Il peut être difficile pour les banques centrales de concilier leur point de vue sur l’économie avec les signaux envoyés par les marchés financiers, mais le jeu en vaut la chandelle, a déclaré le gouverneur de la Banque du Canada, M. Stephen S. Poloz, dans un discours prononcé aujourd’hui.

Le temps parvient souvent à réduire l’écart entre l’évolution des marchés financiers et les prévisions économiques d’une banque centrale, puisque les données économiques sont disponibles après un certain délai alors que les marchés réagissent en temps réel, a indiqué le gouverneur devant la Chambre de commerce Canada–Royaume-Uni. « Étant donné que les prix des marchés sont établis à partir de la discipline dont il faut faire preuve quand on met en jeu de l’argent véritable, une banque centrale qui n’en tient pas compte le fait à ses propres risques. »

Le gouverneur a souligné que le principal signal émanant des marchés financiers à l’heure actuelle est l’inversion de la tendance baissière prolongée des rendements des obligations à long terme. Selon lui, « la décennie d’interventions massives en matière de politique monétaire a finalement permis d’éliminer le risque de déflation. La hausse des rendements obligataires pourrait annoncer le retour d’un marché biface. Les investisseurs ne s’attendent donc plus à ce que des mesures exceptionnelles maintiennent les rendements à un bas niveau. »

Une remontée des rendements sur les marchés obligataires aura une incidence sur les autres marchés, y compris celui des actions. Si les investisseurs commencent à actualiser les bénéfices attendus en fonction des taux d’intérêt plus élevés, le prix qu’ils sont disposés à payer pour un titre donné baissera, selon M. Poloz. Alors que l’économie mondiale traverse une période de transition au cours de laquelle les banques centrales retirent les liquidités exceptionnelles qu’elles avaient injectées, on peut logiquement s’attendre à un certain recul des prix des actifs par rapport aux gains passés, et au retour de la volatilité à un niveau normal.

Le gouverneur a poursuivi en expliquant pourquoi les signaux des marchés financiers concordaient avec le point de vue de la Banque au sujet des risques pesant sur l’économie mondiale. Il a fait remarquer que l’écart de rendement des actions et des titres des sociétés les plus exposées au risque lié aux mesures commerciales internationales est supérieur à celui des autres secteurs.