À l’aide de données détaillées sur les transactions relatives aux prêts, les auteurs examinent l’efficience du marché du financement interbancaire à un jour ainsi que le pouvoir de négociation de ses participants. L’analyse repose sur ce concept d’équilibre qu’est le coeur, qui impose un ensemble de conditions de non-arbitrage aux opérations du marché. L’étude montre que même si, au Canada, ce marché fonctionne de façon efficace, il se caractérise par un certain degré d’inefficience tout au long de la période considérée. Les variations du degré d’inefficience correspondent à des phases distinctes tant des opérations de la Banque du Canada que de la crise financière de 2007-2008, des injections accrues de liquidité ayant pour corollaire une plus grande inefficience. Les auteurs constatent par ailleurs que la balance du pouvoir de négociation a penché très nettement durant la crise du côté des institutions emprunteuses, en particulier du côté des emprunteurs à risque. Cela tend à confirmer une version nuancée d’une hypothèse bien connue, à savoir que l’État vole au secours des banques en difficulté lorsque celles-ci sont trop grosses ou trop complexes (too big to fail). Selon cette version, les participants auraient continué d’octroyer des prêts à taux favorables aux banques à risque, non du fait d’un soutien explicite des autorités à ces banques, mais surtout parce que cet octroi était dans l’intérêt collectif des prêteurs.