En 1991, le Canada est devenu le deuxième pays à adopter une cible d’inflation comme pilier central de son cadre de conduite de la politique monétaire. Ce régime s’est révélé beaucoup plus efficace qu’escompté pour atteindre la stabilité des prix et stabiliser l’économie réelle à la suite de chocs des plus variés. Nous identifions et analysons trois facteurs ayant contribué à de tels résultats, soit :

  1. la formulation simple de la cible d’inflation, qui est bien comprise et appliquée uniformément. Depuis son adoption, elle a pris la forme d’une cible ponctuelle, fixée à l’intérieur d’une fourchette symétrique de maîtrise de l’inflation;
  2. l’établissement de la cible dans le cadre d’une entente entre la banque centrale et le gouvernement, qui fait valoir que la responsabilité de la maîtrise de l’inflation relève des deux parties et suppose que les politiques budgétaire et macroprudentielle jouent des rôles de soutien importants;
  3. le processus d’examen régulier et rigoureux précédant le renouvellement de l’entente, qui favorise une amélioration continue s’appuyant sur l’expérience accumulée et sur les progrès dont traite la littérature pertinente.

Combinés, ces facteurs ont contribué à arrimer les attentes d’inflation autour d’une cible crédible. Cet arrimage a permis de maintenir plus facilement le cap de la politique monétaire, et un puissant cercle vertueux s’est ainsi mis en place. Des attentes d’inflation bien ancrées offrent aussi un autre avantage : une souplesse accrue pour tenir compte des effets de la politique monétaire sur la variabilité de la production et de l’emploi, de même que sur la stabilité financière. Certaines caractéristiques du paysage économique actuel – comme les faibles taux d’intérêt réels d’équilibre et le lourd endettement observé dans des secteurs clés – posent toutefois des défis considérables pour la politique monétaire au Canada et ailleurs. Nous analysons ces enjeux et soutenons qu’ils obligent les banques centrales poursuivant une cible d’inflation à examiner attentivement les mesures qu’elles peuvent prendre pour perfectionner et renforcer leur cadre de politique, à se doter d’instruments d’intervention supplémentaires et à assurer au mieux la complémentarité avec d’autres politiques macrofinancières.