Enquête sur les attentes des consommateurs au Canada — Quatrième trimestre de 2021

Résultats de l’enquête du 4e trimestre | Vol. 2.4 | 17 janvier 2022

La présente enquête a été menée en novembre 2021, soit avant que le variant omicron commence à se propager au Canada1. En décembre, le nombre de cas de COVID‑19 a augmenté de façon spectaculaire et les gouvernements ont commencé à réintroduire des mesures sanitaires.

Vue d’ensemble

  • Beaucoup de Canadiens pensent que l’inflation sera élevée au cours des deux prochaines années en raison des problèmes d’approvisionnement causés par la pandémie. L’inflation les préoccupe davantage aujourd’hui qu’avant la pandémie, et ils pensent qu’elle est maintenant plus difficile à maîtriser.
  • Les attentes d’inflation à court terme ne se répercutent pas sur celles à long terme, ce qui donne à penser que les attentes restent bien ancrées.
  • Les consommateurs s’attendent à de fortes hausses de prix à court terme, mais croient que la croissance de leur salaire demeurera sensiblement la même.
  • Signe de leur confiance dans la vigueur du marché du travail, les travailleurs sont plus que jamais susceptibles de vouloir changer d’emploi. Autre indice de la vigueur du marché du travail : la plupart des répondants ont affirmé travailler plus d’heures qu’ils ne le souhaitent. Les personnes issues des groupes marginalisés, quant à elles, veulent travailler plus d’heures qu’elles ne le font présentement.
  • Les consommateurs continuent de s’attendre à une forte croissance des dépenses. Toutefois, déjà avant l’apparition du variant omicron, ils avaient revu à la baisse leurs attentes concernant les dépenses dans les services en personne, comme les voyages.

L’inflation devrait rester élevée au cours des deux prochaines années, mais les attentes à long terme demeurent bien ancrées

Les attentes d’inflation des Canadiens à l’horizon d’un an et de deux ans ont atteint des sommets (graphique 1). Les répondants ont souvent associé les récentes augmentations de prix aux problèmes actuels touchant les chaînes d’approvisionnement qu’ils pensent voir persister jusqu’à la fin de la pandémie2. En outre, ils sont plus préoccupés par l’inflation qu’ils ne l’étaient avant la pandémie, car ils sentent maintenant l’effet des hausses de prix (graphique 2). Pendant les entrevues de suivi, ils ont dit remarquer que les hausses rapides de prix s’appliquent principalement aux biens essentiels courants comme la nourriture. Or il est difficile de se passer de denrées de base ou de les remplacer par des substituts.

Graphique 1 : Les attentes d’inflation ont augmenté pour tous les horizons

Nota : Ce graphique présente des valeurs médianes. Pour des précisions sur leur mode de calcul, voir le document intitulé Enquête sur les attentes des consommateurs au Canada – Vue d’ensemble, qui reprend également les questions de l’enquête. Les données de ce graphique sont aussi ventilées selon des caractéristiques démographiques.Dernière observation :

Graphique 2 : Les gens sont plus préoccupés par l’inflation qu’ils ne l’étaient avant la pandémie

CategoryValue
Plus préoccupé56,93 %
Moins préoccupé9,65 %
Même niveau de préoccupation29,64 %
Pas préoccupé3,78 %

Les consommateurs croient aussi qu’il est plus difficile pour les autorités publiques de maîtriser l’inflation à l’heure actuelle qu’avant la pandémie (graphique 3). Ils constatent que des facteurs externes sans précédent affectent la capacité des autorités à maîtriser l’inflation, dont :

  • la persistance de la pandémie et des problèmes connexes touchant les chaînes d’approvisionnement;
  • le manque de coordination internationale des efforts de vaccination;
  • la non-concordance actuelle des objectifs de la politique budgétaire et de la politique monétaire;
  • les changements climatiques.

Par rapport à la période d’avant la pandémie, l’inflation est maintenant la variable économique la plus importante, devant l’emploi, l’impôt et les taxes. Les consommateurs cherchent plus souvent des informations sur l’inflation qu’au début de 2021. Un nombre beaucoup plus élevé de répondants à l’enquête ont d’ailleurs dit avoir entendu de mauvaises nouvelles sur l’inflation.

Cela dit, la hausse des attentes d’inflation à court terme ne se répercute pas sur les attentes à long terme, ce qui donne à penser que les attentes d’inflation restent bien ancrées. Celles à l’horizon de cinq ans ont légèrement augmenté, mais demeurent sous leur moyenne d’avant la pandémie. En général, les répondants pensent que la Banque du Canada pourra atteindre sa cible d’inflation lorsque la pandémie sera terminée.

Graphique 3 : Les Canadiens pensent que l’inflation est maintenant plus difficile à maîtriser

CategoryValue
Plus difficile65,22 %
Moins difficile16,12 %
Aucun impact ou changement quant à la capacité à contrôler l’inflation18,66 %

Malgré des attentes d’inflation plus élevées, les travailleurs ne s’attendent pas à une croissance plus forte des salaires

Bien que les Canadiens anticipent d’importantes hausses de prix à court terme, les travailleurs, eux, pensent que les hausses salariales resteront modérées (graphique 4). Cela semble indiquer que les gens ne s’attendent pas à avoir des augmentations de salaire plus élevées du fait de la plus forte inflation.

Graphique 4 : Les travailleurs continuent de s’attendre à des augmentations de salaire modérées

* Par « salaire », on entend celui que les répondants tireraient de leur emploi, avant impôt et autres retenues, s’ils occupaient exactement le même poste et travaillaient le même nombre d’heures qu’au moment de l’enquête.
Nota : Ce graphique présente des valeurs médianes. Pour des précisions sur leur mode de calcul, voir le document intitulé Enquête sur les attentes des consommateurs au Canada – Vue d’ensemble, qui reprend également les questions de l’enquête. Les données de ce graphique sont aussi ventilées selon des caractéristiques démographiques.Dernière observation :

Plusieurs facteurs expliquent le rythme modéré des augmentations salariales anticipées :

  • La plupart des travailleurs ont indiqué que leur paie n’est pas ajustée en fonction de l’inflation (graphique 5).
  • Pendant les entrevues de suivi, les répondants ont déclaré voir peu de pressions à la hausse sur les salaires, car les employeurs continuent de subir les effets négatifs de la pandémie et de devoir composer avec les problèmes d’approvisionnement qui en découlent.
  • Au cours des derniers trimestres, les employés nouvellement embauchés, dont certains avaient peu d’expérience professionnelle, ont dit s’attendre à des augmentations salariales élevées (graphique 6). Ces attentes étaient en hausse par rapport aux trimestres précédents, ce qui cadre avec le resserrement du marché du travail. De leur côté, les employés avec plus d’ancienneté, et qui représentent la majeure partie de la main-d’œuvre, continuent de penser que ces augmentations seront modestes. Les travailleurs font encore état d’un pouvoir de négociation se situant à un niveau comparable à celui prépandémie.

Graphique 5 : Le salaire de la plupart des travailleurs n’est pas ajusté en fonction de l’inflation

CategoryValue
Oui, ajustement formel (au coût de la vie)17 %
Oui, ajustement informel17 %
Non66 %

Graphique 6 : Les nouveaux employés s’attendent à de plus fortes hausses salariales que ceux qui ont plus d’ancienneté

La probabilité que les travailleurs changent d’emploi a atteint un nouveau sommet

La probabilité que les travailleurs changent d’emploi a atteint un niveau record (graphique 7), ce qui illustre la confiance des Canadiens dans la vigueur du marché du travail. Cette probabilité accrue peut également résulter du déblocage de la demande refoulée pour un changement d’emploi chez certains travailleurs qui avaient choisi de conserver leur emploi actuel plus tôt au cours de la pandémie. D’autres pourraient aussi vouloir davantage changer d’emploi à ce moment-ci, sachant qu’un marché du travail plus vigoureux présente plus d’occasions en ce sens. En dépit de ces opinions positives, les attentes des travailleurs quant à la probabilité de perdre leur emploi demeurent supérieures à leurs niveaux prépandémiques.

Graphique 7 : L’opinion des travailleurs sur l’emploi laisse entrevoir un roulement de personnel plus élevé

Nota : Ce graphique présente des valeurs médianes. Pour des précisions sur leur mode de calcul, voir le document intitulé Enquête sur les attentes des consommateurs au Canada – Vue d’ensemble, qui reprend également les questions de l’enquête. Les données de ce graphique sont aussi ventilées selon des caractéristiques démographiques.Dernière observation :

Une autre mesure clé de la vigueur du marché du travail est l’écart entre le nombre moyen d’heures que les gens travaillent et celui qu’ils souhaitent travailler. La plupart des gens travaillent plus d’heures qu’ils ne le voudraient. C’est surtout le cas de ceux qui font plus de 40 heures par semaine (graphique 8). Cet écart est toutefois plus petit qu’il ne l’était avant la pandémie. Inversement, les membres des minorités visibles, les Autochtones et les personnes handicapées travaillent moins d’heures qu’ils ne le souhaitent. Cela semble indiquer qu’ils se trouvent dans une situation plus précaire que les autres travailleurs, causée en partie par le fait qu’ils travaillent peut-être involontairement à temps partiel.

Graphique 8 : Globalement, les gens travaillent plus d’heures qu’ils ne le voudraient

CategoryValue
Tous les travailleurs, 2019T43,09 heures
Tous les travailleurs, 2021T41,75 heures
Personnes handicapées, 2021T4-0,11 heures
Minorités visibles, 2021T4-0,40 heures
Autochtones, 2021T4-1,37 heures

Les consommateurs ont l’intention de dépenser beaucoup plus

Les consommateurs prévoient que la croissance de leurs dépenses demeurera robuste (graphique 9). Cela pourrait signaler leur intention d’utiliser leur surplus d’épargne : ils comptent en effet dépenser environ un tiers du surplus d’épargne accumulé durant la pandémie d’ici la fin de 2023. La forte croissance des intentions de dépenser pourrait aussi être liée au fait qu’ils anticipent d’autres hausses rapides de prix. Comme c’était le cas ces derniers trimestres, l’écart entre les dépenses prévues et la croissance du revenu est important. Afin de combler cet écart, il se peut que les consommateurs envisagent d’emprunter davantage ou de puiser dans leur épargne.

Graphique 9 : On prévoit des taux de croissance élevés des dépenses

* Le revenu du ménage englobe le revenu, toutes sources confondues, avant impôt et autres retenues.
Nota : Ce graphique présente des valeurs médianes. Pour des précisions sur leur mode de calcul, voir le document intitulé Enquête sur les attentes des consommateurs au Canada – Vue d’ensemble, qui reprend également les questions de l’enquête. Les données de ce graphique sont aussi ventilées selon des caractéristiques démographiques.Dernière observation :

Même avant que le variant omicron commence à se propager au pays, le retour aux habitudes de consommation prépandémiques semblait s’opérer plus lentement. Malgré une diminution au quatrième trimestre de 2021, la proportion de consommateurs s’attendant à dépenser davantage dans des services en personne, comme les repas au restaurant et les voyages, est demeurée positive (graphique 10). Cela pourrait indiquer que les dépenses dans ces services sont en voie de retrouver leurs niveaux habituels après une période de dépenses élevées qui a débuté quand certaines mesures visant à freiner la pandémie ont été levées à l’été. Par ailleurs, les répondants ont déclaré lors des entrevues de suivi qu’ils voyageraient moins, surtout à l’étranger. Ils ont pris cette décision en raison du manque de clarté entourant les restrictions liées à la COVID‑19 et des préoccupations causées par les changements fréquents à ce sujet.

Parallèlement, la proportion de répondants s’attendant à consommer davantage de biens – articles d’épicerie, ameublement, électroménager, voitures, etc. – a considérablement augmenté. Certains ont mentionné avoir réduit leur consommation de repas préparés au restaurant en raison des hausses de prix de ces établissements et indiqué qu’ils dépensent maintenant ces économies dans des articles d’épicerie.

Les problèmes d’approvisionnement, dont les retards d’expédition provoqués par les inondations en Colombie-Britannique, réduisent les choix qui s’offrent aux consommateurs. Pendant les entrevues, les répondants ont dit voir souvent des étagères vides à l’épicerie et, en général, un assortiment de produits plus restreint que d’habitude. Ils ont aussi affirmé avoir subi dernièrement des retards de livraison pour leurs achats en ligne, ce qui les pousse à magasiner localement plus fréquemment.

Graphique 10 : La croissance attendue des dépenses pour les services en personne a ralenti

* Différence entre le pourcentage des répondants indiquant une hausse de leurs dépenses et celui des répondants indiquant une baisse.

2021T32021T4
Frais de logement11,71 %30,08 %
Épicerie11,30 %24,07 %
Soins de santé et personnels7,98 %19,55 %
Vêtements et chaussures6,23 %6,23 %
Biens durables (voitures, électroménager, ameublement)-1,05 %4,91 %
Voyage et transport10,70 %6,21 %
Restaurants, cinéma, etc.15,63 %3,91 %

  1. 1. L’enquête sur les attentes des consommateurs au Canada recueille l’opinion des ménages au sujet de l’inflation, du marché du travail et de leur situation financière. L’enquête du quatrième trimestre de 2021 a été réalisée en ligne entre les 11 et 24 novembre 2021. Nielsen, entreprise spécialisée dans les études de marché, a mené des entrevues téléphoniques de suivi pour le compte de la Banque du Canada entre les 8 et 16 décembre 2021. Des précisions sur le questionnaire et les réponses obtenues sont présentées dans le site Web de la Banque du Canada. Les résultats de l’enquête constituent un condensé des opinions exprimées par les répondants et ne reflètent pas forcément le point de vue de la Banque du Canada.[]
  2. 2. Concernant le moment où la pandémie se terminera, les répondants ont très peu de certitudes. Bon nombre d’entre eux croient qu’elle prendra fin ou qu’elle se transformera en endémie dans les deux prochaines années, alors que d’autres pensent qu’elle pourrait durer encore plus longtemps.[]