avons souvent vu, et plus récemment durant la crise, un grand nombre de chocs négatifs qui frappent l'économie canadienne viennent d'ailleurs. Nous devons être capables de nous adapter lorsque de tels événements se produisent. Des politiques macroéconomiques et financières robustes sont cruciales, mais nous avons également besoin de politiques qui permettent de transférer de façon efficiente les ressources d'un secteur à l'autre et qui incitent les entreprises à faire preuve de souplesse et à développer de nouveaux produits et marchés à mesure que la demande mondiale évolue.

Le second élément est lié à l'importance du déplacement de la demande mondiale dans la résorption des déséquilibres des balances courantes à l'échelle internationale. Fondamentalement, cela signifie qu'au cours des prochaines années, la croissance économique aux États-Unis devra provenir davantage des exportations nettes et que la croissance en Chine devra reposer plus sur la demande intérieure. Les États-Unis vont demeurer le principal partenaire commercial du Canada, mais nous devons de plus en plus songer à exporter nos produits dans d'autres marchés, en dehors de l'Amérique du Nord. Ici, je ne fais pas référence seulement à la Chine et aux produits de base. Le Canada jouit d'un avantage comparatif dans bien d'autres domaines – les communications, les transports (terrestres et aériens), la formation et les services financiers, pour n'en nommer que quelques-uns – et nous devons les exploiter.

Pour ce qui est de l'économie, on observe de plus en plus de signes que l'activité a commencé à se redresser dans de nombreux pays par suite des mesures de relance substantielles qui ont été prises. Toutefois, comme je l'ai mentionné plus tôt, la reprise devrait être lente étant donné l'ampleur de la remise en état du système financier qui s'impose.

Au Canada, la croissance a repris, soutenue par l'adoption de politiques monétaire et budgétaires expansionnistes, l'efficacité de notre système financier, la situation financière relativement bonne des Canadiens, le renchérissement des produits de base et le regain de confiance chez les entreprises et les ménages. Comme nous l'avons signalé dans notre communiqué de septembre au sujet du taux directeur, la progression du PIB sera probablement plus vigoureuse pendant le deuxième semestre de 2009 que la Banque ne le prévoyait en juillet dans son Rapport sur la politique monétaire. Il semblerait toutefois que cette vigueur soit attribuable en partie aux effets de facteurs temporaires tels que l'incidence du programme américain de « prime à la casse » sur la production automobile au Canada. Dans ce communiqué, nous avons indiqué de nouveau que, sous réserve des perspectives concernant l'inflation, le taux cible du financement à un jour devrait demeurer au niveau actuel jusqu'à la fin du deuxième trimestre de 2010 afin que la cible d'inflation puisse être atteinte.

Globalement, les facteurs à l'oeuvre sur la scène nationale s'observent dans l'évolution récente de l'économie de la Colombie-Britannique. Ici, comme ailleurs, l'activité semble reprendre après une année très difficile dans presque tous les secteurs économiques de la province. La construction résidentielle et la demande de logements existants s'améliorent, comme en fait foi la hausse spectaculaire enregistrée sur le marché de la revente, attribuable aux effets stimulants exercés par la baisse des taux hypothécaires et des prix de vente ainsi que par un raffermissement de la confiance des consommateurs. Même si les projets liés aux Jeux olympiques d'hiver de 2010 sont terminés, on s'attend à ce que d'importantes dépenses publiques dans les transports et d'autres projets d'infrastructure contribueront à la croissance cette année et en 2010. L'augmentation des prix des produits de base constitue un autre facteur positif. Cependant, les marchés d'exportation demeurent faibles, surtout celui des États-Unis, et ils ne devraient se redresser que progressivement.

Dans l'ensemble, conformément aux projections que nous avons faites en juillet, nous estimons que la croissance économique sera positive en Colombie-Britannique l'an prochain. L'activité sera notamment stimulée par les Jeux olympiques et paralympiques d'hiver; par ailleurs, les résultats de l'enquête sur les perspectives des entreprises menée par la Banque confirment cette opinion. De façon plus générale, la reprise complète en Colombie-Britannique dans les mois à venir sera favorisée de plus en plus par la poursuite de l'accroissement du niveau de confiance des entreprises et des consommateurs et par la croissance alimentée par le secteur privé.

Pour ce qui est des perspectives concernant l'inflation, nous nous attendons à ce que l'inflation regagne la cible de 2 % au deuxième trimestre de 2011, mais des risques tant à la hausse qu'à la baisse entourent cette projection. Parmi les risques à la hausse, mentionnons un rétablissement plus rapide que prévu de la confiance des ménages et des entreprises et une nouvelle amélioration de nos termes de l'échange. Du côté des risques à la baisse, qui sont liés pour l'essentiel à des facteurs extérieurs, notons des obstacles associés à la réparation en cours du système financier mondial ainsi qu'une atonie plus durable de la demande privée étrangère. Toutes choses égales par ailleurs, une vigueur persistante du dollar canadien réduirait aussi la croissance réelle et retarderait le retour de l'inflation à la cible visée.

La Banque évaluera la résultante des risques entourant l'inflation dans sa prochaine livraison du Rapport sur la politique monétaire, qu'elle publiera dans deux semaines à compter d'aujourd'hui. Même si le taux directeur se situe à sa valeur plancher, la Banque conserve une flexibilité considérable dans la conduite de la politique monétaire.

Conclusion

La Grande Récession nous a appris beaucoup de choses et a confirmé l'importance de la coopération internationale, à laquelle le Canada peut grandement contribuer. Nous avons également constaté, durant les perturbations survenues ces deux dernières années, que nos cadres de politique nous avaient bien servis. Toutefois, nous devons améliorer notre capacité à relever les défis à venir. La Banque doit notamment consolider les cadres de politique dont elle se sert pour promouvoir tant la stabilité des prix que la stabilité financière. Ce travail est déjà bien avancé à la Banque et à l'étranger.

La Grande Récession a aussi attiré l'attention sur l'importance des politiques qui favorisent la souplesse sur le plan économique ainsi que l'innovation dans les secteurs d'activité. Elle nous a montré, encore une fois, à quel point les chocs négatifs qui frappent l'économie canadienne viennent souvent de l'extérieur et, par conséquent, pourquoi il est essentiel de continuer d'élaborer des politiques qui facilitent une adaptation rapide aux changements extérieurs. En tant que nation, nous avons pris d'importantes mesures dans cette direction. L'économie de la Colombie-Britannique, qui a fait l'objet d'une restructuration considérable ces dernières années, en est un parfait exemple. Nous ne pouvons pas maintenant ralentir le rythme.

Enfin, ce que nous avons vécu ces deux dernières années a permis de mettre clairement en évidence les mutations profondes à l'échelle mondiale qui ont commencé il y a plus de dix ans. Compte tenu de nos avantages comparatifs, ce phénomène nous offre de nombreuses occasions, des occasions que nous ne pouvons nous permettre de laisser passer.

Merci de votre attention. Je serai maintenant heureux de répondre à vos questions.