Surveillance des reports de paiement pendant la pandémie de COVID-19

Introduction

Depuis le début de la pandémie de COVID‑19, les institutions financières canadiennes ont permis aux emprunteurs de reporter le remboursement de divers prêts. Combinés aux programmes d’aide gouvernementale, ces sursis ont grandement aidé les ménages à composer avec les perturbations financières découlant de la pandémie. Cependant, le nombre élevé de reports de paiement ayant été accordés soulève des préoccupations quant à la possibilité que les cas de défaillances des ménages puissent monter en flèche quand ces mesures prendront fin.

Au moyen des graphiques qui suivent, nous nous penchons sur ce que les reports de paiement nous disent de la santé financière des emprunteurs et des risques qui menacent la stabilité financière. Notre analyse se fonde principalement sur des microdonnées de l’agence d’évaluation du crédit TransUnion Canada. Malgré des résultats encourageants, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives, car bon nombre de reports ne sont pas encore arrivés à échéance ou le sont tout juste. Nous prévoyons de faire régulièrement le point sur la question tant que durera la pandémie.

Recueil de graphiques : Les reports de paiement au Canada

Le taux de report le plus élevé au pays concerne les prêts hypothécaires : il avoisine 16 % depuis le début de la pandémie. En septembre 2020, les taux avaient dans l’ensemble considérablement chuté, quoique la période de report de nombreux prêts n’était pas encore terminée (graphique 1).

Graphique 1 : Taux de report de paiement par type de prêt

Sources : TransUnion et calculs de la Banque du CanadaDernière observation : septembre 2020

Une part disproportionnée des emprunteurs ayant reporté des paiements se trouve dans des régions où le secteur de l’énergie est fortement présent. Or, les ménages concernés étaient déjà aux prises avec les effets des bas prix des produits de base avant la pandémie (graphique 2).

Graphique 2 : Distribution régionale des emprunteurs

Sources : TransUnion et calculs de la Banque du CanadaDernière observation : septembre 2020

Beaucoup de ménages reportent des paiements pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la pandémie, notamment par mesure de précaution ou pour rembourser d’autres dettes dans le tiers des cas (graphique 3).

Graphique 3 : Motifs de report de paiement invoqués par les emprunteurs

Graphique 3 : Motifs de report de paiement invoqués par les emprunteurs

Source : enquête de la Banque du Canada sur les attentes des consommateurs au CanadaDernière observation : 2020T3

Les propriétaires ont surtout reporté des versements hypothécaires et près du tiers ont également fait de même pour le remboursement d’autres prêts. La plupart des locataires ayant reporté des paiements l’ont fait pour un solde de carte de crédit ou un prêt automobile (graphique 4a et graphique 4b).

Graphique 4a : Types de paiements reportés par les propriétaires

Graphique 4b : Types de paiements reportés par les locataires

Sources : TransUnion et calculs de la Banque du CanadaDernière observation : septembre 2020

La plupart des emprunteurs qui reportent des paiements ont un bon pointage de crédit. Il est cependant susceptible d’être plus bas que celui des autres emprunteurs, particulièrement chez les locataires (graphique 5a et graphique 5b).

Graphique 5a : Pourcentage de propriétaires par catégorie de pointage de crédit

Graphique 5b : Pourcentage de locataires par catégorie de pointage de crédit

Sources : TransUnion et calculs de la Banque du CanadaDernière observation : septembre 2020

La plupart des emprunteurs qui reportent des paiements sont loin d’atteindre leurs limites de crédit renouvelable, contrairement à ceux qui sont en souffrance depuis longtemps. Toutefois, les taux de recours au crédit chez les emprunteurs ayant reporté des paiements sont relativement plus élevés que chez les autres (graphique 6, a à d).

Graphique 6a : Taux d’utilisation des cartes de crédit chez les propriétaires

Graphique 6b : Taux d’utilisation des cartes de crédit chez les locataires

Sources : TransUnion et calculs de la Banque du CanadaDernière observation : septembre 2020

Graphique 6c : Taux d’utilisation des marges de crédit hypothécaire

Graphique 6d : Taux d’utilisation des autres marges de crédit chez les locataires

Sources : TransUnion et calculs de la Banque du CanadaDernière observation : septembre 2020

Pour beaucoup d’emprunts, particulièrement les soldes de cartes de crédit, la période de report prenait fin en septembre 2020. Par contre, la moitié des reports de versements hypothécaires ne sont pas encore arrivés à échéance (graphique 7).

Graphique 7 : État des reports de paiement

Sources : TransUnion et calculs de la Banque du CanadaDernière observation : septembre 2020

En septembre 2020, la plupart des emprunteurs dont les reports de paiement étaient arrivés à échéance avaient repris leurs remboursements. En fait, les taux de prêts en souffrance qui sont associés aux reports de paiement échus sont inférieurs aux taux qui prévalaient avant la pandémie. Les retards de paiement d’au moins 30 jours après la fin de la période de report concernent surtout des prêts remboursables par versements et des prêts automobiles octroyés à des locataires (graphique 8a et graphique 8b).

Graphique 8a : Part des comptes en souffrance depuis au moins 30 jours

Graphique 8b : Part des comptes en souffrance depuis au moins 30 jours suivant la fin de la période de report

Sources : TransUnion et calculs de la Banque du CanadaDernière observation : septembre 2020