Rapport sur la politique monétaire – Déclaration préliminaire à la conférence de presse

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Bonjour. La première sous-gouverneure Wilkins et moi sommes ravis d’être ici pour répondre à vos questions au sujet de l’annonce d’aujourd’hui et du Rapport sur la politique monétaire (RPM). Mais d’abord, permettez-moi de faire quelques commentaires.

L’économie canadienne subit en ce moment une contraction marquée et rapide. Le choc est d’envergure mondiale et touche tous les pays, mais les pays producteurs de matières premières comme le Canada sont frappés deux fois. À très court terme, les décideurs publics ne peuvent pas faire beaucoup plus que d’amortir le coup.

Il est utile de souligner pourquoi les cibles d’inflation de la banque centrale sont aussi importantes, même pendant une période comme celle-ci. Les cibles d’inflation ont été mises en place partout dans le monde à une époque où la principale source d’inquiétude était une hausse de l’inflation. Aujourd’hui, la situation est très complexe. Cependant, le Conseil de direction a convenu que compte tenu de l’équilibre des forces, un affaiblissement de la demande et une baisse de l’inflation constituent la principale source de préoccupation. Dans la situation actuelle, les cibles d’inflation fournissent un point d’ancrage à l’économie – en particulier les attentes d’inflation – et un guide pour la conduite de la politique monétaire tout autant que par le passé. Pour maintenir l’inflation près de la cible, il faut prendre des mesures qui visent à stabiliser l’économie et à la ramener ensuite à sa pleine capacité. Si on ne le faisait pas maintenant, l’inflation se situerait durablement sous la cible.

Si l’inflation devait être sous la cible durant une période prolongée, la confiance dans ce point d’ancrage s’éroderait, et les décideurs publics auraient encore plus de difficultés à ramener l’économie à sa pleine capacité. Ces difficultés pourraient être particulièrement grandes si l’inflation devait descendre durablement sous zéro. Une inflation inférieure à zéro, ce qu’on appelle la « déflation », interagirait avec l’endettement existant d’une façon particulièrement indésirable. Plus précisément, une inflation négative augmenterait la valeur réelle des dettes à payer tout en diminuant la capacité des entreprises et des ménages à assurer le service de leur dette – une combinaison très épineuse pour le système financier.

Heureusement, le risque de déflation durable au Canada est bas, et ce, pour plusieurs raisons. Premièrement, les gouvernements ont réagi à la pandémie en prenant des mesures vigoureuses et élastiques qui vont étayer l’économie et préparer le terrain en vue de la reprise qui va suivre. C’est le cas surtout des subventions salariales, qui sont conçues pour maintenir le lien entre le travailleur et son employeur, ce qui va renforcer la confiance et faciliter la reprise. Deuxièmement, quand la pandémie a commencé, l’économie canadienne fonctionnait près de son potentiel et l’inflation était autour de la cible de 2 %. Tout comme une personne en bonne santé a plus de chances de venir à bout d’une infection à la COVID-19, une économie en bonne santé a plus de chances de se remettre rapidement d’un choc négatif majeur. Troisièmement, le Canada est parvenu avec beaucoup de succès à maintenir l’inflation près de la cible pendant plus de 25 ans. Par conséquent, les investisseurs, les entreprises et les ménages s’attendent à ce que la Banque agisse pour aider l’économie à revenir à sa pleine capacité et pour réaliser une inflation stable de 2 %. C’est exactement dans cette optique qu’il faut voir les mesures prises récemment par la Banque.

Au cours des dernières semaines, le Conseil de direction a abaissé trois fois le taux directeur pour l’établir à 0,25 %, ce qu’il considère comme étant sa valeur plancher. Ces interventions se fondaient sur une analyse des facteurs que nous pouvions mesurer immédiatement – principalement les retombées probables de l’effondrement des prix du pétrole sur l’économie, et les effets immédiats des mesures visant à contenir le nouveau coronavirus. Selon cette analyse préliminaire, ramener les taux jusqu’à la valeur plancher était la meilleure contribution que la Banque pouvait apporter pour stabiliser l’économie et compléter les efforts du gouvernement.

Pour l’avenir, les perspectives dépendent grandement de la durée des mesures de confinement et de la façon dont les ménages et les entreprises s’adaptent. Le Conseil de direction a convenu qu’en fournissant sa prévision complète habituelle, il offrirait une information faussement précise. Nous avons plutôt choisi de présenter deux scénarios indicatifs plausibles pour l’économie. L’un d’eux doit être considéré comme un scénario « optimiste » compte tenu de la situation actuelle, tandis que l’autre est beaucoup plus défavorable. Il y a beaucoup d’issues possibles entre ces deux scénarios, mais en se fondant sur la nouvelle analyse de la Banque, le Conseil de direction a conclu qu’un assouplissement monétaire considérable était nécessaire pour préparer le terrain en vue de la reprise économique qui va suivre la période de confinement.

Pour que les effets des mesures prises par la Banque se fassent sentir jusque sur les entreprises et les ménages et qu’ils favorisent une reprise robuste, il est essentiel que les marchés financiers fonctionnent bien. Au cours des derniers jours, les délibérations du Conseil de direction ont surtout porté sur les mesures supplémentaires que la Banque pourrait prendre pour atteindre cet objectif. Il y a eu une certaine amélioration du fonctionnement des marchés. Mais il reste des tensions importantes, et le Conseil de direction a reconnu que les besoins d’emprunt à court terme des gouvernements et du secteur privé pourraient bien présenter de nouveaux défis. Nous avons décidé d’augmenter la participation de la Banque aux adjudications de bons du Trésor du gouvernement pour la porter à 40 % de chaque nouvelle émission, et de souligner que notre programme d’achat d’au moins 5 milliards de dollars par semaine d’obligations du gouvernement du Canada sur le marché secondaire pouvait être accru en tout temps, si les conditions du marché le justifient. Le même argument s’applique aux marchés d’obligations provinciales, qui connaissent de grandes tensions – d’où notre décision de compléter notre programme d’achat de titres provinciaux sur les marchés monétaires en achetant aussi jusqu’à 50 milliards de dollars d’obligations provinciales.

Le Conseil de direction a également noté que le marché des obligations de sociétés continue de montrer des signes de tensions, bien que notre programme d’achat de papier commercial ait aidé. Le Conseil de direction a jugé que la présence de la Banque sur le marché secondaire des obligations de sociétés allégerait certaines de ces tensions, et a annoncé un programme d’achat de 10 milliards de dollars visant les sociétés emprunteuses de grande qualité. Par ailleurs, les grandes banques canadiennes sont confrontées à des coûts de financement à plus long terme relativement élevés sur le marché des obligations de sociétés. C’est un facteur qui fait peser une pression à la hausse sur certains taux hypothécaires à plus long terme, malgré la baisse de 150 points de base du taux directeur. C’est pourquoi le Conseil de direction a décidé d’allonger la durée de ses opérations hebdomadaires de prise en pension pour permettre un financement pouvant atteindre 24 mois. Cette mesure devrait améliorer les conditions de financement des grandes banques et, par le fait même, aider les entreprises et les ménages à bénéficier davantage de l’assouplissement monétaire.

Jusqu’ici, la Banque a accumulé plus de 200 milliards de dollars de nouveaux actifs – ce qui représente environ 10 % du PIB canadien en apport de liquidités à l’économie – et, par conséquent, le bilan de la Banque a augmenté d’à peu près le même montant. Cette situation est naturelle quand les participants aux marchés financiers et les entreprises cherchent à accroître leurs niveaux de liquidité, car c’est le rôle de la banque centrale de répondre à ces besoins. Si la Banque ne remplissait pas son rôle, la hausse des besoins de liquidité pourrait alors réduire la disponibilité du crédit, ce qui aurait des conséquences évidentes pour les gens et l’économie. Lorsque les tensions financières vont s’atténuer, à mesure que la pandémie suit son cours, ces besoins de liquidité supplémentaires vont se dissiper, et l’expansion du bilan de la Banque va pouvoir s’inverser avec le temps.

La Banque se tient prête à augmenter l’ampleur de ses programmes si les conditions du marché le justifient. Le Conseil de direction a convenu que la combinaison des mesures budgétaires énergiques et de l’assouplissement monétaire va jeter les meilleures bases possible pour la reprise.

Avant de conclure, j’aimerais signaler que ce RPM se distingue à un autre égard. En effet, il marque le 25e anniversaire du premier RPM, publié sous la direction du gouverneur Gordon Thiessen en mai 1995. Nous avons souligné l’événement en utilisant la même page couverture qu’il y a 25 ans. Ironiquement, j’étais l’un des architectes de ce premier RPM, et celui d’aujourd’hui sera mon dernier. J’aurais souhaité que les circonstances soient plus favorables.

Sur ce, la première sous-gouverneure Wilkins et moi serons heureux de répondre à vos questions.

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