L'encours de la dette intérieure des économies émergentes a sensiblement augmenté ces dernières années par rapport à celui de leur dette extérieure. De récents travaux empiriques tendent aussi à indiquer que les débiteurs souverains n'honorent pas leurs engagements à l'endroit de leurs créanciers nationaux de la même façon qu'envers leurs créanciers internationaux. Dans les modèles habituels de la dette souveraine, toutefois, les chercheurs s'attachent surtout à déterminer comment les actions des créanciers étrangers influent sur la décision des États de respecter ou non leurs obligations. En contraste avec cette approche unidimensionnelle, l'auteure inscrit son étude dans un nouveau courant théorique qui s'intéresse à la possibilité de défaillance à l'égard de la dette intérieure et à ses implications. Elle présente le modèle d'un pays à marché émergent dont le gouvernement peut choisir de ne pas assurer le service de sa dette intérieure ou extérieure. Selon ce modèle, l'aptitude inégale des créanciers résidents et non résidents à sanctionner l'État défaillant explique l'écart observé entre les coûts de défaut attendus pour le débiteur souverain et, par conséquent, la propension de ce dernier à privilégier l'une ou l'autre catégorie de ses créanciers. L'auteure tente d'évaluer si la différence de traitement à laquelle seraient soumis les créanciers influe sur la structure de la dette. Elle montre qu'un pays qui se caractérise par une production très variable, un risque souverain et des coûts de perception élevés des impôts préférera emprunter à la fois sur son propre marché et sur les marchés financiers internationaux. La répartition optimale des emprunts entre prêteurs résidents et non résidents peut donc être assimilée à la souscription par l'État d'une police d'assurance contre les chocs macroéconomiques susceptibles de frapper son budget.

Publication :

Review of International Economics (0965-7576)
Novembre 2010, vol. 18, no 5, p. 1058-1074