Le dispositif d'adéquation des fonds propres de Bâle joue un rôle important dans la gestion des risques, car il lie les exigences minimales de fonds propres d'une banque au degré de risque de ses actifs. Toutefois, les estimations des risques qui sous-tendent ces calculs peuvent être imparfaites, et il semble qu'un biais cyclique dans les mesures des fonds propres corrigées pour tenir compte des risques ait contribué à l'augmentation procyclique du levier financier dans le monde avant la récente crise financière. C'est pourquoi des discussions ont lieu à l'échelle internationale sur la possibilité d'adopter un ratio de levier financier non pondéré pour complémenter les exigences actuelles d'adéquation des fonds propres qui sont pondérées en fonction des risques. Les banques canadiennes offrent un exemple utile à cet égard puisque leur ratio de levier financier non pondéré est assujetti à un plafond réglementaire depuis le début des années 1980. Les auteurs passent en revue certaines leçons tirées de l'expérience du Canada en matière de limitation du levier financier et livrent une analyse empirique de l'incidence de telles contraintes sur la gestion du levier financier dans les banques. Contrairement à ce qui a été observé dans plusieurs pays qui n'imposent aucune limite réglementaire, le levier financier des grandes banques canadiennes a été relativement stable avant la crise, ce qui a atténué les pressions pour le réduire au cours de la récession. Les résultats empiriques donnent à penser que les grandes banques du pays gèrent leur levier financier selon des stratégies différentes. Certaines ont tendance à hausser leur marge de précaution rapidement en freinant considérablement la croissance de leurs actifs et en accélérant celle de leurs fonds propres lorsqu'un choc pousse leur levier financier trop près de la limite autorisée. Pour d'autres banques, les chocs ont des effets plus persistants sur leur levier financier, peut-être parce qu'elles tendent à maintenir des marges plus élevées en moyenne. Dans l'ensemble, les résultats obtenus par les auteurs semblent indiquer qu'un plafonnement du levier financier apporterait un complément utile aux mesures pondérées au regard des risques et atténuerait les tendances procycliques dans le système financier.