Bonjour. Merci d’être parmi nous en cette belle journée d’été. Le gouverneur Poloz et moi sommes heureux d’être ici pour répondre à vos questions au sujet de l’annonce d’aujourd’hui concernant les taux d’intérêt et de notre Rapport sur la politique monétaire (RPM). Mais auparavant, permettez-moi de passer en revue l’évolution récente de l’économie canadienne, avant de vous donner un aperçu des délibérations du Conseil de direction.

L’économie canadienne se remet de la période difficile qu’elle a connue à la fin de 2018 et au début de 2019. En fait, les données économiques récentes nous ont amenés à revoir à la hausse notre projection pour le deuxième trimestre. C’est en grande partie à cause d’une forte hausse de la production de pétrole et d’un rebond survenu après les ralentissements liés aux conditions météo plus tôt cette année. Nous nous attendons maintenant à ce que la croissance de l’économie ralentisse cet été et se situe en moyenne près de celle de la production potentielle aux deuxième et troisième trimestres. En même temps, l’inflation demeure autour de 2 %.

Le fait que notre économie se redresse alors que celle des États-Unis ralentit semble être un cas de divergence, mais c’est en réalité un processus de convergence. En effet, les deux pays se trouvent à des points différents du cycle économique. Les États-Unis ralentissent pour passer à un rythme plus soutenable, tandis que le Canada remonte pour retourner à sa croissance tendancielle. Ici au pays, la croissance est soutenue par un taux directeur plus bas qu’au sud de la frontière. Dans la seconde moitié de l’année, les deux économies devraient avoir des taux de croissance comparables, chacune se rapprochant de son niveau d’activité potentiel.

Parallèlement, à l’échelle mondiale, l’escalade des conflits commerciaux et les tensions géopolitiques nuisent encore plus aux échanges commerciaux et aux investissements des entreprises que nous nous y attendions. Plusieurs grandes banques centrales ont déclaré qu’elles étaient prêtes à mener une politique monétaire plus expansionniste ou sont déjà intervenues. Dans ce contexte, les taux d’intérêt mondiaux ont chuté considérablement depuis avril, et le dollar canadien s’est raffermi.

Nous avons dit que nous portons une attention particulière aux dépenses des ménages canadiens et au secteur pétrolier. La consommation a rebondi et devrait continuer d’être soutenue par un marché du travail vigoureux. Depuis le début de l’année, l’emploi a connu une forte progression — le chômage reste près de son creux historique — et la croissance des salaires s’est renforcée. De plus, le marché de l’habitation évolue comme prévu à l’échelle nationale. Les ajustements à l’activité spéculative précédente et aux changements des conditions de financement du logement ont été difficiles sur certains marchés. On observe des signes que le marché de l’habitation s’améliore dans la région du Grand Toronto, tandis que les prix et l’activité s’ajustent encore dans le Grand Vancouver pour se situer à des niveaux plus soutenables, et que le marché de l’Alberta continue de s’adapter aux prix plus bas du pétrole. Par ailleurs, les taux d’intérêt sur les prêts hypothécaires à taux fixe de cinq ans ont baissé récemment pour s’établir à peu près aux niveaux d’il y a cinq ans, ce qui est important pour les gens qui achètent un nouveau logement ou qui renouvellent leur prêt hypothécaire. Cela conforte aussi notre point de vue selon lequel l’investissement résidentiel a recommencé à contribuer à la croissance.

Dans le secteur pétrolier et gazier, nous nous attendons à ce que les contraintes de transport du pétrole brut s’atténuent progressivement. L’expansion du réseau d’oléoducs Trans Mountain va donner à la capacité un coup de pouce bienvenu, même si le pipeline sera opérationnel au-delà de notre période de projection. Il y a aussi des évolutions positives dans le secteur de la production extracôtière de pétrole à Terre-Neuve-et-Labrador. Malgré cela, nous nous attendons à ce que dans l’ensemble les investissements dans ce secteur continuent à se contracter en 2019, avant de se stabiliser au cours des deux prochaines années. Au total, ces investissements auront ainsi subi, depuis 2017, une baisse de 20 %, qui vient s’ajouter à celle de 50 % enregistrée après le choc des prix du pétrole de 2014. Mais il convient de rappeler que la production pétrolière et gazière contribue encore chaque année environ 65 milliards de dollars à l’économie canadienne. De plus, les travaux de construction liés au projet Trans Mountain et au terminal de gaz naturel liquéfié en Colombie-Britannique vont faire augmenter les investissements des entreprises.

Bien que les données récentes sur les exportations canadiennes aient été encourageantes, le contexte commercial demeure le principal élément imprévisible dans nos perspectives. Le Conseil de direction a longuement discuté de l’évolution de cette situation. Depuis la parution de notre RPM d’avril, les droits de douane que les États-Unis avaient imposés sur l’aluminium et l’acier, ainsi que les contre-mesures adoptées par le Canada, ont été levés. Et il y a eu des progrès en vue de la ratification de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique. Ce sont de bonnes nouvelles. Par contre, les mesures prises par la Chine à l’encontre de certains produits agricoles canadiens et le fait que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine se poursuit sont des facteurs manifestement négatifs.

Nous avons revu à la hausse notre estimation de l’incidence que les mesures commerciales et l’incertitude qu’elles créent ont sur l’économie, tant à l’échelle mondiale qu’au pays. Pour ce qui est du Canada, nous nous attendons encore à ce que les exportations augmentent au cours des deux prochaines années, mais nous prévoyons qu’elles seront environ 1½ % plus basses qu’elles l’auraient été sans l’incertitude entourant les échanges commerciaux. Nous avons aussi revu à la baisse le niveau des investissements de 3 % en 2021 pour la même raison. Néanmoins, nous nous attendons encore à ce que les investissements à l’extérieur du secteur pétrolier et gazier s’accroissent. Les entreprises partout au Canada nous disent qu’elles projettent d’investir pour améliorer leur compétitivité ou répondre à la demande visant leurs produits. Voici ce qu’il faut retenir : si on tient compte de leur incidence sur l’économie mondiale et les prix des produits de base, les conflits commerciaux et l’incertitude devraient réduire le niveau du PIB canadien de pas moins de 2 % à la fin de 2021.

Nous disons depuis un bon moment que les risques que la guerre commerciale fait peser sur la production et l’inflation sont orientés aussi bien à la hausse qu’à la baisse. Avec la situation qui persiste, deux questions prennent une importance cruciale. Il s’agit de savoir, d’une part, si ces risques sont équilibrés et, d’autre part, quelles sont les conséquences pour la politique monétaire.

Les membres du personnel de la Banque ont fait un excellent travail pour éclairer notre discussion, et le résultat se trouve dans l’encadré 2 du RPM. Ils ont analysé deux scénarios que l’on peut considérer comme extrêmes : un scénario défavorable dans lequel les conflits commerciaux s’intensifient considérablement, et un scénario favorable dans lequel ils sont résolus. Ils ont supposé que les politiques budgétaire et monétaire demeuraient inchangées afin que les effets économiques soient plus visibles.

Les résultats sont clairs. L’effet sur la croissance, tant à l’échelle mondiale qu’au Canada, est beaucoup plus important dans le scénario défavorable que dans le favorable. Cela fait ressortir l’ampleur de ce que nous avons tous à perdre si la guerre commerciale s’intensifie.

Quant à l’inflation, elle augmente en fait dans le scénario défavorable, alors même que l’économie s’affaiblit. C’est parce qu’une véritable guerre commerciale se répercuterait sur l’offre. La structure des échanges commerciaux et les chaînes de valeur mondiales seraient gravement perturbées. La productivité et le potentiel économique diminueraient. Notre niveau de vie serait menacé.

En même temps, le ralentissement de la croissance mondiale dans ce scénario fait diminuer les prix des produits de base et entraîne une chute marquée du dollar canadien. La dépréciation de notre monnaie aiderait à limiter le recul des exportations, mais elle exercerait aussi une pression forte et persistante à la hausse sur les prix, tout comme les effets directs des droits de douane. De toute évidence, la politique monétaire ne pourrait pas absorber simultanément les effets sur la croissance et contenir l’inflation. Les banques centrales des économies avancées n’ont pas eu à faire face à ce genre d’arbitrage depuis les années 1970.

Évidemment, pendant ses délibérations, le Conseil de direction a aussi discuté de la mission première de la Banque : la maîtrise de l’inflation. Nos mesures de l’inflation fondamentale se sont situées en moyenne près de 2 % au cours des derniers trimestres. L’inflation globale devrait baisser momentanément dans les prochains mois en raison de la dynamique des prix de l’essence et d’autres facteurs temporaires. Elle devrait retourner durablement à la cible vers le milieu de 2020, à mesure que les capacités excédentaires au sein de l’économie se résorberont et que ces effets temporaires diminueront.

En résumé, la croissance de l’économie canadienne est en train de retourner à son potentiel. Cependant, les perspectives sont brouillées par les tensions commerciales persistantes. Compte tenu de ces éléments, le degré de détente monétaire qu’offre le taux directeur actuel demeure approprié. Le Conseil de direction continuera de suivre les nouvelles données, et portera une attention particulière à l’évolution du secteur de l’énergie et à l’incidence des conflits commerciaux sur les perspectives de croissance et d’inflation au Canada.

En terminant, j’aimerais dire quelques mots au sujet de la sous-gouverneure Lynn Patterson, qui quittera la Banque du Canada la semaine prochaine pour prendre sa retraite. La contribution qu’elle a apportée à la Banque, et au Canada, ces six dernières années est exceptionnelle, et ce, dans des domaines aussi variés que les marchés financiers, les paiements et la politique monétaire. Il sera difficile de l’égaler.

Sur ce, le gouverneur Poloz et moi serons heureux de répondre à vos questions.