Cette étude confirme l'hypothèse voulant que l'analyse de la politique fiscale aboutisse à des conclusions fort différentes lorsque le rôle des entrepreneurs est pris en compte. Contrairement à ce que laissent croire les travaux antérieurs à ce sujet, l'auteur constate que le passage d'un impôt progressif à un impôt proportionnel a un effet négligeable sur l'inégalité de la richesse aux États-Unis. Ce résultat surprenant tient au fait que les activités des entrepreneurs atténuent les répercussions de cette modification de la politique fiscale sur la répartition de la richesse. L'auteur démontre qu'une réforme privilégiant un impôt proportionnel aurait pour effet d'accroître les investissements et l'épargne des entreprises, en réduisant le taux marginal d'imposition de ces dernières. Selon le modèle qu'il utilise, une augmentation des investissements des entreprises implique une plus forte demande de main-d'oeuvre, ce qui entraîne une hausse du salaire des travailleurs et une baisse du taux de rentabilité moyen des activités des entreprises. Cet enchaînement d'effets, que permet de saisir un cadre d'équilibre général, se solde par un rétrécissement de l'écart des salaires et de l'épargne entre travailleurs et entrepreneurs, d'où une réduction de l'inégalité des revenus et de la richesse. Si l'abolition du caractère progressif de l'impôt accroît les investissements des entreprises, elle a un effet pratiquement nul sur le nombre d'entrepreneurs, puisque la hausse des salaires fait grimper les coûts d'exploitation. Le modèle utilisé permet également d'expliquer la part substantielle des revenus et de la richesse détenue par les entrepreneurs, le taux d'épargne élevé des entrepreneurs, par rapport à celui des travailleurs, et la forte concentration de la richesse que l'on observe dans les données.

Aussi publié sous le titre :

Entrepreneurship, wealth inequality, and taxation
Review of Economic Dynamics (1094-2025)
Juillet 2005, vol. 8, no 3, p. 688-719