Quelles sont les particularités de la monnaie électronique qui la distinguent de l’argent comptant? Celle-ci favorise-t-elle nécessairement le bien-être? Les systèmes d’émission de la monnaie électronique sont-ils forcément stables? Quel est le moyen optimal de concevoir un système d’émission efficient et stable? La présente étude constitue une première tentative en vue d’élaborer un modèle dynamique d’équilibre général de la monnaie électronique reposant sur des fondements microéconomiques qui permet d’aborder ces questions. Nous établissons d’abord une liste d’avantages propres à la monnaie électronique qui aident à atténuer les éléments de friction relatifs à l’acquisition d’information et à accroître le bien-être collectif dans une économie monétaire. Nous construisons ensuite un modèle, qui comporte des frictions accompagnant les échanges et des plateformes bilatérales, et utilisons ce modèle pour comparer deux systèmes d’émission potentiels de la monnaie électronique : 1) émission par une autorité publique et adoption décentralisée; 2) émission par un monopoleur privé. Nous montrons que, de manière générale, ces deux types d’émission sont inefficients et nous définissons le mécanisme d’incitation optimal en déterminant quatre sources possibles d’inefficience : les pouvoirs de marché lors de l’échange de biens, l’externalité de réseau, les contraintes de liquidité et la distorsion provoquée par la position monopolistique de l’émetteur. Nous montrons que l’effet de la monnaie électronique sur le bien-être dépend essentiellement du fait que l’argent comptant représente un moyen de paiement concurrent viable. Dans le cas contraire (p. ex., coût d’utilisation prohibitif de l’argent pour les paiements en ligne), l’adoption de la monnaie électronique améliore toujours le bien-être, mais ne le maximise pas pour autant. Cependant, lorsque l’argent comptant est une solution de rechange viable (p. ex., au café), le recours à la monnaie électronique peut parfois réduire le bien-être collectif. En outre, un système basé sur un émetteur public et une adoption décentralisée est intrinsèquement instable, alors qu’un planificateur ou un émetteur privé peut élaborer un régime de prix afin de rétablir la stabilité. Enfin, nous étudions une troisième possibilité : un régime hypothétique prévoyant une émission publique par l’entremise d’une plateforme privée. Nous comparons également l’incidence de divers modes d’émission sur les recettes de seigneuriage des banques centrales. On ne peut garantir que ce régime améliorera l’efficience, mais il est certain qu’il accroîtra les recettes de seigneuriage, même s’il peut exister de meilleures options pour les pouvoirs publics, comme l’imposition de réserves obligatoires de liquidités ou de droits de licence.