Malgré le nouvel intérêt dont a bénéficié ces dernières années la recherche sur la prévision hors échantillon des cours pétroliers, une méthode de projection importante des prix réels de l’or noir reste peu étudiée. Cette méthode découle du postulat voulant que la demande de pétrole brut dépende de la demande de produits raffinés comme l’essence et le mazout. La plupart des analystes de l’industrie pétrolière (à l’instar de Philip Verleger) et des analystes financiers croient au pouvoir prédictif de la marge de prix des produits, définie par l’écart entre une moyenne adéquatement pondérée des prix de marché des produits raffinés et le cours du brut. Les auteurs se proposent d’évaluer cette proposition. Partant du postulat, ils obtiennent pour leurs modèles de prévision une gamme de spécifications différentes liées à plusieurs marges et comparent la capacité prédictive de ces modèles à celle de la marche aléatoire. L’utilité des modèles construits sur les marges de prix n’est pas toujours avérée pour la projection hors échantillon du prix réel du pétrole; certains modèles se révèlent en revanche très utiles, y compris sur les périodes de douze à vingt-quatre mois. Le modèle le plus précis est un modèle à paramètres variables dans le temps fondé sur les écarts des prix au comptant de l’essence et du mazout, et permettant au marché des produits qui détermine les prix à la marge d’évoluer. Avec ce modèle, les auteurs observent à l’horizon de deux ans une baisse de l’erreur quadratique moyenne de prévision allant jusqu’à 20 %, de même qu’un taux de réussite dans la prévision du sens des variations pouvant atteindre 63 %. Ainsi, les modèles basés sur les marges de prix des produits complètent bien ceux construits sur des variables économiques fondamentales, qui donnent de meilleurs résultats aux horizons courts.