Les chocs peuvent, comme cela a été souvent observé, avoir une incidence asymétrique sur les régions d’une zone monétaire et provoquer des disparités entre les marchés du travail lorsqu’il n’y a pas de mobilité parfaite de la main-d’oeuvre : en témoignent par exemple les répercussions de la récession des années 2008-2009 et de la crise financière subséquente en Europe sur la dispersion des taux d’emploi dans la zone euro et, dans une moindre mesure, aux États-Unis. Ces écarts entre les marchés du travail régionaux peuvent persister, ce qui a généralement été le cas au Canada. De 1976 à 1997, la dispersion moyenne, en valeur absolue, entre le taux d’emploi d’une province donnée et celui du pays était de 5,5 points de pourcentage, soit une différence beaucoup plus élevée que l’écart correspondant aux États-Unis. Toutefois, depuis, cet indicateur a constamment baissé et, en 2015, il était comparable à celui des États-Unis. Malgré les retombées sur l’économie canadienne de la flambée des prix des produits de base durant les années 2003 à 2008 et 2010 à 2014, de la Grande Récession de 2008 et de la récente chute brutale des prix des produits de base, jamais depuis au moins 35 ans les marchés du travail provinciaux n’auront été si peu dissemblables au Canada. C’est principalement parmi les femmes et dans la tranche d’âge des 25 à 44 ans que l’on observe des réductions de la dispersion des taux d’emploi provinciaux au milieu des années 1990 et dans les années 2000. De plus, notre analyse laisse entrevoir que la diminution de la dispersion des taux d’emploi ne tient pas au redressement de la situation de l’emploi dans les régions du pays où elle était antérieurement mauvaise. Elle s’est surtout opérée du fait que la croissance des populations régionales est devenue progressivement plus sensible à la situation du marché du travail. Autrement dit, on assiste à une redistribution plus efficiente de la main-d’oeuvre vers les régions du pays où les marchés du travail sont le plus tendus au détriment de celles où l’offre est excédentaire. La dispersion des taux de chômage et d’activité a aussi diminué, accentuant le phénomène.