Ten isn’t large! Group size and coordination in a large-scale experiment

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En général, les activités économiques supposent la coordination d’un grand nombre d’agents. Chacun doit anticiper les décisions des autres avant de prendre les siennes. Or, une anticipation défavorable de ce que vont faire les autres peut suffire à ce que l’issue de leurs décisions soit aussi défavorable. Cette situation n’est pas rare : les paniques bancaires, les retraits massifs de liquidités sur les marchés financiers et les attaques contre la monnaie peuvent être déclenchés du simple fait que les déposants et les investisseurs estiment que les autres iront dans cette direction. Les conséquences d’une mauvaise coordination s’aggravent encore plus quand les agents fondent leurs décisions sur des informations non fondamentales, c’est-à-dire qui ne contribuent pas à une évaluation financière objective des actifs.

Ce genre de problème de coordination n’a été étudié qu’à l’aide de petits groupes, car en théorie, la taille du groupe (deux agents ou plus) n’aurait pas d’incidence. Dans la présente étude, nous contestons cette idée et comparons la coordination au sein de petits groupes de 10 agents et de gros groupes de plus de 80 agents, lesquels pourraient donner une bonne idée de ce qui se passe dans le monde réel, que les acteurs soient des marchés ou des organisations. Nous employons un jeu modélisant une panique bancaire dans lequel interviennent des informations non fondamentales, dont les agents peuvent tenir compte pour décider s’ils retireront leurs actifs de leur banque, au risque de provoquer des retraits massifs s’ils s’y prennent tous en même temps.

Nos résultats montrent que le comportement des petits groupes ne dit rien sur celui des groupes bien plus nombreux lorsque les agents font face à une grande incertitude quant aux actions de leurs pairs. Au sein des petits groupes, les agents se coordonnent pour une multitude de facteurs, notamment l’option optimale et la prise en compte des informations non fondamentales. Par contraste, dans les grands groupes, les agents vont systématiquement aller vers l’option la plus sûre – qui n’est pas nécessairement optimale – et ignorer les informations non fondamentales. Cette constatation remet en question l’importance des fluctuations engendrées seulement par des informations non fondamentales dans les modèles théoriques. Nos résultats ont des implications autant sur le plan théorique que sur le plan expérimental.