Les dix dernières années ont vu une nette augmentation des investissements directs canadiens à l’étranger et du chiffre d’affaires des filiales étrangères de multinationales canadiennes, particulièrement dans le secteur manufacturier et aux États-Unis. En dépit de la hausse de la demande étrangère survenue à la suite de la Grande Récession, les exportations canadiennes n’ont pas rebondi aussi fortement que les corrélations historiques le laissaient supposer. Dans cette étude, les auteurs cherchent à déterminer si la faiblesse des exportations observée récemment pourrait s’expliquer par le fait que les investissements effectués à l’étranger par les entreprises canadiennes au cours des dix dernières années étaient en partie destinés à remplacer leur capacité de production au Canada ainsi que leurs exportations. Ils tentent de répondre à cette question à partir d’une étude de cas en analysant le secteur des produits forestiers et celui de la fabrication de pièces automobiles. Ils examinent plus précisément l’évolution des opérations de quinze grandes sociétés canadiennes cotées en bourse, dominantes dans ces deux secteurs, pour la période allant de 2000 à 2013. Pour ce faire, ils procèdent à l’analyse croisée de trois sources d’informations : 1) les données tirées d’états financiers; 2) les annonces d’investissements à l’étranger; 3) les données macroéconomiques sur l’activité de filiales étrangères de sociétés canadiennes, leur attention portant sur les investissements réalisés aux États-Unis et au Mexique. Les auteurs constatent que durant la période retenue, les firmes de l’échantillon ont de plus en plus choisi d’investir à l’étranger, ce qui a provoqué une délocalisation accrue de leur production. Cette tendance est justifiée par la quête de nouveaux marchés et d’actifs stratégiques, ainsi que par les coûts relatifs des facteurs. Ce déplacement de la capacité de production pourrait, du moins pour les secteurs et la période visés, contribuer à expliquer la faible progression des exportations canadiennes de biens enregistrée ces dernières années, puisque les entreprises étudiées choisissent de plus en plus de répondre à la demande étrangère par l’intermédiaire de leurs filiales plutôt qu’exclusivement au moyen des exportations.