Dans les modèles traditionnels, les banques centrales qui entendent faire augmenter l’inflation doivent abaisser les taux d’intérêt nominaux, ce qui stimule la demande globale. Or, plusieurs économistes ont récemment remis en question cette conception généralement admise, en mettant en avant le point de vue dit « néo-fishérien » selon lequel une hausse des taux nominaux pourrait en fait provoquer une élévation du taux d’inflation. Dans la présente note, nous montrons qu’un modèle de type nouveau keynésien simple permet effectivement de relier la progression des taux d’intérêt nominaux à celle de l’inflation. Parmi les conditions d’apparition de ce lien, on trouve cependant une configuration de politiques budgétaire et monétaire sensiblement différente de celle habituellement postulée par les nouveaux keynésiens. Dans cette configuration, la banque centrale s’engage à ne pas réagir trop vigoureusement si l’inflation s’écarte de la cible, en ce sens que sa politique monétaire sera établie de manière incompatible avec le principe de Taylor. Cette configuration suppose aussi le recours actif à l’inflation comme instrument de gestion de la valeur réelle de la dette de l’État. Nous relevons d’importantes difficultés associées à ces deux conditions et faisons valoir qu’elles plaident contre la mise en oeuvre de politiques qui viseraient à exploiter le mécanisme néo-fishérien.