Bonjour. Je suis ravi de tenir cette conférence de presse avec Carolyn Wilkins. Carolyn assume la fonction de première sous-gouverneure de la Banque du Canada depuis le 2 mai dernier. Nous sommes heureux d’être ici parmi vous aujourd’hui pour la première conférence de presse donnée à l’occasion de la parution de la Revue du système financier (RSF). La Banque a publié la livraison de juin ce matin.

Une partie importante du travail de la Banque consiste à promouvoir la stabilité et l’efficience du système financier. Pour ce faire, elle offre des facilités de trésorerie et de prêt de dernier ressort, elle exerce une surveillance des principaux systèmes de compensation et de règlement au pays et elle collabore avec diverses autorités nationales et internationales à l’élaboration et à la mise en œuvre de politiques publiques. 

Nos recherches et nos analyses liées à la stabilité financière sont cruciales à cet égard. La RSF, notre publication phare depuis 2002, a pour objet de promouvoir un débat public éclairé sur tous les aspects du système financier. La conférence de presse de ce matin est le prolongement de cet effort. J’aimerais qu’à la fin de la matinée, vous ayez une compréhension solide de l’évaluation faite par la Banque de la stabilité financière au Canada et une bonne idée de la complexité de notre analyse et, surtout, de la façon dont ce travail s’inscrit dans l’approche de la Banque en matière de politiques.

Permettez-moi de mettre les choses en contexte. Au cours des deux décennies qui ont précédé la crise financière mondiale, un consensus s’est créé selon lequel le maintien de l’inflation à un niveau bas, stable et prévisible représentait la meilleure contribution que la politique monétaire puisse apporter à la prospérité financière des Canadiens.   

Notre régime de ciblage de l’inflation a toujours comporté une certaine souplesse et les enjeux touchant la stabilité financière ont toujours fait partie des débats. Cependant, la crise a cristallisé l’opinion selon laquelle la stabilité financière et les perspectives au sujet de la croissance économique et de l’inflation sont étroitement liées. Par conséquent, la Banque du Canada, tout comme de nombreuses banques centrales, réexamine la manière de mieux intégrer les objectifs en matière de stabilité financière et de politique monétaire.

L’évaluation de la stabilité financière devient plus rigoureuse et suit maintenant un processus d’analyse plus structuré, éclairé par des modèles, de meilleures données et un dialogue plus riche. Les jugements au sujet des risques pesant sur le système financier sont ainsi mieux étayés.

Dans la présente livraison de la RSF, nous avons introduit un cadre d’évaluation des risques amélioré qui identifie explicitement les vulnérabilités sous-jacentes au Canada, à savoir les conditions préexistantes susceptibles d’amplifier les chocs et de les propager à l’ensemble du système canadien, quelle que soit leur origine.

Voilà qui prépare le terrain pour l’évaluation des risques, c’est-à-dire des événements qui, s’ils survenaient, pourraient compromettre la capacité du système financier de remplir ses fonctions essentielles. De tels risques se matérialisent lorsque des événements déclencheurs interagissent avec les vulnérabilités et provoquent des tensions dans notre système financier.

Ce niveau d’analyse nous permet d’aborder nos préoccupations concernant la stabilité financière de façon plus complète. Il est clair qu’on ne peut pas littéralement additionner ces divers risques pour estimer un niveau global de risque. Quoi qu’il en soit, après avoir soupesé les risques planant sur la stabilité financière au moyen de notre cadre d’évaluation amélioré, et après avoir formé notre propre jugement, nous sommes aussi à l’aise, en tant que décideurs publics, que nous l’étions il y a six mois.

La séparation claire de la cause et de l’effet - les vulnérabilités et les risques - permet une évaluation plus juste des risques pesant sur la stabilité économique et la stabilité financière. Elle nous offre la possibilité d’examiner l’une et l’autre conjointement lors de nos discussions sur la politique à mener. C’est pourquoi notre évaluation des risques entourant le système financier est si utile. Et c’est pourquoi nous sommes ici avec vous aujourd’hui.

Avant que Carolyn et moi répondions à vos questions, j’aimerais vous présenter les faits saillants de la RSF parue aujourd’hui.

Les deux principales vulnérabilités concernent le secteur des ménages. La première a trait aux déséquilibres présents dans le marché du logement au Canada. Nous anticipons encore un atterrissage en douceur. Cependant, le niveau élevé des prix et certains signes de surconstruction pourraient exposer le système financier à une correction marquée des prix des maisons, qui est l’un des risques que nous avons identifiés.

La deuxième est le niveau élevé d’endettement des ménages canadiens, qui les rend vulnérables à un choc de chômage ou à une hausse abrupte des taux d’intérêt.

La troisième vulnérabilité est liée à notre exposition à des chocs externes potentiels considérables, comme en témoigne l’importance des prix mondiaux des produits de base pour notre économie et notre système financier.

Les risques sont examinés dans le contexte de ces vulnérabilités. Le plus important risque intérieur est, comme je l’ai mentionné, une correction marquée des prix des maisons. La probabilité de matérialisation de ce risque est faible, compte tenu du raffermissement attendu de la reprise à l’échelle mondiale et nationale. Cependant, si cette correction devait survenir, elle aurait de graves conséquences pour l’économie et le système financier.

Nous nous concentrons aussi sur trois autres risques majeurs :

  • une hausse abrupte des taux d’intérêt à long terme,
  • des tensions provenant de Chine et d’autres pays émergents, et
  • des tensions financières émanant de la zone euro.

Avant de vous donner la parole, il est important de souligner que le système financier canadien demeure robuste. Il maintiendra sa bonne tenue au fil de l’application, à l’échelle nationale et mondiale, des mesures stratégiques découlant du programme du G20 sur la réforme de la réglementation financière.

Sur ce, Carolyn et moi serons heureux de répondre à vos questions.