L’approche de la Banque du Canada en matière de politique monétaire est devenue particulièrement tributaire des données, en raison d’inconnues importantes qui entourent les perspectives d’inflation, au moment où l’économie canadienne tourne près des limites de sa capacité, a déclaré aujourd’hui le gouverneur de la Banque du Canada, M. Stephen S. Poloz.

Dans un discours qu’il a prononcé devant la Chambre de commerce de St. John’s, le gouverneur Poloz a passé en revue les ajustements complexes de l’économie au choc des prix du pétrole de 2014 et les progrès qui ont été accomplis depuis. La décision prise par la Banque en 2015 d’assouplir sa politique monétaire a contribué à faciliter ce processus. « Il était devenu évident au début de l’été que les ajustements de l’économie à la baisse des prix du pétrole étaient essentiellement terminés », a indiqué le gouverneur.

Bien que la croissance au deuxième trimestre ait largement dépassé les attentes et laissait entrevoir une expansion plus généralisée et autosuffisante, « les données récentes laissent clairement présager une modération au second semestre », a précisé M. Poloz.

La difficulté pour la Banque est maintenant de soupeser les risques à la hausse et à la baisse entourant l’inflation à mesure que l’économie se dirige vers son plein potentiel. Dans l’environnement actuel, plusieurs inconnues empêchent la Banque d’envisager les perspectives de taux d’intérêt de manière mécanique, de l’avis du gouverneur. Plus particulièrement, lorsque l’économie s’approche du point où elle fonctionne à plein régime, les investissements des entreprises peuvent avoir pour effet de repousser les limites de la production potentielle, la productivité s’accroissant et du nouveau personnel étant embauché. L’économie dispose ainsi d’une marge plus grande pour croître sans engendrer d’inflation, a expliqué le gouverneur.

Les autres inconnues qui brouillent les perspectives d’inflation sont notamment l’incidence de l’économie numérique, qui exerce peut-être des pressions à la baisse sur l’inflation, la faiblesse continue de la croissance des salaires et la sensibilité de l’économie à une hausse des taux d’intérêt vu le niveau élevé d’endettement des ménages.

« Nous devons constamment affiner notre compréhension de l’économie en temps réel », a observé le gouverneur, en soulignant le travail accompli par les bureaux régionaux de la Banque pour évaluer la confiance des entreprises et recueillir de l’information auprès du milieu des affaires.

« La trajectoire des taux d’intérêt n’est pas prédéterminée à partir d’ici, a conclu M. Poloz. Compte tenu des circonstances, la politique monétaire sera particulièrement dépendante des données et, comme toujours, ces dernières pourraient encore nous surprendre dans un sens comme dans l’autre. Nous continuerons de nous adapter prudemment aux évolutions à mesure que l’économie revient à la normale, en favorisant la croissance économique et en maintenant notre cible d’inflation au centre de nos préoccupations. »