Sous réserve de certaines limites, la politique monétaire s’est avérée un outil puissant pour maîtriser l’inflation et favoriser la prospérité économique du pays, a déclaré aujourd’hui le gouverneur de la Banque du Canada, M. Stephen S. Poloz.

Grâce au régime de ciblage de l’inflation, les cycles économiques se sont atténués, le taux de chômage est plus faible et l’économie canadienne s’ajuste plus rapidement aux chocs, a-t-il expliqué dans un discours prononcé devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. D’après le gouverneur Poloz, plus d’un quart de siècle de succès a « amené beaucoup de gens à conclure que le maintien de l’inflation à un niveau bas, stable et prévisible est la meilleure contribution possible de la politique monétaire à l’économie ».

Cependant, en raison de ses limites, la politique monétaire ne peut pas résoudre tous les problèmes économiques, a précisé le gouverneur. Le fait de disposer d’un seul outil et, par conséquent, de ne pas pouvoir utiliser les taux d’intérêt pour cibler plusieurs variables représente sa première limite. « En fin de compte, l’inflation est la seule cible de notre politique », a ajouté M. Poloz.

Deuxième limite de la politique monétaire : le fait que la maîtrise de l’inflation peut quand même mener à l’accumulation de dangereux déséquilibres économiques, comme l’endettement élevé des ménages. Le gouverneur a illustré ses propos en utilisant les modèles économiques de la Banque pour montrer que le maintien de taux d’intérêt bas aurait eu pour effet de stimuler inutilement l’économie. Si la Banque n’avait pas relevé les taux d’intérêt ces deux dernières années à mesure que s’achevait la reprise économique, l’inflation se situerait près de la limite supérieure de la fourchette cible et continuerait probablement de grimper. Devant cette perspective, il aurait fallu relever les taux d’intérêt vigoureusement. De plus, la dette des ménages aurait été plus élevée et les prix des logements auraient continué à monter rapidement.

D’après le gouverneur Poloz, le dosage des politiques monétaire, budgétaire et macroprudentielles joue un rôle important dans la gestion des vulnérabilités découlant des déséquilibres. « Dans certaines circonstances, en misant moins sur des taux d’intérêt bas pour ramener l’économie à bon port, on peut la rendre plus résiliente », a-t-il affirmé.

Les incertitudes liées à la conduite de la politique monétaire constituent la troisième limite. « Le fait est que, pour mener la politique monétaire, il faut une bonne dose de jugement », a fait valoir M. Poloz. À l’heure actuelle, l’effet combiné de la politique monétaire et des politiques macroprudentielles sur le marché du logement constitue une incertitude importante, selon le gouverneur. La Banque suivra donc de près les nouvelles données sur l’état du secteur du logement, tout en s’intéressant aux perspectives des investissements des entreprises et à l’évolution des politiques commerciales mondiales.

Les leçons tirées de l’expérience actuelle seront importantes pour la préparation de la Banque en vue du prochain renouvellement de son entente sur la cible de maîtrise de l’inflation avec le gouvernement, en 2021, a conclu le gouverneur.