Les bourses ralentissent volontairement les flux d’exécution des ordres en y introduisant des délais de traitement ou « ralentisseurs ». Les partisans de ce mécanisme avancent que celui-ci protège les teneurs de marché contre l’arbitrage de place pratiqué par les opérateurs à haute fréquence; leurs détracteurs, eux, font valoir que ces délais favorisent l’effacement des cours (quote fading) auquel les teneurs de marché peuvent se livrer. Nous construisons un modèle faisant intervenir sur un marché fragmenté des opérateurs informés avec, d’un côté, une bourse où l’on gère un carnet d’ordres conventionnel et, de l’autre, une bourse qui introduit des délais dans le traitement des ordres de marché. Nous montrons que les investisseurs informés se tournent vers la bourse conventionnelle, ce qui a pour effet de creuser les écarts acheteur-vendeur, alors que ces écarts se rétrécissent sur la bourse où des délais de traitement sont introduits. L’impact de ce phénomène sur la qualité d’ensemble du marché dépend de la concentration relative de spéculateurs qui pourraient accéder à une meilleure information. Si les spéculateurs sont peu nombreux par rapport au nombre d’opérateurs en quête de liquidité, le bien-être global diminue; il augmente lorsque les spéculateurs sont relativement plus nombreux.