Évaluer la résilience du système bancaire canadien

Un système bancaire résilient peut faire face à des événements défavorables d’envergure

La stabilité du système financier canadien et son rôle de pilier de l’économie du pays tiennent à la capacité des institutions financières à absorber et à gérer les chocs majeurs. Cela est particulièrement vrai pour les grandes banques, dont les services sont essentiels à l’économie canadienne. À l’aide d’une série de modèles formant le Cadre d’identification et d’évaluation des risques, nous évaluons comment ces banques se comporteraient dans un scénario très défavorable. Il s’agit en quelque sorte de soumettre à un « test de résistance » les « six grandes banques » canadiennes et le Mouvement Desjardins (collectivement, les « institutions financières d’importance systémique intérieure » ou « IFIS-I »)1, qui représentent ensemble 90 % de l’actif total des institutions de dépôts canadiennes. Cependant, cet exercice ne vise pas à évaluer les résultats pour une institution en particulier, mais à se faire une idée exacte de la résilience du système bancaire dans son ensemble.

Nous constatons que si ce scénario grave devait se concrétiser, les IFIS-I essuieraient de lourdes pertes, mais resteraient résilientes. Leurs volants de fonds propres et leur capacité de générer des revenus maintiendraient les fonds propres à un niveau largement supérieur aux exigences réglementaires minimales.

Un scénario de risque grave, mais plausible

L’exercice s’appuie sur un scénario triennal défavorable mis au point en collaboration avec le Fonds monétaire international dans le cadre de l’évaluation du Canada menée par cette organisation en 2019 aux termes du Programme d’évaluation du secteur financier (PESF). Le scénario examiné dans la présente analyse n’est pas une prédiction ni un résultat attendu. Il s’agit plutôt d’un épisode hypothétique conçu spécialement pour étudier les répercussions potentielles de conditions macroéconomiques et financières graves, mais plausibles.

Le scénario commence par une escalade des tensions commerciales à l’échelle internationale, qui conduit à un recul du commerce extérieur et de la productivité mondiale suivi d’une période marquée par une inflation continuellement supérieure à la cible. Pour stabiliser les attentes inflationnistes, certaines des grandes banques centrales resserrent leur politique monétaire à un rythme plus rapide que prévu. Ce resserrement s’accompagne d’une réévaluation subite et désordonnée des risques. Les conditions financières mondiales se durcissent considérablement, ce qui déclenche un repli du marché du logement ainsi que du cycle du crédit. Il s’ensuit un ralentissement marqué de l’activité économique mondiale, et les pressions déflationnistes attribuables à la récession mènent à des mesures de détente monétaire au cours des années suivantes.

Au Canada, le scénario combine les trois principaux risques dont fait état la Revue du système financier : 1) une profonde récession à l’échelle du pays entraînant une intensification des tensions financières; 2) une correction des prix des logements sur les marchés où il y a surchauffe; 3) une brusque hausse des taux d’intérêt à long terme causée par une augmentation des primes de risque à l’échelle mondiale. Comme le Canada n’a pas fait l’objet d’une correction aussi importante que celles qui ont touché les États Unis et l’Europe, la récession prévue dans le scénario est encore plus grave que les récessions qu’a connues le pays par le passé sur les plans de la baisse du produit intérieur brut (PIB) réel, de la durée de la récession et de la hausse du taux de chômage (tableau 1). Il convient de noter que la chute des prix des logements est beaucoup plus marquée que lors des dernières récessions ayant frappé le Canada, mais ressemble à celle qui s’est produite aux États-Unis durant la Grande Récession.

Tableau 1 : La récession prévue dans le scénario de risque est plus grave que les trois récessions majeures précédentes

Baisse du PIB réel entre le sommet et le creux (%) Durée de la récession (nombre de trimestres consécutifs de croissance négative) Augmentation du taux de chômage entre le creux et le sommet (en points de pourcentage) Sommet du taux de chômage (%) Correction des prix des logements entre le sommet et le creux (%)
Scénario défavorable -8,2 7 6,4 12,6 -40,9
Récession de 2008-2009 -4,5 3 2,7 8,6 -7,8
Récession de 1990-1991 -3,4 4 4,1 11,7 -6,6
Récession de 1981-1982 -5,4 6 5,8 13,0 -9,8

Sources : Statistique Canada et calculs de la Banque du Canada

Les niveaux de fonds propres du système bancaire baisseraient

Pour connaître les répercussions sur le système bancaire, nous estimons les pertes sur créances et les pertes sur le marché attendues d’après le scénario défavorable. Nous les comparons ensuite à la capacité d’absorption des pertes du système bancaire2, qui englobe les volants de fonds propres initiaux et les revenus générés du début à la fin du scénario.

Nous constatons que les pertes sur créances et les pertes sur le marché estimées entraîneraient une érosion des fonds propres globaux du système bancaire sur la période de trois ans (graphique 1), mais que les niveaux de fonds propres demeureraient tout de même largement supérieurs aux exigences réglementaires minimales. Le ratio des fonds propres de catégorie 1 sous forme d’actions ordinaires (CET1) global des IFIS-I diminue rapidement la première année du scénario, puis baisse en deçà du seuil du volant de conservation des fonds propres établi à 8 % au début de la deuxième année. Comme le prévoient les règles sur les fonds propres, quand le volant est inférieur au seuil, des restrictions s’appliquent automatiquement aux paiements de dividendes des banques, ce qui a pour effet de ralentir l’épuisement des fonds propres3. Après avoir touché un creux à la fin de la deuxième année, le ratio CET1 global commence à se redresser pendant la troisième année, les IFIS-I renouant avec la rentabilité. À noter que le ratio CET1 global reste nettement supérieur au minimum réglementaire de 4,5 % tout au long de la période de tension.

Graphique 1: Évolution du ratio CET1 global dans le scénario défavorable

Source : Banque du Canada

Le graphique 2 décompose l’effet sur le ratio CET1 global, du sommet au creux. Au début du scénario, les IFIS-I ont des fonds propres CET1 équivalant à 12,1 % des actifs pondérés en fonction des risques4. Les revenus avant pertes sur créances et pertes sur le marché, appelés revenus nets avant provisions5, ajoutent 4,2 % à la capacité d’absorption des pertes. Les pertes sur créances et les pertes sur le marché provoquent ensemble un épuisement des fonds propres représentant 5,8 points de pourcentage des actifs pondérés en fonction des risques à l’approche du creux. Le ratio CET1 global perd 2,8 points de pourcentage de plus en raison d’une augmentation des actifs pondérés en fonction des risques et des dividendes versés avant la baisse du volant de conservation des fonds propres sous le seuil.

Enfin, nous nous penchons sur les effets de second tour potentiels d’une crise de liquidités et d’une réduction du levier d’endettement sur les fonds propres des banques. Ces effets de second tour se produisent lorsque les banques font face à des hausses supplémentaires de leurs coûts de financement en raison d’une situation de capitalisation fragile ou qu’elles doivent vendre des actifs à prix réduit pour combler un déficit de financement. Cependant, nous constatons que les volants de liquidité des IFIS-I sont suffisants pour résister aux tensions financières du début à la fin du scénario. Par conséquent, l’incidence des effets de second tour se limite en moyenne à 20 points de base.

Dans les dernières sections de la présente note, nous expliquons comment nous estimons chacune de ces composantes.

Graphique 2 : Décomposition du recul du ratio CET1 global entre le sommet et le creux

Source : Banque du Canada

Pertes sur créances

Les banques essuient des pertes sur créances lorsque leurs emprunteurs ou leurs contreparties ne respectent pas leurs obligations contractuelles. Dans cet exercice, nous ne nous intéressons qu’aux pertes sur créances associées aux prêts, y compris les pertes sur les expositions conditionnelles découlant des lignes de crédit à première demande6.

Les pertes sur créances cumulatives encourues sur l’horizon triennal du scénario sont estimées à 116 milliards de dollars, soit environ 4 % de l’encours initial des prêts, ce qui dépasse quelque peu les taux de perte des banques canadiennes durant quatre périodes historiques de pertes sur créances importantes survenues depuis les années 1980 (graphique 3).

Graphique 3 : Les pertes sur créances estimées pour le scénario 2019 du PESF dépassent celles des plus récentes périodes de tensions

Nota : Les données historiques sur les pertes sur créances excluent le Mouvement Desjardins.
Sources : Relevés réglementaires soumis par les banques et Banque du Canada

Les pertes sur créances les plus importantes sont du côté des prêts aux consommateurs et aux entreprises du pays (graphique 4). Si les portefeuilles de cartes de crédit constituent une petite part du crédit total, ils engendrent néanmoins des pertes considérables étant donné le taux de recouvrement habituellement faible des arriérés sur les cartes de crédit et les limites de crédit inutilisé élevées, dont se serviraient vraisemblablement les emprunteurs avant de se retrouver en situation de défaut. Des taux de pertes élevés sont aussi associés aux prêts consentis à des entreprises canadiennes. Ces pertes sont attribuables à une hausse des cas de défaut dans l’ensemble des secteurs, et plus particulièrement ceux de la construction et de l’immobilier. Les portefeuilles de prêts hypothécaires subissent de plus grandes pertes que ce qui a été observé par le passé, en raison du taux de chômage élevé et de la chute des prix des logements. Cependant, le montant absolu des pertes sur prêts hypothécaires reste faible grâce à l’assurance prêt hypothécaire et aux taux de recouvrement relativement élevés sur les prêts hypothécaires non assurés en souffrance, l’avoir propre des emprunteurs absorbant le plus gros de la baisse des prix des logements.

Graphique 4 : Les taux de pertes les plus élevés sont du côté des prêts aux entreprises et des prêts à la consommation canadiens

Nota : Une marge de crédit hypothécaire est une marge de crédit garantie par l’avoir propre foncier.
Source : Banque du Canada

Dans cet exercice, les banques canadiennes tirent peu d’avantages de leur diversification internationale, puisque le scénario prévoit une récession mondiale. Bien que le scénario soit plus défavorable pour le Canada que pour d’autres pays, le rendement des portefeuilles de prêts internationaux, qui sont formés surtout de prêts aux entreprises, ne surpasse que légèrement celui des portefeuilles de prêts intérieurs.

Pertes sur le marché

Les IFIS-I du Canada détiennent d’importants portefeuilles d’instruments négociés. Dans la mesure où ils ne sont pas couverts, ces portefeuilles sont exposés aux risques de pertes que peuvent entraîner des variations défavorables des cours des obligations, des actions, des devises et d’autres actifs sur les marchés.

Pour estimer le potentiel de pertes sur le marché dans le scénario de crise, nous réévaluons les portefeuilles de titres détenus à la juste valeur selon la trajectoire des cours des titres que prévoit le scénario. Nous réévaluons aussi les titres détenus en fonction du coût amorti, mais nous ne comptabilisons que les pertes découlant des variations des primes de risque de crédit.

La première année du scénario de crise, les banques subissent des pertes globales sur le marché de 43 milliards de dollars. L’ampleur de ces pertes s’explique en bonne partie par la hausse marquée des taux d’intérêt à long terme et des primes de risque, qui fait baisser la valeur des portefeuilles d’obligations des IFIS-I. Par la suite, les prix du marché remontent, ce qui permet de récupérer 7 milliards de dollars la deuxième année et 27 milliards la troisième.

Les volants de fonds propres et la production de revenus en situation de crise

La réglementation oblige les banques à financer leurs activités en maintenant un certain pourcentage de fonds propres, pour pouvoir absorber des pertes imprévues dans des conditions extrêmes. Ces exigences de fonds propres varient en fonction de l’exposition de la banque au risque de crédit, au risque de marché et au risque opérationnel.

Au début du scénario, les fonds propres CET1 des IFIS-I se chiffraient à 248 milliards de dollars, soit 12,1 % des actifs pondérés en fonction des risques. Cependant, nous tenons aussi compte des fonds propres issus des revenus générés durant le scénario de crise, des sommes qui peuvent être non négligeables pour les IFIS-I canadiennes. Pour l’exercice financier 2018, les revenus nets avant provisions des IFIS-I s’élevaient à 67 milliards de dollars, ce qui représente 3,3 % des actifs pondérés en fonction des risques. Dans un scénario défavorable, nous nous attendons à un amoindrissement de la capacité des IFIS-I à générer des bénéfices. Pour estimer les fonds propres supplémentaires produits pendant la période du scénario défavorable, nous faisons une projection des composantes des revenus nets avant provisions : les revenus d’intérêts nets, les revenus autres que les intérêts et les dépenses autres que les intérêts.

Revenus d’intérêts nets

Les revenus d’intérêts nets s’entendent de la différence entre, d’une part, les intérêts perçus sur les prêts et gagnés sur les titres et, d’autre part, les intérêts versés sur les dépôts et les autres passifs portant intérêt. Nous estimons que les revenus d’intérêts nets des IFIS-I diminueraient de 15 % par rapport à 2018 pendant la première année du scénario de crise, puis remonteraient progressivement au cours de la deuxième et de la troisième année (graphique 5).

Graphique 5 : Forte baisse des revenus nets avant provisions pendant la première année du scénario

La diminution par rapport à 2018 est attribuable principalement au resserrement de l’écart entre le taux d’intérêt moyen obtenu sur les actifs et le taux d’intérêt moyen payé sur les passifs (marge nette sur les intérêts). Dans le scénario, nous supposons que quand les coûts de financement des banques augmentent, celles-ci peuvent répercuter la hausse de leurs coûts sur leurs emprunteurs. Cependant, les marges sont comprimées à court terme, étant donné qu’en moyenne, la réévaluation des actifs des banques est plus lente que celle de leurs passifs. Dans un contexte de hausse des taux d’intérêt, les coûts de financement associés à la plupart des passifs – plus particulièrement les dépôts à vue et le financement de gros à court terme – devraient s’ajuster rapidement7. À l’inverse, une part importante des prêts bancaires sont assortis de taux d’intérêt fixes, et ces taux ne sont révisés que petit à petit, à mesure que les prêts arrivent à échéance (les taux d’environ 45 % des prêts hypothécaires sont ainsi révisés pendant la première année du scénario).

En outre, dans le scénario de crise, l’écart entre les coûts de financement des banques et les rendements des obligations d’État s’élargit, ce qui exerce des pressions supplémentaires sur les marges nettes sur les intérêts. Le cadre réglementaire oblige les banques à détenir des actifs liquides, comme des obligations d’État, pour pouvoir répondre à une demande inattendue de liquidités. À mesure que l’écart des taux relatifs au financement des banques augmente, les actifs liquides se font plus coûteux à détenir, leur rendement devenant inférieur aux coûts de financement des banques.

Revenus autres que les intérêts

D’après nos estimations, dans le scénario de crise, le total des revenus autres que les intérêts recule de 17 % par rapport à celui de 2018 la première année, puis affiche une modeste hausse la troisième année.

Ce recul découle principalement d’une diminution des revenus sensibles au marché, comme les honoraires de gestion de patrimoine et de consultation, les commissions de garantie et les commissions sur titres. Nous supposons que ces revenus baissent proportionnellement au rendement des marchés obligataires et boursiers et qu’ils reflètent la diminution des actifs sous gestion et le ralentissement de l’activité sur les marchés de capitaux (émission d’obligations et d’actions, fusions et acquisitions).

Le recul des revenus autres que les intérêts a aussi à voir avec une diminution des revenus non sensibles au marché, dont les frais sur les comptes de dépôt et sur les prêts. Ces revenus devraient chuter sous l’effet de la baisse de l’encours des prêts et de la diminution des revenus tirés des frais de service attribuable à la concurrence pour les clients.

Dépenses autres que les intérêts

Nous supposons que les banques ne peuvent réduire leurs dépenses dans le scénario de crise et que les dépenses autres que les intérêts restent aux niveaux de 2018. Nous sommes d’avis qu’il serait possible de comprimer quelque peu les dépenses, notamment en limitant les primes ou en appliquant d’autres mesures de réduction des coûts. Les économies réalisées seraient toutefois contrebalancées par l’augmentation d’autres postes de dépenses, comme la hausse des coûts du service de la dette associée à l’accroissement des prêts douteux.

Capacité totale d’absorption des pertes

Nous estimons que les banques génèrent en moyenne 48 milliards de dollars par année au total (28 % de moins qu’en 2018) sur l’horizon de trois ans du scénario, pour des revenus nets avant provisions cumulatifs de 144 milliards. Si on ajoute à ce montant les fonds propres initiaux, dans ce scénario, les IFIS-I ont la capacité d’absorber des pertes de 391 milliards.

Actifs pondérés en fonction des risques

Dans le cadre d’un dispositif de fonds propres reposant sur le risque, le montant des fonds propres exigés pour un prêt donné dépend du risque de défaut de l’emprunteur. Si l’environnement macroéconomique est défavorable, la détérioration de la qualité du crédit des actifs des banques – qu’ils soient dépréciés ou non – peut accentuer la baisse du ratio CET1 en faisant augmenter les actifs pondérés en fonction des risques.

Dans ce scénario, nous nous attendons à une augmentation des actifs pondérés en fonction des risques, la baisse de l’encours des prêts étant contrebalancée par l’application de normes de fonds propres plus strictes au reste du portefeuille de prêts. D’après nos estimations, après les trois années du scénario de crise, les actifs pondérés en fonction des risques augmenteraient de 355 milliards de dollars.

Le système bancaire est résilient, même si un scénario grave se concrétisait

Les IFIS-I demeurent résilientes dans ce scénario de risque élevé, mais plausible. Malgré des pertes importantes, elles continuent à générer des revenus, ce qui, conjugué à la diversité de leurs actifs et à la protection offerte par le système d’assurance prêt hypothécaire du Canada soutenu par le gouvernement fédéral, contribue à contenir en partie les effets négatifs. Surtout, les volants de fonds propres exigés par la réglementation canadienne donnent à ces institutions la capacité d’absorption des pertes nécessaire pour affronter la tempête. Comme dans tout exercice de modélisation, toutefois, les résultats obtenus dépendent d’une série d’hypothèses et de choix de méthodes qui peuvent avoir une incidence positive ou négative sur ces résultats.

Par exemple, les pertes sur les portefeuilles de prêts sont estimées à partir d’hypothèses prudentes et pourraient dépasser ce que l’on observerait en réalité. En outre, même si nous jugeons que l’incidence des effets de second tour est limitée, notre analyse repose sur l’hypothèse que les créanciers des banques sont bien informés et ont un regard prospectif, ce qui les décourage de retirer leur financement vu le niveau élevé de fonds propres. Cela dit, si un climat d’incertitude profonde rendait les créanciers très réfractaires au risque, on pourrait assister à une perte de confiance disproportionnée. Bien que nos modèles n’en tiennent pas compte, ce type de comportement pourrait être lourd de conséquences.

Par ailleurs, il est plausible que, dans un scénario semblable, les banques prendraient des mesures pour maintenir leurs fonds propres et leurs liquidités en périodes de tensions financières. Quoique rationnel du point de vue de chaque banque, ce comportement conduirait à un resserrement des conditions financières et accentuerait le ralentissement macroéconomique. Si les coûts de financement des banques augmentaient et que la situation financière des ménages et des entreprises se dégradait, on assisterait à un durcissement des critères d’octroi de prêts et à une répercussion des hausses de taux d’intérêt sur les emprunteurs.

Il importe de préciser que cet exercice ne tient pas compte des mesures extraordinaires que pourraient prendre les institutions financières elles-mêmes ou les autorités pour assurer la résilience du système bancaire. Les banques disposent d’un éventail de mesures pour améliorer leurs niveaux de fonds propres, comme la vente d’unités opérationnelles ou l’émission d’actions supplémentaires sur le marché. Par ailleurs, les autorités peuvent déployer différents outils de gestion de crise pour réduire l’effet de contagion et soutenir le fonctionnement du système financier.

Tout test de résistance s’accompagne d’une grande incertitude quant aux estimations de la situation financière des banques dans des conditions inhabituelles. La modélisation est particulièrement difficile dans le contexte canadien, puisque le système bancaire du pays n’a pas subi de ralentissement prononcé depuis un bon moment. Pour compenser l’absence de conséquences graves dans les données historiques, nous comparons les résultats de nos modèles aux conséquences qu’ont connues d’autres pays lorsque les conditions économiques prévues dans le scénario le justifient. Par conséquent, les conclusions de cet exercice offrent une perspective sur la résilience du système bancaire, qu’il convient de combiner à d’autres données et jugements.

  1. 1. Les « six grandes banques » canadiennes sont des institutions de dépôts sous réglementation fédérale qui ont été désignées banques d’importance systémique intérieure (BISi) par le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF). Le Mouvement Desjardins est une institution de dépôts sous réglementation provinciale qui a été désignée institution financière d’importance systémique intérieure (IFIS-I) par l’Autorité des marchés financiers (AMF). Dans la présente note, ces institutions sont désignées collectivement par les termes « institutions financières d’importance systémique intérieure » (IFIS-I) et « banques ».[]
  2. 2. Il ne faut pas confondre le terme « capacité d’absorption des pertes » employé dans la présente note avec la norme sur la capacité totale d’absorption des pertes, qui vise à ce qu’une BISi non viable dispose d’une capacité d’absorption des pertes suffisante pour soutenir sa recapitalisation. Dans l’exercice qui nous concerne, la capacité d’absorption des pertes s’entend des fonds propres CET1 des institutions en situation de continuité d’exploitation.[]
  3. 3. Nous supposons que les banques continuent de verser des dividendes jusqu’à ce que les restrictions réglementaires s’appliquent.[]
  4. 4. Les dernières observations historiques utilisées dans cet exercice remontent à octobre 2018 pour les BISi et à septembre 2018 pour le Mouvement Desjardins. Le « point de départ » du quatrième trimestre de 2018 se fonde sur les ratios CET1 projetés pour la fin de l’année.[]
  5. 5. Les pertes sur le marché seraient normalement prises en compte dans la composante des revenus nets avant provisions appelée « revenus autres que les intérêts ». Toutefois, aux fins de cet exercice, elles sont traitées séparément.[]
  6. 6. Nous comptabilisons le risque de crédit associé à l’exposition aux titres dans les pertes sur le marché. Dans cet exercice, nous ne tenons pas compte du risque de contrepartie associé aux opérations sur instruments dérivés et aux cessions temporaires de titres.[]
  7. 7. Nous supposons qu’en raison des conditions défavorables sur les marchés du financement de gros qui stimulent la concurrence pour les dépôts des particuliers, les banques répercutent l’essentiel des hausses de taux d’intérêt sur leurs petits déposants. Cette hypothèse contredit ce qui a été observé récemment, c’est-à-dire que les taux d’intérêt ont été généralement faibles et que les taux des dépôts à vue ont été moins sensibles aux fluctuations des taux d’intérêt que les actifs comme les prêts. De plus, cette hypothèse limite l’amélioration de la marge nette sur les intérêts à laquelle pourraient s’attendre les banques si les taux d’intérêt augmentaient en période hors récession.[]

Remerciements

La présente note n’aurait pu être rédigée sans les conseils et le soutien analytique de Don Coletti, Pradhayini Ganeshanathan, Alejandro Garcia, Harsimran Grewal, Grzegorz Halaj, Grahame Johnson, Alexandra Lai, Sofia Priazhkina et Joshua Slive.

Avis d’exonération de responsabilité

Les notes analytiques du personnel de la Banque du Canada sont de brefs articles qui portent sur des sujets liés à la situation économique et financière du moment. Rédigées en toute indépendance du Conseil de direction, elles peuvent étayer ou remettre en question les orientations et idées établies. Les opinions exprimées dans le présent document sont celles des auteurs uniquement. Par conséquent, elles ne traduisent pas forcément le point de vue officiel de la Banque du Canada et n’engagent aucunement cette dernière.