Le taux de croissance des salaires reste paradoxalement peu élevé pour une économie affichant une marge de capacités excédentaires faible, voire nulle. Parmi les nombreuses explications possibles, un facteur ressort : la disponibilité d’une main-d’oeuvre additionnelle qui vit d’emplois atypiques (de « petits boulots ») et que les mesures normales de l’emploi et des heures travaillées ne prennent pas entièrement en compte. Nous étudions cette possibilité en introduisant certaines questions dans l’enquête sur les attentes des consommateurs au Canada pour documenter les caractéristiques et l’ampleur de telles formes de travail. Nous constatons que près du tiers des Canadiens participent à l’économie informelle et que cette activité atypique concorde souvent avec une marge de ressources inutilisées sur le marché du travail. Un peu plus du tiers des répondants qui occupent des emplois atypiques le font en raison de la conjoncture économique défavorable, et, à heures de travail égales, plus de la moitié de ces personnes préféreraient un emploi plus structuré, même sans augmentation de salaire. Parmi les personnes occupant des emplois atypiques, on note une surreprésentation des travailleurs à temps partiel, des jeunes et des habitants des provinces où le taux de chômage est historiquement élevé. Or, selon les mesures usuelles du marché du travail, certaines de ces personnes ne rentrent pas dans la population active, en raison notamment de l’irrégularité de leurs périodes de travail. La prise en compte de ces travailleurs pourrait accroître les taux d’activité de 2 à 3 points de pourcentage. De plus, le bassin potentiel de main-d’oeuvre qu’ils représentent – soit quelque 700 000 postes à temps plein ou 3,5 % de la population active, en moyenne, aux troisième et quatrième trimestres de 2018 – n’est pas négligeable. Cette marge de ressources disponibles exerce peut-être des pressions à la baisse sur les salaires.